Le mystère du coffre
de Virginie Fleuranceau

Shazenan Bey, sultan respecté, avait épousé une princesse bien plus jeune que lui. Un soir, alors qu’il rentrait d’un long voyage, son serviteur voulut lui parler:
- Votre épouse, Amina, se conduit de façon suspecte. Elle a fait installer dans ses appartements un vaste coffre, assez grand pour contenir un homme, et qui appartenait à votre grand-mère.
- Il ne devrait contenir que quelques broderies anciennes.
- Je crois que maintenant on pourrait y trouver beaucoup plus, mais elle ne veut pas me permettre d’y regarder, moi, votre plus vieux domestique.

Shazenan pénétra dans la chambre de sa femme et la trouva assise tristement auprès du coffre en bois massif.
- Voulez-vous me montrer ce qu’il y a dans ce coffre ?
- En raison des soupçons d’un domestique ou parce que vous n’avez pas confiance en moi ?
- Ne vous serait-il pas plus facile de l’ouvrir tout simplement et de couper court aux rumeurs ?
- Je ne crois pas que cela soit possible.
- Est-il fermé à clef ?
- Oui.
- Où est la clef ?
Elle lui montra.
- Renvoyez le serviteur et je vous la donnerais.

Le serviteur fut renvoyé. Amina remit la clef et se retira, l’esprit visiblement troublé. Shazenan réfléchit un long moment. Puis il appela quatre domestiques...

Il ouvrirent le coffre et trouvèrent une miniature en émail représentant un jeune et beau prince d’un pays voisin. Le sultan, tellement contrarié, parti avec ses hommes. Ils emportèrent le coffre et l’enterrèrent dans un endroit éloigné. Quand ils revinrent de leur promenade, le sultan alla voir sa femme et lui demanda des explications...
- Dis-moi, Amina, que signifie cette mascarade ?
- Je ne sais pas ce que cette statuette faisait dans ce coffre. Peut-être que quelqu’un l’a mise là pour nuire à mon image. Quand j’ai ouvert ce coffre, je croyais y trouver des broderies anciennes, comme votre grand-mère me l’avait dit avant sa mort. Mais au lieu d’y trouver ceci, j’y ai trouvé cette statuette, et je vous jure que je ne sais vraiment pas ce qu’elle y faisait.
- Très bien, mais je tiens bien à découvrir un jour le fin mot de cette histoire.

Le sultan envoya ses serviteurs dans les quatre coins du royaume pour aller à la recherche de ce fameux prince. Au bout d’une centaine de kilomètres à travers le désert, où l’on ne voyait que des palmiers et cette immense étendue de sable, ainsi que toutes sortes d’animaux. Les serviteurs arrivèrent dans un pays du nom de Hoggar. Ils interrogèrent toutes les personnes qu’ils rencontraient sur leur chemin. Après avoir poser des questions à tous les villageois, les serviteurs apprirent que l’homme qu’ils recherchaient était un jeune sultan, du nom d’Iguidi, qui gouvernait le pays d’Hoggar.

Ils rentrèrent au palais de Fezzan et firent part de leur découverte à leur sultan. Les jours passèrent et le sultan Shazenan, n’avait qu’une idée en tête, c’était d’aller trouver cet autre sultan pour lui demander si il savait d’où venait cette statuette qui le représentait.

C’est alors qu’il décida d’entreprendre le voyage jusqu’à Hoggar, pour avoir une explication avec le sultan Iguidi.

Arrivé sur les lieux, il fut reçu immédiatement auprès du sultan Iguidi. Et celui-ci lui dit:
- Que désirez-vous, cher sultan de Fezzan ? Quel est votre problème ?
- Tout d’abord, je vais vous exposer mon soucis. Il y a quelques temps, alors que je rentrais de voyage, un de mes domestiques me fit part que ma femme avait fait installer dans ses appartements, un coffre pouvant contenir un homme. Mais dedans, il n’y avait normalement que des broderies anciennes que ma grand-mère avait mises.
- Venez en donc aux faits.
- Voilà, quand j’ai ouvert ce coffre, il y avait une petite statuette à votre effigie. C’est donc pour cela que je suis venu vous voir. Et pour savoir si vous en saviez quelque chose.
- Comme vous désirez le savoir, cher sultan Shazenan, j’ai en effet une petite statuette qui me représente, mais depuis quelques temps, elle se serait comme qui dirait envolée.
- Ma femme penserait que ce serait l’œuvre de quelqu’un qui lui voudrait du mal.
- Mais oui, ça y est, je crois me souvenir de quelque chose, qui pourrait être capital dans cette affaire.
- Allez-y, dites-moi tout ce que vous pouvez savoir sur ce mystère.
- Et bien voilà, il y a quelques mois de cela, il y avait encore un sorcier dans mon palais, qui nous faisait des potions miracles pour guérir toutes les maladies possibles et inimaginables. Mais un jour, il a empoisonné ma fiancée. Ne voulant pas savoir si ceci était une erreur de sa part ou bien si c’était volontaire, je l’ai alors renvoyé. Mais avant de partir, il m’a dit qu’il se vengerait. Je pense donc que ceci pourrait expliquer toute cette histoire. La statuette ne pouvait arriver là que de cette façon.

