Le jour de la fin du monde
de Tonibe someone



J’y ai survécu. Comment ? Je ne sais pas, certainement par chance. Pourquoi ? Peut-être parce que j’ai un ange gardien hors du commun, ou bien qu’une quelconque divinité avait un dessein particulier pour moi.
 
La fin du monde. Certains la nomme apocalypse, d’autres encore le big crunch, mais peut importe la manière de la nommer, il n’y a qu’une seule manière de la décrire : c’était à la fois grandiose et terrible. Et pourtant, ça avait commencé de la manière la  plus discrète et la plus banale : les petites catastrophe auxquelles nous sommes habitués chaque été, des incendies de forêts. Mais peu à peu, ils s’intensifiaient, tant en nombre qu’en vigueur. Aidés par un vent inhabituel, ils atteignait des vitesses incroyables, apparaissant mystérieusement au milieu de la nuit et dévastant des maisons, des villages, puis des villes entières. Des dizaines de personnes y perdaient la vie, puis le nombre de survivants faiblissait de plus en plus, jusqu’à tomber au nombre effrayant de zéro : plus personne ne survivait aux incendies, qui
apparaissaient à présent dans des endroits dans lesquels personne ne les aurait imaginés : Paris se fit ainsi piéger. Ce jour-là aussi il n’y eu aucun survivant. Puis un jour, il n’y plus de ville : les incendies les avaient toutes réduites en cendres. L’humanité se résumait alors à quelques
groupes de miraculés qui traînaient sur les côtes, n’osant s’aventurer plus loin dans ces terres redevenues sauvages.
 
C’est à cette époque que les incendies furent secondés par d’autres phénomènes, plus inquiétants : des tornades, des ouragans, des tsunamis : ils devinrent de plus en plus fréquents, massacrants les derniers humains. Mais il y avait toujours des miraculés, dont moi, unique survivant d’un petit groupe qui avait échappé aux flammes qui ravageaient la région. Je pensais même être le dernier être humain sur terre. J’était pathétique : portant toujours de
vieux vêtements, que je portait depuis qu’un incendie avait ravagé le village où je vivait avec ma femme et mes enfants. Je ne pensais survivre qu’un ou deux mois maximum : l’hiver était là, froid, mortel, ravi de faire à son tour une victime des colères de la planète. Ma montre (qui indiquait non seulement l’heure mais aussi la date) indiquait le 21 décembre 2012. C’était un
matin enneigé. Je cherchait de quoi mangé, j’avais faim, j’avais froid, j’était malade, je pensait vivre mes derniers instants, ma vie touchait à sa fin. Il y avait de l’orage. Je regardais les éclairs qui zébraient le ciel. Peut-être se disputait-il avec le froid pour avoir privilège de tuer une misérable créature comme moi.
 
Visiblement, il gagna la dispute, car quelques instants après, un éclair me frappa, je ne l’avais même pas vu arriver. C’est dans ces moments que le comprend à quel point la vitesse de la lumière est immense (300 000 Km par seconde, en soi, ce n’est qu’un chiffre) sa puissance était effroyable, et je suis le premier étonné de ne pas finir en tas de cendres, mais
pourtant mon corps resta intact, mais ce n’était pas le seul miracle…
 
Non, mon histoire ne s’arrête pas là ! Sinon comment serait-ce possible que vous lisiez ces lignes ? Cependant la suite reste très difficile à décrire, et vous paraîtra certainement inventé, ou bien le produit d’un rêve. Pourtant cela en avait tout l’air, mais c’était pourtant bien réel…
 
À l’instant même où l’éclair me frappa, le temps se figea : je ne voyais plus que le blanc, éclatant, terriblement éclatant, de la foudre. Je me sentais léger, très léger, à un tel point que je sentais à présent mes pieds se détacher du sol. Etait-ce donc cela, la mort ? La lumière était tellement forte que je ne voyais même plus mon propre corps. D’ailleurs je ne savais
même plus si j’étais encore en mesure de revoir un jour, tant ce que je voyais était uni. Et moi qui pensais naïvement que les aveugles ne voyaient que l’obscurité ! Quel comble devant tant de lumière. J’étais surpris d’être vivant, même si j’en doutais de plus en plus. Je voulus me tâter, mais c’était impossible : plus aucun de mes muscle ne réagissait. Je ne battais même
plus des paupières. Mon cœur et mon diaphragme ne fonctionnaient plus : je ne respirais plus. Mais, étrangement, je n’en ressentais pas le besoin : je ne respirais pas et pourtant je n’étais pas en apnée, c’est une sensation assez étrange…
 
