Le cas Robin Flowers
de Thierry Fievet



Robin était assis confortablement dans son canapé et regardait un épisode de Dragon-ball Z à la télé. Sa mère lui avait préparé des tartines au beurre de cacahuète et un grand verre de lait au chocolat avant de remonter dans ce qu’elle aimait appeler son atelier afin d’achever une toile difficile à réaliser. Elle comptait beaucoup sur la réussite de celle-ci car elle souhaitait l’offrir à sa meilleure amie pour son trente sixième anniversaire. Robin pouvait entendre la musique qui sortait de son petit poste radio. Maman n’oubliait jamais de l’allumer, mais là tout allait bien car elle ne chantait pas par dessus les chansons ! Certainement trop absorbée par sa peinture.
Robin, comme tout les autres enfants de la ville, n’était pas allé à l’école aujourd’hui. La neige avait rendu impraticable la plupart des routes, et à voir la tempête qu’il faisait dehors et les annonces de la météo, ça n’était pas prêt de s’arrêter. Une chose était certaine, Robin n’irait pas à l’école demain non plus. Et ça s’était super chouette ! Le seul petit hic dans cette affaire s’était que son grand copain, sam.j parker qui habitait à quelques pâtés de maison, venait de tomber malade... une saleté de bronchite qui le clouait au lit depuis deux jours et qu’il avait du chopper en faisant une mémorable bataille de boules de neige dans la cour de récréation de l’école, qui s’était vue recouverte d’une jolie couche de neige à laquelle aucun n’avait pu résister. Et surtout pas sam qui était toujours aux premières loges pour ce genre de distractions. Résultat robin devait se passer de la compagnie de sam.j Parker pour ces petites vacances imprévues. Tant pis.
Le Dragon Ball Z touchait à sa fin, les personnages en furie se livraient bataille dans les airs en poussant des cris aigus, sorte de bouquet final riche en couleurs. Robin flowers adorait ça ! Il fixait l’écran de télévision de ses grands yeux bleus, et entamait sa dernière tartine au beurre de cacahuète quand le téléphone se mit à sonner. Suzanne Flowers avait sursauté en se retournant sur l’appareil qui était posé sur une petite commode en bambou dans un coin de la pièce. Sans s’en rendre compte elle laissa une trace de peinture bleue sur le visage angélique de la vahiné qui dansait au centre de la toile. Suzanne marcha d’un pas rapide, le pinceau toujours à la main. L’autre téléphone accroché sur le mur à la gauche de Robin fit Ding quand elle décrocha le combiné.
C’était la future propriétaire du fameux tableau. Lindsay Trenton. Ce fut alors le début d’une conversation enthousiasmée entre deux supers amies qui ont toujours un truc à se raconter et aussi qui ont souvent le temps pour le faire. Robin entendit une phrase que sa mère, au bout d’un moment, prononça sur un ton rempli de fierté. ‘Je te l’avait dit chérie... il ne se trompe jamais.’
