Nuage
de Thierry Berger

Au pied de l’horizon, l’homme, l’esprit isolé, vaquait à ses pensées. Philosophe naïf, il venait de se rendre compte que dans le monde moderne qui l’avait accueilli, la solitude était une sorte de tribut à payer au contemporain.
Seul le fond d’un dixième verre de bière faisant loupe réussissait à le rapprocher de l’occupant du plus immédiat tabouret de bar, pensait-il, se forçant à sourire.
Sans trop y croire, l’homme scrutait le ciel à la recherche du dieu dont on lui avait parlé, espérant une réponse à ses questions, un baume qui adoucirait son désarroi, une voix qui rongerait cette dévorante solitude, lorsque tout à coup, son regard s’accrocha à un nuage. Un beau nuage, immaculé, poussé par une fine brise. Un nuage dont la forme le ravit. Cela ressemblait à un visage de jeune femme souriante, aux traits paisibles.
Voilà, se dit-il, le signe d’une vie nouvelle, promesse d’un avenir sans monotonie.
Et presque inconsciemment, il se mit à suivre la douce nuée.
Monologuant avec elle en pensée, échangeant ses idées, il lui semblait s’en approcher.
S’en approcher tellement, qu’il s’en énamoura.
Un instant, alors qu’il continuait de parler, il sentit sur le haut de sa joue, tomber une goutte d’eau. " Tu pleures, Nuage ? " dit-il à voix haute, satisfait que l’on partage sa tristesse. " Nuage, tu pleures ? "… Nuage ne répondit pas. Alors, il goûta l’eau. Elle était salée.
Les nuages ne transportent pas d’eau salée, c’est connu. Cette larme m’appartient donc, pensa-t-il. Ce nuage dont je suis amoureux, ce visage de brume n’est qu’un mirage qui ne me peut me retourner les sentiments que j’ai pour lui !
Afin de s’assurer que ce n’était pas un mirage, il voulut enlacer le nuage, le serrer fort, très fort dans ses bras pour lui montrer à quel point il l’aimait… et ses bras ne ramenèrent qu’un brouillard informe, un visage défait. Anxieux d’avoir par ce geste détruit une relation qui lui tenait à cœur, il recula de quelques pas et vit le brumeux visage se reformer. Voilà, se dit-il, le signe d’une vie nouvelle, promesse d’un avenir sans monotonie.
Et presque inconsciemment, il se mit à suivre la douce nuée. Conversant…
Fin

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