      Je me posais des milliers de questions : Qu’est-ce que je fais là ? En est-ce finit de l’aventure humaine ? Qu’est-ce qu’il se passe après ? Cette lumière sera t’elle éternelle ? Combien de temps vais-je rester ainsi ? Suis-je encore un corps ou bien un ectoplasme ? Je me croyais privé de tout, de la vie, de mes muscles, de mes sens, et même de la douleur…Ne pas souffrir dans ces cas et pire que la pire des souffrances, au moins il y a
quelque chose qui nous prouve que l’on est en vie, alors que là, il n’y a rien, juste de la lumière…
 
     Je me trompais. Dans cet océan de “ vide sensoriel”, un petit poisson émergeait : je n’y prêtais pas attention, mais une légère sensation apparut, tout en s’intensifiant. Ce n’est certainement pas à celle-là à laquelle je m’attendais. C’était une sensation de vitesse, même d’accélération que je ressentais. Je ne savais pas où j’allais, mais apparemment pas sur Terre :
je ne faisais que m’élever. Je montais, montais. Tout en continuant d’accélérer, je continuais à me poser toutes sortes de question sur l’origine de cet incroyable phénomène.
 
     Jamais de ma vie je n’avais ressenti une telle sensation de vitesse, même dans des voitures de sport décapotables lancées à pleine vitesse sur l’autoroute, même dans les plus grands manèges à sensations fortes. Et cela ne faisait que commencer…À un moment la sensation devint si forte que je pensais avoir atteints la vitesse de la lumière, si ce n’est plus.
Mais si j’étais réellement à une telle vitesse, ma destination devait être très lointaine. Ma notion du temps devait êtres flou, mais il me sembla voyager ainsi pendant un temps infiniment long, un millénaire peut-être, c’était très étrange…
 
     Et puis soudain, tout cessa : plus de lumière, le noir. Je ressentis à nouveau la gravité : je commençais à atterrir tout doucement, mes deux pieds purent à nouveau toucher le sol. Quel bonheur ! Je ne l’espérais plus ! À peine ce contact établi, je tombais sur un sol dur et froid.
 
     Je me réveillais quelque temps après. J’étais à plat ventre. Un léger vent soufflait. Je devais me trouver en extérieur. Doucement, j’orientais ma tête, légèrement ahuri, pour essayer de voir où j’étais. C’était très lumineux, pas autant que tout à l’heure, mais suffisamment pour m’obliger à plisser les yeux, et à renoncer au paysage pour le moment
 
     J’eu à peine la force de me retourner, avant de m’évanouir à nouveau...
Pour mon second réveil, ce fut quelqu’un qui me secoua. Je m’éveillais, encore faible. La main qui me secouait depuis apparemment plusieurs minutes appartenait à une jeune femme.
 
“ Réveilles-toi, réveilles-toi !” me dit-elle
 
J’étais encore sonné, mais je revins doucement à moi
 
“ Où est-ce que je suis ? Au paradis ?
_J’ignore ce que tu entends par “ paradis”, mais  tout ce que je peux te dire c’est que tu auras bientôt une réponse à chacune de tes questions, aussi nombreuse soient-elles, à condition de te lever ”
Je levais les yeux, et la vie pour la première fois. Elle avait un beau visage, plutôt de type asiatique, mais sa peau était aussi dorée qu’un maghrébin. Apparemment, elle vivait nue, sa poitrine bien en apparence. Mais elle n’était pas seule dans ce cas : ce qui restait de mes vêtements d’antan avait disparu. Me relevant, je cachais mes attributs des deux mains, une situation assez comique, au vu de la réaction  de la créature qui m’avait sortie du sommeil, car je m’étais trompé elle : elle n’était pas humaine. En effet, en me relevant, je pus constater que si elle avait un buste et une tête humaine, le reste de son corps était celui d’une jument : c’était une centaure
“ Tiens, enfile ça, me dit-elle en me tendant une espèce d’immense serviette de toilette, c’est une toge. Pour la mettre, tu fais deux tour de taille comme avec une serviette et tu passes. Pour finir, tu rentres le bout de la toge dans ton dos.”
Je m’exécutais
“ Elle te va à ravir. À présent, puis-je te poser une question ?
_Euh…oui. Laquelle ?
_Es tu déjà monté à cheval ?
_Absolument jamais. Pourquoi ?
_ Parce qu’il va falloir me monter, et sans selle ni étrier.
_Ah ?  Bon, et bien…je vais essayer
_ Je vais t’aider, me dit-elle en s’agenouillant
_Merci, ce sera plus simple effectivement.
Je mis cependant quelques instants à réussir à m’installer, mais je l’étais à peine qu’elle partît au galop., me laissant le plaisir d’admirer un paysage absolument magique : de très hautes montagnes aux sommets enneigés, de vaste plaines verdoyantes, de long fleuves larges et tranquilles dont la seule vue faisait naître en moi le désir d’y tremper les pieds, et même de
m’immerger intégralement à l’intérieur. Ma monture galopait sur un chemin fait à première vue de marbre blanc, lequel nous mena jusqu’à un croisement comprenant une cinquantaine de chemins identique au nôtre.
“ En fait il y en a exactement 49, m’informa la centaure
_Oh, au fait, je ne t’ai pas demandé ton nom
_Cela aurait été inutile, je n’en ai pas.
_Ah ?
_ Ici, une identité ne sert à rien. Je suis une centaure, c’est tout
_ Et…comment as-tu appris à parler Français ? Je ne sais pas où nous sommes, mais probablement pas sur Terre.
_ Français ? C’est ta langue ?
_Oui
_Et “ Terre”, c’est quoi ?
_Ma planète
_Ah ? Eh bien non, nous ne somme pas sur ton monde. Pour ce qui est du Français, je ne l’ai jamais appris.
_ Mais comment fais-tu pour communiquer avec moi, dans ce cas ?
_C’est assez compliqué. Techniquement, je ne saurais l’expliquer mais, en résumé, peu importe le son qui sort de ma bouche, ce qui compte c’est ce que je veux dire. Donc tu entends ce que je pense, mais pas ce que je dis.
_un genre de télépathie, quoi ?
_Télépathie ? Oui, on pourrait résumer ça comme ça ”
 