Robin jeta un regard vers la pendule accrochée au dessus de la porte d’entrée du salon. 17h15. Il s’apprêtait à s’envoyer une bonne lampée de lait chocolaté quand une chose ennuyeuse se produisit. Plus une image sur l’écran de télévision. Dragon ball Z avait cédé la place à un océan de parasites bruyants. Comme ça, d’un seul coup, sans prévenir. Schiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii.... Robin reposa son verre sans même y toucher et c’est à cet instant qu’il se dit que quelque chose n’allait pas. Ce sentiment étrange n’était pas dû aux parasites qui avaient volé la vedette à son dessin animé préféré. Il savait ce qu’était une mauvaise réception d’image et en avait vécu quelques une déjà. Non c’était autre chose. Les ombres commençaient à s’étirer dans la pièce, comme si la nuit se mettait à tomber vitesse grand V. La clarté disparaissait à vue d’oeil dans le salon. Le petit garçon de huit ans se redressa, tout les sens en alerte. Il en fit tomber sa casquette (sur laquelle on voyait Ginobili, le joueur Argentin de l’équipe de basket de San-Antonio, courir balle en main) et s’empressa de la ramasser pour la visser de nouveau sur sa tête. A présent le grésillement continu du poste de télévision augmentait lui aussi. Comme si un être invisible s’était mis à jouer avec le bouton de volume en le montant progressivement. Là-haut la conversation avait changée de ton, Robin n’y avait pas prêté attention, mais à présent il écoutait. ‘ Allo ? Allo ! ? Lindsay ?’ il y avait de la crainte dans la voix de sa mère. Elle répéta ‘Allo Lindsay ? !mais merde qu’est-ce qui ce passe ? ‘ Robin commença à entendre des bruits d’agitation provenant de l’extérieur. D’abord des bruits de chocs sourds, lointains, très vite emportés par la tempête. Puis des claquements de portières, des voix, des coups de klaxon, encore d’autres bruits sourds mais plus proches cette fois, des cris... Si il avait été à l’étage, aux coté de sa mère, il aurait eu une meilleure vue d’ensemble de se qui se passait dehors en regardant par la fenêtre de l’atelier. Chose qu’était en train de faire Suzanne Flowers.’ Mon Dieu.’. pensa t’elle. Elle n’avait même pas raccroché le téléphone. Au contraire elle le serrait fort dans sa main en regardant dehors. Ses yeux étaient grands ouverts, son visage avait pâli et pendant un instant qui lui parut une éternité elle cru ne jamais pouvoir sortir un son de sa bouche (qu’elle gardait toute grande ouverte pourtant). Suzanne laissa tomber le combiné. Il claqua sur le plancher en restant muet, sans tonalité. Elle vit aussi qu’elle tenait encore le pinceau dans sa main gauche et le balança. Il tournoya à travers toute la pièce pour aller claquer contre une petite bibliothèque en bambou elle aussi. Les ténèbres engloutissaient l’atelier comme une marée montante et la lumière qui jusqu’alors émanait des nombreux tableaux recouvrants les murs, avait complètement disparue. Suzanne ouvrit la porte énergiquement mais d’un geste maladroit. Ce qui lui coûta un ongle... Dans d’autres circonstances elle aurait sûrement poussé un long cris strident, couru partout dans la maison en se tenant le doigt meurtri, la rage au ventre et les yeux exorbités... Mais là, elle se contenta de grimacer en poursuivant sa route vers les escaliers. Des images de ce qu’elle avait observé par la fenêtre se bousculaient dans son esprit... toutes ces personnes dans les rues et cette lueur orangé à l’horizon qui évoquait une ville embrasée’
— Robin ! Robin ! cria t’elle. Mon bébééééé ! !
Pendant ce temps, Robin, effrayé, tremblant de tout son être, avait lui aussi ouvert une porte. La porte d’entrée claquait violemment sous les rafales du vent. Un vent glacé qui faisait dégringoler des étagères, toutes sortes de revues, bandes-déssinée (des magazines de décoration, et des Stranges de chez Marvel ), tout cela tournoyait bruyamment dans le salon. Pas mal d’objets commencèrent à dégringoler un peu partout, des vases, des cadres, des bibelots... Et il faisait pratiquement noir à présent.
— Robin ! Répond moi ! Robin ! ! Suzanne perdit l’équilibre dans les escaliers. Par bonheur elle réussi à se rattraper à la rampe. Elle arriva enfin (entière) dans le salon.
Schiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii la télévision semblait sur le point d’exploser. C’était assourdissant maintenant.
Robin Flowers entendait les cris de sa mère, mais ils lui paraissaient venir de loin, comme un son qui cherche à vous réveiller sans toutefois y parvenir. Un nombre incalculable de voitures étaient stationnées en vrac ça et là sur la nationale qui passait devant sa maison. Le petit garçon faisait comme la plupart des gens qui étaient là, devant lui, immobiles sur la route, les bras ballants, à regarder vers le ciel, le visage fouetté par la neige.
