Je suis vivant
de William Bogaert



Je suis vivant,

La seule pensée plus au moins cohérente depuis 1 mois, la gorge meurtrie par la douleur, le corps criblé de balles,
Ça ne devrait plus durer que quelques minutes…

JE suis vivant,

Tout ça à cause de ce foutu médecin, je lui ai rien demandé moi…un mal de gorge ça arrive merde.
Alors petit cachet par ci, et la douleur qui reste, petit antibiotique par là, et la douleur qui ne s'efface pas…

C'est qu'une tumeur, ça a du mal à disparaître, du moins avec des antibiotiques.
Monsieur Damien, va falloir être courageux qu'il disait, va falloir être très courageux.

On me donne un mois.

JE Suis vivant,

C'est sûr à trente sept ans, on en a à revendre du courage.
Pas un sou en poche, mes seuls biens sont une bécane, un micro ondes et un fauteuil en cuir…vert et vilain.
C'est sur, si je me bats contre la maladie, ce ne sera pas pour mon confort matériel…

Mon travail me pèse, mes collègues m'énervent et mes clients m'horripilent… en bref, ça ne sera pas non plus
pour mon travail.

JE SUis vivant,

Une lueur me permettrait de me battre, ma famille est tout à fait comme il faut et la femme qui partage
mon existence n'est que bonheur de vivre, notre fils est formidable, et tout ce petit monde m'aime d'amour comme on dit.

Alors…pourquoi pas ?



JE SUIs vivant


Oui, pourquoi pas, la chimio, les rayons, la perte des cheveux, la perte de poids, les douleurs interminables,
les opérations, les rééducations incessantes remplies d'espoir qui ratent trois fois sur quatre…

Que du bonheur en perspective non ?



JE SUIS Vivant

Eh bien non, pas d'accord, et puis après tout, je n'ai pas envie moi, de peser 48 kilos pour 1m92, je n'ai pas envie
d'être shooté à la morphine H24, et non je n'ai pas envie de porter une casquette pour cacher ma douleur.

Si je n'ai plus rien à perdre, je vais faire en sorte que mon entourage ait tout à gagner…

JE SUIS VIvant

La première fois ne fut pas facile, le résultat mitigé, une grosse frayeur, une petite expérience et un tout petit butin…
On ne s'improvise pas braqueur du jour au lendemain.
Puis c'est venu tout seul, au fil des jours, des jours oui, je n'avais qu'un mois devant moi pour amasser un maximum
d'argent, essayer un maximum de choses et tenter de me faire attraper le plus tard possible.

L'avantage, quand on a rien à perdre, c'est que l'on a peur de pas grand chose, le fait d'être en prison ne serait
qu'un inconfort à mon agonie et le fait de me faire tuer n'aurait pour effet que de l'écourter…dans cet univers de
folie crée par le désespoir du gain, la maladie toujours se rappelait à moi…





JE SUIS VIVant

Puis ce gros coup, une belle grosse banque bien protégée. Avec les jours, la maîtrise du braquage augmentait.
L'appréhension cédait le pas à l'excitation…et la police se rapprochait.
Jusqu'à aujourd'hui, je n'avais fait de mal à personne, pas physiquement du moins.
On peut être en train de mourir, braquer des banques et garder un sens moral, non ?

Pourtant ce coup-ci, j'avais une idée…ça allait forcément rapporter beaucoup,
si seulement j'avais pas aussi mal à la gorge.



JE SUIS VIVAnt

Le directeur arrivait tous les matins à la même heure, je connaissais son adresse et les membres de sa famille,
une arme sur la tempe avait vite fait d'ouvrir la porte de la banque et de la fortune, si seulement il n'avait pas
fait l'andouille…
Un héros de 63 ans, c'est bien, mais même affaibli par la maladie, je l'ai largement vu venir.

Il a fallu que le coup parte, il a fallu qu'il soit sur la trajectoire de la balle, il a fallu qu'il meure.



JE SUIS VIVANt

J'ai récolté assez d'argent pour ma famille, quand la police à chargé la banque je me suis dit de ne pas me rendre.
De me battre.
Jusqu'au bout.
Un homme qui n'a rien à perdre n'est pas facile à arrêter.
Ca a été très dur, et très violent.




JE SUIS VIVANT

Les quelques minutes qui me restaient ce sont bien passées…

Je n'ai plus mal à la gorge.






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