La drôle de vie d'Hargard
de Virginie Fleuranceau

Il était une fois que une très belle jeune de fille du nom d'Hagard, dont le père bien aimé était filateur prospère. Un jour, il lui proposa de l'accompagner en voyage dans des îles de la Mer Centrale où il avait des affaires à traiter. Or, le bateau fit naufrage, et la malheureuse Hagard seule rescapée, fut rejetée sur le rivage d'Alexandrie.
Un pauvre drapier, passant par-là, touché par sa détresse, la recueillit dans sa famille et c'est ainsi que la jeune fille commença une seconde vie, en apprenant l'art de tisser. Un jour où elle se promenait sur la plage, des trafiquants d'esclaves débarquèrent et l'entraînèrent avec d'autres captives. Enchaînée, sur le marché des esclaves, Hagard désespérée, souhaitait mourir. Mais un honnête armateur, apitoyé par cette jeune et innocente esclave, décida de l'acheter et de l'épouser. Pleine de reconnaissance vers son sauveur, Hagard travailla dur à la construction des bateaux, jusqu'au jour où son époux lui demanda de s'embarquer pour Java, afin d'y livrer une cargaison de mâts. Le bateau fut pris dans un typhon, et Hagard se trouva rejetée sur les côtes Chinoises.
Pour la troisième fois, le sort la frappait cruellement. Or en Chine existait depuis toujours une légende selon que seule une étrangère sachant fabriquer une tente épouserait l'Empereur.
Hagard, qui se promenait dans des jardins du palais, vit une carpe dans un étang, qui lui confia le secret de fabrication d'une tente. Elle revint donc au palais et se retira dans un lieu connu de personne, et entreprit la fabrication d'une tente impériale.
L'empereur eut connaissance de ce fait et la fit demander. Quand elle arriva devant l'Empereur, celui-ci lui dit :
- Pourquoi belle étrangère, avez-vous entrepris ce projet grandiose ?
- Ho Empereur, j'ai eu tant de malheur dans ma vie, qu'ayant eu la connaissance de cette légende, j'ai cherché le secret de la fabrication de cette tente magique.
- Qui vous a révélé ce secret, qui n'était connu que de ma nourrice et de moi-même ?
- Tout en me promenant dans le parc, j'entendis une voix venant de l'étang qui me révéla ce secret.
- Mais sachez, belle étrangère, que dans cet étang, il n'y a qu'une carpe. Celle-ci est justement ma nourrice qui fut transformée ainsi par une sorcière. Elle ne voulait pas lui révéler le secret de la fabrication de cette fameuse tente. La sorcière vint donc me voir et me dit que le maléfice prendrait fin lorsqu'une étrangère passerait prés de l'étang. La prophétie s'étant réalisée, la légende veut donc que je vous épouse, belle étrangère.
- Ne croyez pas que je sois réticente à cette proposition, mais comme je vous l'ai déjà dit, j'ai eu beaucoup de malheurs dans ma triste vie, que je ne peux m'engager si vite dans un tel projet.
- Je vous comprends chère. .., mais au fait quel est votre prénom, je n'ai pas l'honneur de le connaître.
- Je m'appelle Hagard et je là pour vous servir beau seigneur.
- Je vous promets, Hagard, que si vous me faites l'honneur de bien vouloir m'épouser, vous ne connaîtrez plus le malheur. Je vous trouve si courageuse et si belle.
- Tout ce que vous me dites est-il vrai, puis-je encore faire confiance au destin une nouvelle fois ?
- Je crois que vous feriez une merveilleuse épouse ainsi qu'une très bonne mère.
- Je vous remercie, mais puis-je y réfléchir encore pendant quelques jours, je vous donnerais ma réponse très bientôt, je vous le promets.
Hagard dût réfléchir pendant près de trois ou quatre jours, mais les paroles si chaleureuses de l'Empereur résonnaient encore dans sa tête, si bien que pour conjurer le mauvais sort, elle accepta de se marier avec lui. Elle alla le trouver dans sa suite impériale pour lui faire part de sa décision.
- Cher Empereur, je viens vous trouver pour vous faire part de ma décision. C'est avec un grand plaisir que j'accepte votre proposition.
- Chère Hagard, rien de tel ne pouvait me faire plus plaisir. Le mariage aura lieu dans une semaine, au grand palais. Qu'en pensez-vous ma chère enfant ?
- Oh, je trouve tout cela merveilleux, je croyais qu'une telle chose ne pouvait plus arriver.
- Je vais l'annoncer de ce pas à tous mes sujets.
L'empereur réunit donc tous ses sujets devant la porte de son palais. Ils étaient des centaines venant de tous les endroits du royaume, même de certains endroits que l'Empereur ne connaissait pas.
La semaine avant le mariage passa très lentement pour Hagard, qui avait hâte de vivre enfin un vrai bonheur. Enfin, le jour du mariage arriva pour Hagard qui était si impatiente. Elle allait devenir Impératrice. Pour elle tout ce qui concernait ce monde était mystérieux et c'est avec plaisir qu'elle voulait le découvrir de quelque façon que ce soit. Le prêtre célébra le mariage et Hagard fut acclamée par tous le peuple de LO-YANG et d'autres contrées inconnues de l'Empereur et de la nouvelle Impératrice.