     Arrivés au croisement, d’autres centaures, qui portaient tous un homme sur eux, nous rejoignirent, chacun venant d’un chemin différents, nous étions donc 48 au total, car un seul chemin n’avait pas encore été emprunté. Ce dernier était d’ailleurs plus une route, car sa largeur était infiniment plus grande que le chemin sur lequel nous voyagions depuis tout à l’heure.
 
     Puis, après s’êtres comptés, tous les centaures s’engouffrèrent sur la route. Sur notre droite, un immense fleuve longeait la route de manière parfaitement parallèle. À l’intérieur de ce fleuve, il y avait comme un banc de ce que je pris pour des dauphins, mais qui en fait était des sirènes, au même nombre que nous, celles-ci tiraient de petites barques contenant chacune une
femme.
 
     En levant la tête vers un ciel azuré sans la moindre trace de nuages, je crus voir une immense nuée de gros oiseaux. Là encore, ma vue me trompait : ce n’était pas des oiseaux, mais des griffons, eux aussi au nombre de 48, qui eux transportaient sur leurs dos de lions des enfants.
Nous étions donc trois groupes : la terre pour les hommes, l’eau pour les femmes, et les airs pour les enfants.
 
     Tous les groupes arrivèrent en même temps aux portes d’une immense citadelle blanche. J’y reconnus une imitation de la ville de Minas Tirith, la ville des hommes dans le film tiré du chef d’œuvre de Tolkien : le Seigneur des Anneaux. Les centaures y arrivèrent par la route. Le fleuve s’arrêta net devant le superbe bâtiment : les sirènes y déposèrent leurs passagères.
Les griffons atterrissaient  tout simplement, offrant un gracieux spectacle.
 
     Une fois que chaque être humain eut posé ses deux pieds à terre, les diverses créatures mythologiques dirent au revoir à leurs passagers respectifs, avant de partir de la même manière qu’il était arrivé : par la terre pour les centaures, à la nage pour les sirènes, par les vents pour les griffons.
 
     Nos trois groupes ne faisaient à présent plus qu’un.
 
     48+48+48=144 personnes.
 
     Nous étions réduit à attendre devant les portes, tentant de faire connaissances avec les diverses personnes qui se trouvaient autour de soi. Toutes avaient échappé aux catastrophes et aux derniers instants de la civilisation, tous avaient une histoire digne des romans d’aventures
les plus fou, des films catastrophes les plus incroyables…
 
     Après quelques minutes, les immenses portes s’ouvrirent, et un jeune homme sortit de la citadelle. Légèrement plus grand que moi (je fais 1m75) il portait un étrange casque avec de petites ailes, ainsi que des sandales assorties.
 
     Une fois devant notre groupe, il se mit à parler. C’était incroyable : il n’avait ni micro ni porte-voix, il ne criait pas, et pourtant même les personnes situées à l’arrière du groupe,comme moi, entendaient parfaitement, alors que lui-même était placé quinze mètres devant
les premiers.
 
“ Bonjour, et bienvenue, amis survivants, nous dit-il. Laissez-moi d’abord me présenter. Certains d’entre vous m’ont peut-être reconnu, je me nomme Hermès. Je suis le dieu messager, entre autres, car j’ai également d’autres fonctions dont la liste serait aussi longue et fastidieuse qu’inutile. Je serais votre guide dans cette citadelle que l’on nomme, vous allez voir c’est original, Olympe. Bref, vous êtes chacun conviés au banquet des Dieux, où mes
confrères et mi-même vous expliqueront ce que nous attendons de vous. Suivez-moi je vous prie.”
 