Boum ! Entendit-on au loin... Le sol en trembla.
Suzanne vit que son fils s’était avancé sur le trottoir enneigé. Il n’avait plus sa casquette sur la tête, une rafale venait de l’emporter. Quand elle arriva enfin à la hauteur de son garçon, Suzanne le prit dans ses bras et le serra fort. Robin ne défixait pas le ciel obscur. A son tour elle leva les yeux et fut prise de stupeur devant l’horrible spectacle qui se déroulait derrière les nuages. La lune venait d’exploser. Quelque chose venait de la heurter. Tout le monde (enfin ceux qui ne s’étaient pas encore mis à courir dans tous les sens) pouvait voir les morceaux de l’astre pulvérisé s’éloigner les uns des autres en partant du centre de l’explosion. Véritable vision d’horreur. La chose qui avait frappée la lune n’était pas venue seule. Il se trouvait que l’astre mort était là sur sa route, comme pour se sacrifier pour sauver notre planète. Une pluie de météores gigantesques fonçait droit sur la terre. Les premiers, les plus petits, avaient même commencé à s’écraser dessus, semant la destruction en causant la disparition de plusieurs villes déjà. Robin regardait sa mère. Ils pleuraient tout les deux, le froid faisait briller les larmes qui coulaient sur leurs peaux noires. Dans leur désarroi ils ne s’étaient pas rendus compte (pas tout de suite en tout cas) que les gens autours d’eux avaient maintenant tous cédé à la panique. Certains remontaient dans leur véhicule, tentant de se frayer un chemin pour aller je ne sais où. D’autres encore couraient vers l’entrée des maisons (même si ça n’était pas la leur) en espérant y trouver abri.
— Qu’est-ce qui se passe maman ? Demanda-t-il sans s’arrêter de pleurer.
— Ne t’inquiète pas mon bébé en sucre… Ca va aller... On va s’en sortir tu vas voir... Viens ! Elle prit Robin par la main et l’emmena vers la maison. Ils n’eurent jamais le temps d’y arriver.
Un choc terrible retenti, suivit d’une intense et éblouissante lumière blanche qui envahit le ciel. La lumière se transforma en source de chaleur insupportable et se fut Le Chaos, la fin... Pour tous.
Le néant.


Robin ouvrit les yeux. Il avait la migraine et le visage en sueur. Son coeur faisait un vacarme de tous les diables en cognant contre sa cage thoracique, comme si il voulait venir battre dehors. Sa vision trouble ne lui permit pas tout de suite de voir où il était. Mais il sentait qu’il était assis, assis sur quelque chose de frais. Au bout d’un petit moment La douleur aiguë dans sa tête diminua et son coeur commença peu à peu à retrouver un rythme normal. Robin se frotta les yeux et quand ils les rouvrit, tout devint clair. Il n’eut aucun mal à reconnaître la porte blanche qui s’élevait devant lui. Porte qu’il avait refermée derrière lui lorsqu’il était entré dans les toilettes de l’école cinq minutes plus tôt. Avait il été victime d’une absence, s’était-il endormis, avait-il rêvé ? Pas la moindre idée. En y réfléchissant, pas une image ne prenait forme dans son esprit il ne voyait que du noir, le néant et rien d’autre. Robin se redressa, jeta un oeil vers le fond de la cuvette, (histoire de voir si le bilan y était) et comme il y était, tira deux feuilles de papier toilette pour s’essuyer les fesses. Ensuite il remonta son pantalon (un jeans bouffant de chez Lewis) et tira la chasse d’eau. Il commençait à se sentir mieux. La migraine avait presque complètement disparue à présent. Mais il avait froid. Sacrement froid même. Quand il fut sorti des toilettes (sans oublier son sac à dos posé par terre à sa droite) Robin regarda sa montre. 16h10. Il aurait déjà du être sur le chemin du retour à la maison mais un mal de ventre qui le torturait durant sa dernière heure de classe l’avait forcé à bifurquer vers les toilettes avant de pouvoir rentrer chez lui. Certaines choses ne pouvaient pas attendre. Il ne croisa que quelques autres élèves, emmitouflés dans leurs blousons, bonnet sur la tête, qui marchaient vite dans les couloirs de l’école. Ensuite il traversa la cour de récréation non sans sentir le froid hivernal qui venait lui caresser la figure. Heureusement sa maison se trouvait tout prêt de là, encore deux rues à traverser et il y serait. D’habitude il repartait en voiture avec soit le père soit la mère de son ami sam j Parker. Mais aujourd’hui (quand le mal de ventre avait commencé à se prononcer) Robin s’était penché sur son ami (et voisin de table) pour lui chuchoter à l’oreille :
— Sam j’ai trop mal au ventre... Dès que le prof nous lâche…Je fonce aux chiottes ...Peut plus tenir, pas le temps... T’as qu’à repartir sans moi... Je rentrerais à pied y’a pas de problèmes.
