Nature somnolente
de Virginie Jotz


L'aube est complice de mon réveil. Comme un enfant dans le ventre de sa mère, je restais blottie sous ma couette. Mes paupières à demi closes étaient encore alourdies par une nuit agitée. J'écoutais la naissance d'un nouveau jour. Les oiseaux tour à tour annonçaient la levée du soleil, tandis que les coqs gonflaient leurs poitrines et criaient la fuite de la lune. Les clochers de l'église se mettaient à louer la venue du printemps.
Bientôt animée par la curiosité et l'excitation, je cherchais la lumière opaque à travers les velux. Dans la maison, le silence était serein. Peu à peu, la clarté s'étendait dans la pièce, un voile blanc si gracieux séduisant la nature encore somnolente et dissipant l'ombre. Je repoussais le bord de ma couette et descendais les marches de l'escalier. Ce matin, ma petite chienne n'était plus là pour me faire des joies. J'aimais tant passer ma main sur son poil roux et sentir ses moustaches me chatouiller le visage. On s'attache de trop aux animaux, mais ils nous le rendent si bien. J'ouvrais la porte en fer forgée, qui offrait une nature hostile où pétillait la vie. Comme un premier regard, figée, là au seuil de ma porte, j'observais ces longs troncs d'arbres qui jaillissaient d'une terre noire, ils s'élançaient vers le ciel et leurs bourgeons étaient prêts à s'offrir aux premières douceurs du printemps.
L'air frais était envoûté par un parfum boisé. Qu'il était bon de rester en admiration devant ce spectacle que m'offrait l'aube. Les arbres crépitaient de gazouillis et une bande de lumière dorée ravivait la toison d'émeraude, qui scintillait comme du cristal.
Bientôt, le ciel se tapissait de couleurs rose, puis rougeâtre ; qui peu à peu laissait un ciel limpide.
Quelques oiseaux dansaient au loin, semblant vouloir nous délivrer un message.
Au revoir nature, fière et rude, il est temps de retirer ton manteau gris et de laisser place à une nature plus fertile et les fruits passeront la promesse des fleurs.

Virginie Jotz

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