     Hermès nous fit entrer par la même porte par laquelle il était arrivé. Passé celle-ci, nous traversâmes une immense cour. À vue de nez, je dirais qu’elle faisait presque 5 kilomètres de long, sur peut-être le double de large. Une fois cette véritable prairie traversée, nous entrâmes dans le bâtiment proprement dit. Hermès nous mena dans un long couloir. Ce couloir était à la fois richement et étrangement décoré par d’étonnants tableaux. À présent,
j’ai compris qu’il s’agissait d’une vaste frise certes artistique, mais avant tout chronologique : plus on avançait, plus l’œuvre présentée était moderne. Le couloir débutait par le dessin assez grossier d’un humanoïde armé d’une lance. L’artiste était un dénommé Loka. Puis, en avançant, des peintures de plus en plus sophistiquées commençaient à défiler devant nos yeux
émerveillés, pour les amateurs d’art, ou blasé pour les culturophobes.
Le couloir s’achevait sur une immense porte, d’environ 5m de haut sur 2 de large.
 
     Hermès l’ouvrit. Je tentais d’apercevoir ce qu’il y avait à l’intérieur, mais en vain : une forte lumière m’éblouissait complètement. Mais mes yeux finirent par s’habituer. Heureusement car c’est justement dans cette pièce qu’Hermès achevait sa mission de guide :  nous venons d’entrer dans la salle des banquets. C’était une pièce immense, très éclairée. En résumé, elle
ressemblait à la salle à manger de l’école dans Harry Potter. Très éclairée par d’immenses fenêtres et des lustres gigantesque qui pendaient d’un magnifique plafond imitant à la perfection un ciel merveilleusement étoilé. Sur ce plafond cosmique, on voyait même des comètes traverser l’espace : c’était tout bonnement magique.
 
     Outre ce splendide plafond, un autre détail attira mon attention : la pauvreté d’ameublement. La pièce devait, je pense être un carré de près d’1 kilomètre de côté, mais il n’y avait qu’une seule, qu’une immense table au fond de la salle. Tellement grande, qu’elle nous dépassait de plusieurs mètres. Derrière elle, douze impressionnants personnages siégeaient, parfaitement à l’échelle de la table, ils étaient immenses. Connaissant la nature de notre guide, Hermès, je devinais aisément qui étaient ces personnes. J’avais devant moi une imitation vivante de la Cène, le fameux tableau qui représentait le dernier repas du Christ, où ce dernier avait annoncé à ses disciples que l’un d’entre eux le trahirait. À la place de Jésus, au milieu, trônait bien évidemment Zeus, roi des Dieux. À sa gauche siégeait sa femme-sœur : Héra. Puis venait Poséidon, Hadès, Héphaïstos, Aphrodite, Arès, Athéna, Artémis, Apollon,
Déméter et Hestia. Chaque Dieu était identifiable à ses attributs dessinés derrière lui. Hermès fit rapidement les fit rapidement les présentations, avant de se mettre à grandir, grandir, grandir, jusqu’à atteindre la taille de ses congénères. Puis il alla s’asseoir à sa place de l’immense table divine, située à l’extrême droite.
 
     Une fois Hermès installé, Zeus se leva, nous dominant de toute sa hauteur, et d’une voie très grave, forçant quiconque au respect, il commença à nous parler.
 
“ Bienvenue, amis terriens. Ainsi, vous êtes les survivants, les uniques survivants de votre espèce. Peut-être avez-vous déjà essayer de vous compter, si ce n’est pas le cas, je vais vous informer : vous êtes, pour le moment, exactement 144 personnes. J’ai dit “ pour le moment”,
car vous serez amenés  à vous reproduire, ce sera même un des grands objectif de votre mission.
 
     Votre mission, justement, est de repeupler la Terre, recréer l’humanité, tout refaire à partir de zéro. Pour vous compliquer un peu la tâche, nous vous effacerons la mémoire. Votre but sera également de créer certes une humanité, mais une nouvelle, une meilleure humanité. Aussi vous serez chacun légèrement modifié génétiquement, afin de faire disparaître en vous
tout esprit de violence et faire en sorte que toute la bestialité qui vous reste soit évaporée. Ce sera évidemment une tâche longue, pénible et douloureuse, mais après votre seconde mort, vous toucherez une merveilleuse récompense. Avez-vous des questions ? ”
 
