Poème à crier dans les ruines
de Yvette Gremillon



J'avance vers cette immensité, je cherche à gauche, j'avance, je cherche à droite, Rien n'est fidèle à mes souvenirs qui affluent, je ferme un instant les yeux et me laisse guider par leurs voix « c'est là, c'est là » Je ne trouve pas, je ne reconnais rien. A mon angoisse, s'ajoute la déception.
Je continue d'avancer dans les allées gravillonnées, tout doucement, sans faire le moindre bruit comme pour ne réveiller personne, mais réveiller qui ? Il n'y a plus personne.
L'espace est restreint. Aussi, c'est pas à pas que j'avance en essayant de ne pas trébucher.
Le soleil plombe, mes larmes se confondent avec les gouttes de sueur qui perlent sur mon front, mes joues. Mais les 35° n'auront pas raison de ma ténacité.
Je recule, me retourne, change de direction, je vais vers une allée puis vers une autre. Toujours rien, mais pourquoi. Je continue de fouiller dans ma mémoire qui me fait défaut.
Je reprends une autre direction, un autre chemin. Ils se ressemblent tous. Il y a bien la bicoque des gardiens, mais c'est l'heure de la sieste et je n'ose déranger les vivants endormis !
Tout est à l'abandon, en friches, les herbes sont hautes, très hautes. Les ronces me piquent mais la douleur ne m'atteint pas. Pas cette douleur, aucune autre douleur ne peut m'atteindre.
Je regarde au loin, toujours ce mélange d'herbes hautes, disproportionnées, et ces maisons ! Des maisons propres, mais jaunies par le temps qui a passé, inexorablement ; d'autres érodées par l'usure que ce même temps n'a pas épargné, et d'autres en piteux état, témoignage d'un abandon complet.
Ce ne sont pas des maisons, mais je préfère le mot « maison » c'est moins douloureux. Je suis dépouillée de l'essentiel, de cette peau qui m'enveloppait et me protégeait. Cette peau qui pour des raisons inexplicables s'en allée vers le ciel, tout la haut.
Je me sens en ruine.
Je me dirige vers une nouvelle allée, et encore une autre, lorsque dans une travée un peu plus étroite, un faux pas manque de me faire tomber. Je me penche pour masser ma cheville endolorie lorsque mes yeux se posent sur « elle » A-t-elle entendu mes cris silencieux de douleurs !!
Elle est là, bien là cette tombe. Je l'ai trouvée.

Fin


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