Ce qui bien évidemment avait fait pouffer de rire Sam dans le creux de ses mains. Il était très fort pour se marrer sans se faire prendre... Ce qui n’était pas le cas de tout le monde. Par chance (si l’on pouvait dire) à ce moment là, Robin n’avait pas du tout envie de rire, mais plutôt d’autre chose apparemment.
Il arriva bientôt au coin de la deuxième rue, songeant à ces derniers événements d’après-midi scolaire. Robin se sentait un peu comme quand on sort d’un rêve dont on est incapable de se souvenir. Ca n ‘était pas la première fois qu’il ressentait cela.
Comme il avait froid aux mains ils les retira des poches de son jeans pour les enfouir dans celles, (bien plus chaudes) de son blouson. A l’intérieur de l’une d’elles Robin sentit quelque chose de lisse, souple, aux angles pointus. La chose lui revint. Des images de joueurs de basket que lui avait donné Ted Meyers avant d’entrer en classe de mathématiques à 14 heures. Ted et lui entretenaient la même passion pour tout se qui tournait autour du basket et bien évidemment ils collectionnaient les albums photos. C’était toujours à savoir lequel des deux terminerait le sien avant l’autre et à ce petit jeu là, Ted l’avait souvent emporté. Robin se dit qu’une fois son goûter ingurgité il monterait dans sa chambre, sortirait l’album du tiroir de sa commode et s’allongerait sur son lit pour coller ses images.
Il était à une vingtaine de mètres de sa maison maintenant. Le quartier était calme, comme d’habitude. Robin vit qu’une voiture (une Honda civic rouge) était stationnée derrière le vieux Pick-up de sa mère, dans l’allée qui menait au garage. Elle appartenait à Lindsay Trenton. Chouette ! Se dit-il, Elle est peut-être venue avec sa fille Sora... Certes Robin n’avait que onze ans et elle quinze, mais ça ne l’empêchait pas de la trouver belle comme un coeur. Au point même d’en être gêné quand quelques fois elle le regardait droit dans les yeux en souriant. Il ne pensait plus à coller ses images de basketteurs quand il poussa la porte d’entrée de chez lui.
Tout de suite il fouilla le salon des yeux dans l’espoir de la trouver là. Et elle y était. Il pouvait voir ses magnifiques cheveux noirs ondulés, dépasser du canapé où elle était assise pour regarder la télévision. Suzanne Flowers et Lindsay Trenton discutaient dans la cuisine comme c’était souvent le cas. Robin déposa son sac à dos aux pieds du portemanteau à gauche de l’entrée et lâcha un timide :
— Salut Sora...
La jeune fille tourna la tête, elle ne l’avait pas entendu entrer.
— Salut... Répondit-elle en lui faisant un large sourire.
— Qu’est-ce que tu regardes ? demanda-t-il en levant le menton vers la télé.
— Y’a un épisode de Stargate qui va commencer... après la pub.
— Cool ... Il ôta son blouson et l’accrocha au portemanteau
— Robin ? C’était la voix de sa mère. Tu es un peu en retard non ?