Un homme âgé d’une soixantaine d’années leva la main : “ Cette mission est un immense honneur, euh, Ô grand Zeus, mais…pourquoi nous ? Pourquoi pas d’autres hommes et d’autres femmes ?
_ Monsieur, sachez qu’en fait, vous êtes les gagnant d’un jeu de télé réalité, si vous voyez ce que je veux dire. L’humanité était les candidats, et nous, les Dieux, les téléspectateurs. Nous avions une liste de critères, dont l’évocation complète serait aussi longue et fastidieuse qu’inutile. Nous avons ensuite procédé par élimination, en vous infligeant des épreuves que
vous deviez surmonter : incendies, tornades, tsunamis…jusqu’à tomber sur les chiffres exacts de 48 femmes, 48 enfants et 48 hommes. Ai-je répondu à votre question ?
_Euh…oui, oui…
_ Parfait ! Autre question ? ”
Une jeune femme d’une trentaine d’année leva à son tour la main
“ Oui ?
_Pourquoi avez-vous supprimé l’humanité ? Si elle n’était pas bonne alors pourquoi nous avoir garder, vu que nous sommes nous-même humains ?
_ Et bien disons que l’humanité que connaissiez détruisait tout, et était très bien parti pour détruire la planète entière, voir même peut-être la galaxie, et pourquoi pas même l’univers entier…De plus, le niveau intellectuel final était à peine plus élevé qu’au moyen âge !
_Admettez tout de même que vous auriez pu prévenir…
_Mais nous l’avons fait ! Et la Pythie ? Et les oracles romains ? Et les Mayas ? Et Nostradamus ? Chacun avait donné de belles précisions, mais les dirigeants n’y ont pas prêté attention, jugeant leurs dirs comme des histoires de fous…On vous a aidé, et vous n’avez rien voulu comprendre : tant pis pour vous. Une autre question ?”
Un jeune homme d’une quinzaine d’années leva la main :
“ Oui ?
_Mais si votre but est d’améliorer l’humanité, pourquoi nous empêcher de reproduire nos erreurs en nous effaçant la mémoire ? Si nous n’en avons pas connaissance, nous risquons de
les reproduire
_ Qu’est-ce que vous imaginez ? Que nous vous lâcherions aussi facilement que cela dans la nature, en vous laissant vous débrouiller ?  La dernière fois nous avons fait cette erreur, pas aujourd’hui : non seulement vous serez modifiés génétiquement, mais en plus nous vous surveillerons, et influencerons vos choix. L’effacement de mémoire aura tout simplement
pour but que vous oubliez tout ce que vous avez vu dans votre vie antérieure, et surtout ici : la raison même de la divinité est que l’humanité suppose notre existence, au lieu de la connaître. C’est effacement de la mémoire, c’est notre manière à nous de nous protéger.
 
D’autres questions ? ”
Cette fois personne ne leva la main, laissant la salle dans un bien étrange silence. Plus  personne ne bougeait. Finalement, Zeus repris la parole :
“ Je vous remercie pour votre attention, pour vos questions, et pour ce que vous construirez par la suite. Vous allez pouvoir vous reposer et vous restaurer ici. Vous avez quartier libre, jusqu’au moment au vous entendrez une cloche. Sur ce…BON APPÉTIT ! ”
 
     À peine eut-il dit ces mots, de longues tables apparurent. Parfaitement adaptés à notre échelle, elles étaient très séduisantes, car chargé de mets aux odeurs alléchantes : le vide de la pièce était comblé, le silence était rompu, et une ambiance bonne enfant s’installait à présent.
 
Cet endroit divin devait réellement être magique.
 
     Je restais deux bonnes heures à tables, avant de partir digérer dans l’immense couloir, faisant mine d’admirer les chefs d’œuvres qui y étaient exposés. Je voulais être seul, éloigné de toute l’agitation qui régnait à présent dans la salle de banquet. Je tentais de revoir des souvenirs de mon ancienne vie, mes parents, mes amis, mes amantes, mon foyer : toute cette
vie de calme et certainement luxueuse comparé à ce que je m’apprêtais à présent à vivre. Je laissais tomber quelques larmes, qui se transformèrent rapidement en torrent. Je me sentais incapable de réussir, alors que je n’avais même pas commencé. Je restais là, stupidement debout, ne comprenant même pas ce que je faisais là. Le temps s’écoulait, sans que je ne
puisse le mesurer.
 
     Je restais ainsi peut-être une heure, une heure et demie, quand j’entendis le son d’une cloche : “ Dong”, puis un autre “ Dong”. Étrangement, la première chose qui me vint à l’esprit, ce n’étais pas l’angoisse de la vie future qui m’attendait (“ Dong”), mais une mélodie, produit du groupe de hard rock australien AC/DC. Cette musique se nommait Hells Bells. Elle se propageait dans mon esprit, me faisant oublier tout le reste, elle effaçait tout ce
qui se trouvait dans ma mémoire, absolument tout. Elle retentissait et agissait ainsi jusqu’à la dernière note.
 