Un jour, Hagard fut demandée par son époux. Elle obtempéra immédiatement et découvrit avec stupeur son époux dans son lit. C'est alors qu'elle dit :
- Oui, mon tendre et cher amour, que veux-tu me dire ? Rien de grave, je l'espère !
- J'ai fait venir le médecin ce matin, et il vient m'annoncer quelque chose qui je crains ne va pas vous enchanter beaucoup. Eh bien voilà, c'est difficile à dire et aussi difficile à supporter, mais je vais bientôt mourir, car je suis très malade.
Hagard partit sans mot dire, en pleurant à chaudes larmes. La vieille nourrice entendit les pleurs désespérés d'Hagard et se précipita dans sa chambre. Elle demanda à Hagard de lui expliquer ce qui lui causait ce si gros chagrin. Quand Hagard eut terminé de raconter toute l'histoire, la nourrice comprit ce qui se passait. Elle dit alors à Hagard :
- Mon enfant, séchez donc vos larmes, vous deviez bien vous douter que l'Empereur, étant vieux, n'allait pas rester toute sa vie éternel.
- Oui, je le sais bien, mais voyez-vous, j'ai perdu mon père, un drapier m'a recueillie, j'ai été enlevé par des trafiquants d'esclaves, acheté par un armateur, ensuite à cause d'un typhon, rejeté sur des côtes chinoises. Et quand enfin je trouve le bonheur, le destin frappe une nouvelle fois cruellement. Je vais finir par croire que je porte malheur à tous ceux que j'ai connu dans la triste vie qu' est la mienne. N'êtes-vous pas d'accord avec moi, chère nourrice ?
- C'est vrai que vous n'avez pas eu beaucoup de chance dans votre vie, mais la plus belle chose n'est-elle pas de donner la vie, et oui, chère Hagard, je ne voulais pas vous l'annoncer dans ces circonstances, mais dans quelques mois, vous allez donner naissance à un merveilleux petit bébé. N'est-ce pas merveilleux ? Je serais vous, j'irais annoncer à mon mari, même si cela est un peu dur, qu'il peut mourir en paix, que sa succession est assurée par un petit prince.
- C'est vrai que les circonstances ne sont pas idéales, mais je crois que vous avez bien raison.
L'impératrice Hagard alla trouver son époux, pour lui faire part de cette très bonne nouvelle. L'empereur fut rassuré et dit à sa femme :
- Ma chère épouse, comme vous venez de me le dire, je peux enfin mourir en paix car ma relève est assurée par un petit prince, qui me comble de bonheur. C'est vrai que vous n'avez pas eu beaucoup de chance dans votre vie, mais vous êtes encore jeune et belle ; et je suis sûr que vous trouverez une nouvelle fois le bonheur avec un jeune et beau prince.
Pendant des jours et jours, tous les médecins se relayaient au chevet de l'Empereur, mais, au bout d'un mois, celui-ci mourut de sa grave maladie. On l'enterra donc quelques jours plus tard.
Hagard errait dans le palais sans savoir quoi faire ses journées. Mais un jour, un jeune et beau prince, qui avait entendu parlé du malheur de cette jeune Impératrice, se présenta au palais et demanda à la voir. Celle-ci le reçut et lui demanda :
- Que venez-vous faire ici, dans mon royaume?
- C'est-à-dire que, j'ai entendu parler votre malheur, et j'ai décidé venir vous séduire, pour que vous ne soyez plus jamais seule. Mais je sais qu'avec votre expérience ne vous laisserez pas faire aussi facilement. Je serai patient, et je vous laisserais le temps qu'il faudra pour que vous me fassiez confiance.
- Très bien, mais je crois que la patience sera avec vous pendant mal de temps, si vous voulez attraper mon cœur. Mais comment avez-vous eu connaissance de mon histoire ? Circule-t-elle de royaume en royaume ?
- J'en eu connaissance par un vieux serviteur qui travaillait dans votre royaume, avant d'être exilé vers un autre, pour une faute qu'il n'avait pas commise. Mais comme personne ne voulait le croire, on l'a envoyé dans ce royaume qui était justement le mien avant que je n'entreprenne ce long voyage. En ce qui concerne votre deuxième question, je ne peux y répondre.
Pendant plusieurs mois, le prince du désert et l'Impératrice apprirent à se connaître, et plus le temps passait, plus les deux jeunes personnes se retrouvaient ensemble toute la journée. Le jour de la naissance du bébé arriva et Hagard l'appela CHANG. Au bout de quelques semaines, le prince du désert et l'Impératrice Hagard se marièrent devant des milliers de personnes venues de toutes les contrées de la Chine. Enfin Hagard connu le bonheur.
Le nouvel Empereur TCHI-HONG et l'Impératrice élevèrent leur fils et eurent beaucoup d'autres enfants.
C'est ainsi que se termina la vie triste d'Hagard qui s'était transformée en heureuse existence.

Virginie Fleuranceau

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