— Euh... Oui... J’ai eu envie de revenir à pied aujourd’hui... Lança-t-il vers la porte entrouverte de la cuisine, située sur la gauche, une fois entré dans le salon. Robin passa devant Sora en lui adressant un haussement de sourcils, (ce qui la fit sourire de plus belle).
— Viens donc par ici mon petit bébé en sucre... Dit Suzanne Flowers. Il entra dans la cuisine, ça sentait bon le chocolat. Les deux femmes étaient assises à table devant une tasse de café fumante.
_Bonjour madame Trenton... Dit-il en s’avançant vers elle pour déposer deux bises sur ses joues.
_Bonjour mon petit garçon... Bien travaillé à l’école aujourd’hui ? Lindsay sourit en portant la tasse de café à ses lêvres.
— Oui... J’ai eu un devoir en math cet après-midi... Et je crois que j’aurais une bonne note...
— C’est très bien ça... Elle reposa la tasse et lui ébouriffa les cheveux d’un geste amusé. Tiens... Elle fouilla dans son sac, prit son porte monnaie et en sortit un billet de cinq Dollars.
Robin regarda sa mère, interrogateur. Elle acquiesça de la tête.
— Prends les... Dit Lindsay en lui tendant le billet. Ca me fait plaisir...
Il prit donc l’argent.
_Merci Madame Trenton...Dit-il timidement.
— Mais y’a pas de quoi mon garçon.
— Salut M’man.
— Salut mon petit sucre... Donne moi un gros bisou...
Il avança d’un pas et s’exécuta. Il déposa un gros baisé sur la joue droite de sa mère.
— Alors comme ça tu es rentré à pied ? Ca n’est pas dans tes habitudes... Surtout par ce froid...
Si Robin avait été seul avec sa mère il lui aurait expliqué la vérité. Mais là il n’avait pas envie que Sora (qui demeurait dans le canapé à attendre son fameux épisode de Stargate, et qui pouvait entendre chacun de leurs mot) soit au courant de ses petits problèmes intestinaux. Alors il se contenta de répéter ce qu’il avait dit en rentrant chez lui.
— Ben je sais mais là j’ai eu envie, c’est tout... Et puis il ne fait pas si froid... Humm ça sent super bon dans la cuisine... Tu as préparé quoi M’man ? Un gâteau au chocolat ?
— Oui espèce de goinfre ... Il sera bientôt prêt.
_Génial ! J’ai trop faim.... T’es adorable M’man...J’adore quand tu fais des gâteaux au chocolat ! Il s’apprêtait à sortir de la cuisine pour aller proposer un morceau de gâteau à la belle Sora.
— Attend une seconde mon chérie... J’ai une petite chose à te demander... C’est pour Lyndsay. Elle est inquiète pour son fils aîné Rooney. Le pauvre est inculpé dans une affaire de vente de drogue et risque de partir en prison s’il est jugé coupable. Lindsay est néanmoins certaine que son fils n’a pas pu faire une chose pareille... Et je le crois aussi. Le jugement aura lieu dans deux jours et Lindsay voudrait savoir ce qu’il en sera... Tu penses pouvoir l’aider ?
Robin acquiesça.
— Passe lui la photo Lindsay... Normalement il n’en a pas besoin ... Le simple fait de penser à la personne lui suffit mais... Disons qu’avec une photo ça prend moins de temps...
Lindsay Trenton rouvrit son sac, fouilla un court instant dedans, et sortit la fameuse photo. Lyndsay ne souriait plus à présent. Il y avait de l’inquiétude dans son regard. Elle lui tendit. La photo tremblotait entre ses doigts.
Robin la prit et la regarda brièvement. Il releva les yeux, tantôt sur sa mère, tantôt sur Lindsay Trenton. Les deux femmes le regardaient attentivement.
_OK dit-il. Robin regarda de nouveau la photo, plus fixement cette fois, puis ferma les yeux.