     À peine celle-ci fut-elle jouée qu’un immense flash eut lieu, on ne sait comment, on ne sait d’où il pouvait surgir, mais il était bel et bien présent. Ça recommençait : le temps s’arrête, tout est blanc autour de moi, je ne peux plus bouger, je me sens léger : je voyageai à nouveau.
 
     Comme la dernière fois, je m’évanouis à l’arrivé, sombrant dans un trou noir, oubliant tout ce qui me restait, et entrant dans ma nouvelle vie.
Quand mes paupières s’ouvrirent, personne ne m’accueilli : j’étais seul. Péniblement, j’essayais de me relever. Ce ne fut qu’une fois debout que je commençais à me poser des questions “ Où suis-je ?” fut la première. Je pus aisément y répondre après deux secondes d’observation : j’étais à l’entrer d’une petite grotte. “Que s’est-il passé ?”  Ma tête avait heurté un rocher, elle me faisait souffrir et un liquide rouge en sortait : du sang. Cela devait faire un
bon moment que j’en perdais, car je perdis connaissance aussitôt.
 
     Je me réveillais en pleine nuit, mais après combien de temps ? Impossible de le savoir.
 
     Par chance, il y avait devant moi des plantes, qui poussaient je ne savais comment. Ignorant si elles étaient comestible, j’en cueillis assez pour m’en faire une bouchée : c’était ma seule chance de survie. Je pris également une feuille assez large pour panser ma plaie à la tête.
 
     Trois jours plus tard, je pus à nouveau marcher, non sans difficultés, mais j’étais assez robuste pour quitter ma grotte, tel un jeune louveteau quitte pour la première fois le terrier familial. L’extérieur consistait simplement en une immense plaine, avec parfois un grand arbre qui émergeait de cet immense océan de verdure. En marchant, je réussis à dénicher une longue branche solide qui pu me servir de béquille. Quelques heures plus tard, j’aperçus de la
fumée qui s’élevait au loin. Ce n’était pas un incendie mais des Hommes, tout comme moi. Je m’approchais un peu, et aussi discrètement que le permettait mon corps meurtri. Eux portaient des peaux de bêtes, contrairement à moi qui était nu. Une femme me vit, et me fit signe d’approcher, et d’après ce que je comprit, il n’y avait rien à craindre.
 
     Bientôt, ce fut un grand nombre d’hommes, de femmes et d’enfant qui m’entoura, l’air chaleureux. Étrangement, chacun de leurs visages m’étaient familiers, je ne sais pourquoi. Ils étaient charmants, et très attentionné à mon égard. Ils finirent même par me faire comprendre que je virais avec eux, devenant membre du clan à part entière.
 
     Je devins rapidement très admiratif de leur mode de vie, dont les principes étaient basés sur le pacifisme et le culte du respect.
Jamais nous n’aurions penser à utiliser la violence dans le but de faire souffrir autrui (faire souffrir quelqu’un nous paraissait aussi inutile que stupide). Les seuls cas où la violence était utilisée, c’était uniquement lors de la chasse. Et encore, il y avait un rituel à respecter.
 
     Avant de tuer leur gibier, les chasseurs immobilisaient la bête avant de lui chuchoter dans l’oreille des excuses ainsi que les raisons de sa mort et ce que l’on ferait de ses restes, simple question de respect.
 
     Pour survivre, nous suivions les migrations d’un troupeau de gros animaux à cornes. Mais les suivre signifiait également qu’il fallait signifiait qu’il fallait démonter et remonter le camp à chaque fois, une tâche longue et pénible d’autant que le transport n’était pas de tout repos, mos dos s’en souviens encore.
 
     Puis, un jour, le troupeau, et nous aussi par conséquent, s’installa dans un charmant endroit. Le cadre était idéal : nous pûmes installer le campement en bordure d’une forêt, un fleuve rempli d’excellents poissons passait à moi de 100m de nos tentes en peau et en os de bête. Il eu été un crève-cœur de quitter cet endroit, si le troupeau venait à partir. Pour ma part,
j’était près à rester ici, seul s’il le fallait. Puis, une idée me vint : et si…on obligeait le troupeau à rester avec nous ? Mais comment ? Je vis alors mes voisins monter leur propre tente. Finalement, qu’est-ce qu’une tente ?  un endroit délimité ! Pour les bêtes, on pourrait faire la même chose. Pas leur monter une tente géante, mais faire en sorte  qu’il soit à l’intérieur de limites. Mais quels genres de limite ? Et si…on construisait des barrières, avec
des arbres que l’on taillerai ? Ça pourrait marcher. Je partis, tout heureux de ma découverte, l’annoncer aux autres.
 