Le sultan pris donc le chemin du retour et appris la bonne nouvelle à sa femme. Celle-ci soulagée oublia vite cette histoire.

Les années passèrent et la famille grandissait de plus en plus. Le mystère fut complètement rayé de la vie du sultan Shazenan Bey et de la sultane Amina. Mais un jour, une personne se présenta au palais de Fezzan en se faisant passer pour un malheureux vagabond. C’était en fait le sorcier, qui avait mis le buste d’Iguidi dans le grand coffre de Amina, qui voulait absolument accomplir sa vengeance. Le sultan lui permis de rester autant de temps qu’il le désirait, ne se doutant pas que sa femme et lui étaient en danger. Un jour, le sultan dut partir en voyage, et il laissa sa femme seule avec l’inconnu. Les domestiques, étaient tous là, mais ils ne se doutait de rien.

Quelques jours passèrent, et le sorcier reprit sa forme normale. Il restait tous les jours dans sa chambre, ne sortant que pour manger et de temps en temps se promener dans le grand jardin du palais. Le voyant que très rarement, Amina se demandait ce qu’il pouvait bien faire dans sa chambre. Si bien qu’elle ordonna aux domestiques d’aller nettoyer la chambre du vagabond dés qu’il n’y serait plus. Quand ils entrèrent dans la chambre du sorcier, ils découvrirent un vrai laboratoire. Il y avait plein d’alambics, de grosses marmites où bouillaient de drôles de choses. Ils allèrent tout de suite en faire part à leur maîtresse, et celle-ci, apeurée, se souvint de l’histoire de la statuette, elle ne put rien faire jusqu’au retour de son mari. A son retour, elle lui dévoila ce que ses domestiques avaient découvert dans la chambre de ce mystérieux inconnu.

Le sultan dit à deux de ses serviteurs :
- Retournez au royaume d’Hoggar, et dites à son sultan ce qu’il se passe ici. Mais surtout, ne revenez pas sans lui. Lui seul pourrait nous aider, il doit savoir quoi faire contre ce sorcier.

C’est alors que les deux domestiques prirent le chemin d’Hoggar. Quand ils arrivèrent, ils apprirent au sultan tout ce qu’il se passait au royaume de Fezzan; celui-ci décida donc de venir les aider à se débarrasser de ce sorcier.

Arrivé là-bas, Iguidi ne se doutait pas que la situation était si grave. Il alla voir le sultan, et là, ils discutèrent longtemps, pour trouver une solution au problème. Quand le sorcier se rendit compte que son ancien maître se trouvait là, il demanda à le voir.
- Je ne veux de mal à personne, tout ce que je souhaite, c’est de pouvoir m’expliquer avec vous.
- Je ne t’accorde pas beaucoup de temps, alors dépêche toi de t’expliquer. Mais au fait à propos de quel sujet ?
- C’est à propos de votre fiancée, quand vous m’avez chassé, vous n’avez même pas voulu savoir si c’était une erreur de ma part ou si cela était volontaire.
- Oui, mais, tu l’as tout de même tuée, elle n’avait rien fait de mal, cette pauvre enfant.
- Je sais bien, mais dans la potion que j’ai faite pour la soigner de sa maladie, j’ai mis un mauvais ingrédient. En fait, si je n’ai pas mis le bon, c’est que je ne l’avais pas. Comme j’avais lu dans un livre que celui que j’y avait mis ferait le même effet, je ne m’en suis pas méfié.
- Mais tu aurais pu attendre d’avoir de nouveau la plante qu’il te fallait dans ta potion pour guérir ma fiancée, ou bien faire de plus longues recherches sur cette plante.
- Oui, mais le temps était compté, car avec la maladie qu’elle avait, elle pouvait mourir d’un moment à l’autre.
- Très bien, mais pourquoi avoir amener mon buste avec toi, tu aurait pu te venger autrement qu’en embêtant ces pauvres gens, qui eux n’y étaient pour rien dans cette histoire.
- Détrompez-vous, votre fiancée n’était autre que la sœur d’Amina.
- Mais pourquoi avoir mis ce buste dans ce coffre, son mari a cru que j’étais l’amant de sa femme.
- Je vous comprends, mais s’il vous plaît, reprenez-moi dans votre palais. Je vous promets que dorénavant je ferais attention quand je préparerais mes formules.
- Bon d’accord, mais à la prochaine erreur, je vous chasse définitivement de mon royaume. Et je vous demande une dernière chose, n’importunez plus la famille de ma défunte fiancée.
- Vous avez mon accord.

Tout le monde fut heureux d’apprendre toute l’histoire, mais Amina eut de la peine pour sa sœur, qu’elle avait perdu de vue depuis plusieurs années. Le sultan du royaume de Hoggar resta encore quelques jours, pour raconter à Amina comment était sa sœur. C’est alors que la tristesse de Amina se transforma en joie, quand elle apprit tout le bonheur qu’avait eu sa sœur dans sa vie, même si celle-ci fut un peu trop courte.

Donc le sultan de Fezzan eut l’idée de faire une grande fête. Tout le monde était heureux et tout ceci se termina dans la joie et la bonne humeur.

Virginie Fleuranceau

Retour au sommaire