Au début il ne se passa rien. Robin se tenait là, comme endormi debout, au beau milieu de la cuisine. Puis ses paupières se mirent à trembler. Lindsay, tendue, jeta un regard inquiet vers Suzanne. Celle-ci lui fit un léger ‘non’ de la tête pour lui dire de ne pas s’inquiéter.
Il n’y avait pas grand monde dans la salle du tribunal, Robin pouvait voir les parents des inculpés qui affichaient des figures tendues, mal à l’aise, en attendant la décision du juge. Les trois accusés aussi faisaient une mine sombre. Robin ne connaissait pas le visage des deux autres adolescents blancs, par contre il n’eut aucune difficulté à reconnaître Rooney avec ses longs rastas et son air un peu éloigné. Tous se levèrent quand le juge, un homme d’un certain âge, revint s’asseoir à sa place. Il prit la parole.
— Mesdames et messieurs. Dans l’affaire concernant messieurs, Mc Keegan Gary, Gonzalez Miguel et Trenton Rooney...Nous déclarons les accusés Mc Keegan Gary et Gonzales Miguel COUPABLE.
— Non coupable... Dit Robin. Ses paupières arrêtèrent de trembler. Puis au bout de quelques secondes il rouvrit les yeux, l’air un peu absent. La photo qu’il tenait dans sa main droite ne lui dit rien sur l’instant. Puis tout lui revint. Suzanne et sa mère avaient eu besoin de ses services. Lindsay regarda de nouveau Suzanne.
— Tu es certaine que...
— Il ne se trompe jamais...Ne me demande pas pourquoi, ni comment.....C’est comme ça c’est tout...
— Oh merci mon Dieu... Merci... Dit-elle.
— Alors ? Demanda Robin, en rendant la photo de Rooney à Lindsay. Qu’est-ce que j’ai dit ?
— Tu as dit non coupable mon bébé en sucre... Et ça veut dire que Rooney ne partira pas en prison !
— Ben je suis bien content pour vous et votre fils madame Trenton... Dit-il en dessinant un sourire sur son visage. Puis il demanda :
— M’man ?
Oui chéri ?
— J’ai faim... Il est prêt ce gâteau au chocolat ?
— Oui... Il est prêt me semble- t-il. Elle se redressa et le pris dans ses bras pour lui donner quelques bisous.
— Je t’aime mon fils... Dit-elle. Allez, va demander à Sora si elle veut une part de gâteau.
— OK M’man j’y vais.
Lindsay Trenton lui fit une petite caresse sur la tête quand il passa à coté d’elle, puis il sortit de la cuisine.
— C’est incroyable ! Dit Lindsay, en remettant la photo dans son sac. Elle reprit : Ton petit Robin peut voir l’avenir et ne s’en souviens pas ?
— Exactement ma chérie...Répondit Suzanne en allant ouvrir le four pour en sortir le gâteau. Et ce n’est pas plus mal comme ça... Poursuivit-elle... Au moins si un jours il voit quelque chose d’horrible, mon petit Robin n’en sera pas affecté... Mais je te répète qu’il ne faut pas en parler ma chérie... Surtout pas, je ne voudrais pas que mon garçon devienne la bête de foire de la ville... Que tout le monde se pointe pour connaître son avenir... Tu imagines un peu ?
— Ne t’inquiète pas Suzanne... Tout ça restera entre nous…
Quand il entra dans le salon Robin fut surpris de trouver Sora devant une des fenêtres de la pièce. D’autant plus surpris qu’à la télé Stargate venait de commencer.
— Qu’est-ce que tu regardes Sora ? Demanda-t-il en s’approchant d’elle.
— Il neige ! Regarde un peu ces flocons ! Dit-elle en se retournant toute joyeuse.
Et c’était vrai. Dehors, sous le ciel gris, la neige s’était mise à tomber en abondance.

FIN


Nouvelle achevée le 9 Mars 2005 à 2h20 (matin).
A Calais.
K ML

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