     Le clan respectait toujours chacune des idées de chacun des membres, même les plus farfelues, quand il s’agissait d’améliorer le clan et la vie du clan. Ainsi, chacun vint me proposer son aide quand je leur parlais d’enfermer le troupeau. Quelques-uns coupèrent des arbres. Je leur recommandais plus particulièrement, parce qu’ils étaient légers, avaient un volume convenable tout en restant solide. D’autres taillaient et liaient les troncs pour en faire
des barrières. Une fois ces dernières confectionnées, assemblés et plantés, on dépêcha un groupe de chasseur pour faire venir le futur bétail. Leur but était de les effrayer, et onc de les faire fuir, dans la direction de notre nouvelle construction. (Tout l’art de cette action étais d’y arriver sans que le troupeau ne se disperse). Nous avons ouvert la voie de la sédentarisation.
 
     Depuis, nous avons peu à peu remplacé les tentes en peaux de bêtes par des maisons en bois.
 
     L’expérience fut un succès complet : plus besoin de chasser, la nourriture était à présent a porté de main, tout du moins pour la viande, car pour les fruits, les légumes et les plantes médicinales, il fallait à se déplacer et surtout les chercher. Ce qui pouvait prendre des heures, quand on ne connaissait pas les coins. C’est justement sur ce sujet que mon deuxième coup de génie portait : et si on déracinait les plantes comestibles et médicinales pour les
planter directement dans notre nouveau village ? Cette fois, je ne pris même pas la peine d’en parler aux autres : je tentais l’expérience seul. Je partais tous les jours pour une petite promenade sylvestre, ramenant à chaque fois une plante entière, racine comprises. Je les plantais toutes dans mon jardin. L’opération dura plusieurs mois, le temps pour moi de réunir une de chaque espèce que nous utilisions. Pendant toute la durée de cette expérience, je
constatais qu’aucune plante à fruit n’était productive : rien ne poussait, c’était désespérant.
 
     Quelques semaines plus tard, la neige vint recouvrir la plaine. Nous vivions sur nos réserves, restant cloîtré chez nous, à la chaleur du feu de bois. Au sortir de cette froide saison, en sortant de chez moi, j’eus une merveilleuse surprise : toutes les plantes avaient repoussé, et de beaux fruits étaient déjà en train de germer. J’avais réussi. Je courus annoncer au village ma réussite, et on fit de moi un véritable héros, qui avait su devenir maître de la nature. Un de mes voisins dit même que j’étais un envoyé du ciel, mais je pensais qu’il exagérait.
 
     Depuis, le village s’intéressa à tout, voulait tout savoir, tout comprendre et, chaque jour, il y avait une nouvelle découverte : quand l’un découvrait la poterie, l’autre, qui avait compris qu’une plante avait besoin d’eau pour survivre, inventait l’arrosage. Le lendemain, un autre inventait l’irrigation. Mais il n’y avait pas que les domaines techniques : les domaines spirituels jouissaient également de notre intérêt : certains réfléchissaient à la meilleure
manière d’éduquer les enfants, d’autres recherchaient le véritable bonheur, d’autres voulaient savoir ce qu’il y avait après la mort : tous inventaient des légendes  et des mythes pour tenter d’expliquer ce qui échappait à notre nouveau savoir : nous avons posé les bases de la culture et de la civilisation.
 
     Quand à moi, je ne fis plus jamais la moindre découverte, car j’avais faîte la plus belle d’entre elles : je vivais avec Nina, la fille de mon voisin : elle devait avoir 10 ans de moins que moi, mais l’âge n’était pas une barrière. Elle était indescriptible : simplement belle.
 
     Ensemble, nous n’eûmes pas moins de 14 enfants et, chose exceptionnelle à ce stade de la civilisation, sept survécurent jusqu’à l’âge adulte. Peut-être était-ce cela, le bonheur ? Devais-je en faire part à ceux qui le cherchaient encore ? Non, parfois il est bon de savoir chercher soi-même. Notre dernier enfant naquit le jour même de ma mort. Mon âge, déjà avancé, me retenait à mon lit, fait d’un matelas de fougère et d’une couverture en peaux de bêtes.
Quelques minutes après l’accouchement, notre fille aînée m’amena mon fils, mon dernier fils. Nina, l’avait baptisé Loka, ce fût ces dernières paroles, car elle mourut d’épuisement quelques minutes plus tard. À cette nouvelle, je décidais de rester impassible, et de ne prononcer que quelques mots : “ Alors il est temps pour moi de rejoindre Nina”, puis je m’adressais ma bénédiction à Loka : “ Toi aussi,, un jour, tu feras une grande découverte, fais en sorte que les Hommes vieux mieux après ta vie, tu seras pour nous une immense fierté. Nous t’attendons, ta mère et moi, à plus tard”  lui dis-je en fermant doucement les yeux, et laissant la vie m’échapper, et mon esprit s’envoler.
 
     Durant toute cette vie, je m’étais demandé ce qu’il y avait après la mort. J’avais envisagé quelques hypothèses : peut-être que l’on se réincarnait en Homme, ou bien animal, ou même en n’importe quoi, un caillou, par exemple. Peut-être que l’on montait au ciel et que
l’on se transformait en étoile. J’avais même envisagé les thèses les plus farfelues : après la mort, il y a…rien, rien du tout, le vide, le noir pendant l’éternité. Bien entendu, je n’y croyais pas, mais on ne sait jamais.
J’allais enfin pouvoir répondre à ces questions, mais j’ignorais que je connaissais déjà les réponses : ce ne fut qu’après ma mort, à la seconde près, que la mémoire me revint. Mapremière vie, la fin du monde, le voyage chez les dieux, la mission…toutes les connaissances
que j’avais acquises autrefois et qui m’ont été prises m’ont été rendues. Mais elles étaient à présent inutiles, je savais ce qu’il se passait, mais je ne pourrais en informer personne, je retournais chez les Dieux.
 
     À mon réveil, ce n’était pas la centaure, mais Zeus en personne qui m’attendait. Il était souriant, inspirant à la fois la sympathie et l’humilité, tel un père respecté au sein de son immense famille.
“Bienvenue, me dit-il
_B…bonjour, ou bonsoir, je ne sais pas…quelle heure est-il ?
_ Il n’y a pas de notions d’heure ici, mais si vous voulez absolument savoir, il est 10 heures du matin sur Terre, et le 24 octobre 3012 après Jésus-Christ, mais ce calendrier n’existe plus,
je vous le rappelle”
Je regardais autour de moi. Cette fois, je n’étais pas dans une grotte, et encore moins sanguinolent. J’étais dans une chambre d’une luxe indescriptible : tout était recouvert d’or ou d’argent, le lit était moelleux, d’un confort inégalable.Les murs étaient richement décorés par diverses œuvres de maître, La Joconde y côtoyait un portrait de la femme de Picasso, Dora
Maar, peinte par le maître au style tellement reconnaissable : j’ignorais qu’ils allaient si bien ensemble.
 
     Zeus me coupa dans mon admiration : “ Vous aurez tout le temps pour admirer, car vous êtes chez vous : vous vivrez ici, dans notre monde, et accéderez au rang de dieu secondaire, en remerciement d’avoir mené votre mission à bien. Vous ne serez pas seul : les 144 du départ
seront également à vos côtés. Ils sont ou serons tout comme vous logé et élevé au rang de dieux…
_Attendez, mais il n’y a QUE les 144 premiers ?
_Bien sûr ! le monde des Dieux ne va pas laisser ses portes ouvertes à toutes la nouvelle humanité ! Sinon, où serait l’intérêt d’être dieu ?
_Mais les autres morts…où sont-ils ? demandais-je avec une certaine crainte
_et bien, ils passent par la procédure habituelle, ils vont aux Enfers, pourquoi ?
_Avec toute l’ancienne humanité ?
_Non ! Celle-ci à intégralement disparue, physiquement et spirituellement : elle n’existe plus, et n’a jamais existé !
_Dans ce cas, je souhaiterais renoncer à vivre ici, même à ma divinité s’il le faut, et aller vivre avec Nina, et nos enfants qui arriveront bientôt…”
Zeus s’esclaffa, croyant à une blague, mais s’arrêta net quand il comprit que je ne plaisantait pas. I fit alors mine de réfléchir quelques instants, puis me proposa un marché
_si cela est votre voeu le plus cher, on va peut-être trouver une solution : on pourrait déplacer votre nouvelle maison là-bas, où vous vivrez, vous et votre…idylle, à condition d’assumer votre rôle de dieu : Hadès viendra vous chercher avant chaque réunion, pour vous y emmener. Ça vous convient ?
_J’accepte avec la plus grande joie.
_Par contre Eros va passer un sale quart d’heure…bon, et bien, rendormez-vous, et quand
vous vous réveillerez, votre femme et vos enfants qui sont déjà mort seront à vos côtés…bon voyage, et à bientôt
_Merci infiniment
_Bonne nuit ! ”
 
     Je m’endormis aussitôt.
 
     Mon réveil se passa exactement comme Zeus l’avait prévu : Nina dormait à mes côtés, aussi belle que lorsque nous nous étions rencontrés.
Les réunions divines consistaient à détruire les éventuels défauts de l’humanité, et surtout à débattre sur la manière de procéder. Hadès m’y emmenait à chaque fois et étais devenu comme un père pour moi.
Je vivais à présent une vie de rêve : j’avais un travail passionnant, des amis puissants, une femme splendide et des enfants merveilleux. Si jamais on m’avait dit que c’était ça la fin du monde, j’aurait ri aux éclats, d’un rire divin…


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