Trompée en son âme
de Tania Cardon



Kate n'en croyait pas ses oreilles. En réalité, elle ne le voulait pas. Sa propre sœur… Non, c'était tout simplement impossible. Elle se dit qu'elle allait se réveiller et que jamais elle n'aurait reçu ce terrible coup de téléphone. Elle voulait rêver. Elle se voyait déjà, Willow et elle en train de traîner dans les couloirs de l'université en révisant leur prochain examen. Elles étaient toutes les deux en deuxième année de faculté ici, à Montréal. Willow et Kate y vivaient depuis la mort de leurs parents, tués dans un accident de voiture, il y a de cela un an et demi. Kate s'était toujours jurée de protéger sa sœur et elle avait échoué. Misérablement échoué… Elle l'avait toujours protégée, c'est vrai. Mais des autres uniquement. Elle n'aurait jamais pensé que Willow puisse se détester à ce point-là. Elle se trouvait toujours moche alors que c'était bien le contraire, elle était intelligente et s'en voulait parfois d'avoir cette chance. Will était une jeune fille discrète et timide qui ne se faisait jamais remarquer. Il est vrai qu'elle n'avait guère beaucoup d'amis mais ceux qu'elle avait savaient l'apprécier. Kathleen et elle étaient très proches depuis l'enfance. Elles avaient grandi à Westbury, en Angleterre, d'où l'origine de leurs prénoms. Et même si les deux sœurs se connaissaient bien, cela n'avait rien changé à ce qui venait de se passer.
Elle pleurait dans la salle de bains. Elle pleurait toutes les larmes qu'elle n'avait jamais osé laisser couler du vivant de sa sœur. Pourquoi ? Simplement pour ne pas craquer, pour ne pas se laisser aller…elle aussi. Elle voulait être la parfaite grande sœur…un peu trop parfaite. Will lui avait demandé le jour de l'enterrement de leurs parents : « Comment peux-tu être aussi froide ? » Kate n'avait pas pleuré ce jour-là. Froide, l'était-elle ? Peut-être…peut-être pas. Elle ne le savait pas, elle ne savait le plus et elle ne voulait pas le savoir. Elle avait peur de ce qu'elle aurait pu découvrir au fond d'elle-même. Alors elle préférait ne pas y penser, ignorer et espérait un jour oublier.
Pour l'instant, elle se détestait. Quand la police lui avait téléphoné pour lui annoncer le décès de sa sœur, elle s'était sentie soulagée. Et maintenant elle s'en voulait. Sur le moment, elle s'était dit que c'était fini, qu'elle n'aurait plus à avoir Willow sur le dos, toujours à pleurnicher. Comment avait-elle pu penser cela. Jamais elle ne se pardonnerait cette pensée.
Demain serait une journée comme les autres mais sans l'être le plus cher de son cœur.
Kate n'arrivait même pas à prononcer ce mot. Suicide. Pourtant, ce n'était qu'un mot. Willow s'était suicidée. Alors Kathleen, ayant admis cette triste vérité, s'endormit cette nuit-là en pensant que plus jamais elle ne reverrait sa sœur sourire.
Parce que oui, elle souriait. Mais si elle souriait, c'est qu'elle était heureuse, non ? C'est étrange… Mais si elle était heureuse, pourquoi aurait-elle mis fin à sa courte vie ?
Kate se réveilla en sursaut et avec la sensation d'avoir été trompée. Et à cet instant, elle comprit. Willow ne s'était pas suicidée. Elle avait été assassinée.
Elle voulait savoir. Il fallait qu'elle sache ce qui s'était passé. Elle cherchait partout les clefs de l'appartement de Willow. Celle-ci les lui avait données un jour pour s'occuper de son chat alors qu'elle partait en stage à l'autre bout de la ville. Au moment où elle trouva enfin le porte-clefs, son portable vibra dans son pyjama. Elle ne réagit pas tout de suite, croyant qu'il s'agissait du bourdonnement de son cerveau. Le cadran affichait « Riley », son petit ami. Kathleen l'avait complètement oublié. Elle décrocha.
-Allo ?
-Bonjour, enfin bonsoir. Je viens d'apprendre pour Will et je…je voulais savoir si tu…
-Oui, je sais, le coupa-t-elle sèchement.
Il avait l'air ennuyé. Normal, en de pareilles circonstances.
-Excuse-moi Riley mais je suis crevée et Willow, elle…
-Calme-toi, essaye au moins.
Kate s'énerva.
-Mais comment veux-tu que je me calme ? Willow est morte ! Tu ne te rends pas compte ou quoi ??
Il ne répondit pas. Il ne savait pas quoi répondre. D'ailleurs, que pouvait-il répondre ? Il voulait la réconforter mais il ne savait pas par quel moyen. Elle était à bout de nerfs, c'était clair.
-Je pense que je vais te laisser. Profites-en pour te reposer et réfléchir un peu. Bonne nuit.
-Oui, bonne nuit, soupira-t-elle avant de raccrocher.
Elle avait trouvé les clefs. C'est tout ce qui comptait.
Kathleen se trouvait devant la porte de l'appartement de Willow et elle hésitait. Il y avait les bandes jaunes de la police qui barricadaient la porte. Elle les arracha d'un coup sec et ouvrit la porte. En entrant, elle se rendit compte que l'endroit sentait le muguet.
-L'odeur de Willow… dit-elle en humant l'air autour d'elle.
Elle avait l'impression qu'elle était là, juste à ses côtés. Elle tendit la main devant elle, comme si elle espérait que quelqu'un la saisisse et l'emmène rejoindre sa s&Mac254;ur.
Elle se dirigea droit vers la salle de bain. C'était là que tout s'était passé. Là qu'elle s'était éteinte, seule.
Kate reconnut facilement la pièce. Les murs étaient peints en céramique bleue, la couleur préférée de Willow. La police avait tout nettoyé. Il ne restait plus rien.
Elle s'assit devant la baignoire. Elle effleura le sol de la main. Ses mèches brunes tombaient sur son visage. Une larme roula sur sa joue. Elle se posait des questions. Meurtre ou suicide ? Suicide ou meurtre ? Elle ne savait plus quoi penser et elle voulait en savoir plus. Mais par quel moyen ?
-L'hôpital…
Bien sûr ! Ils devraient avoir des informations là-bas. Elle s'y rendit sans attendre.
Arrivée dans le hall de l'hôpital, elle remarqua qu'elle n'avait pas de plan.
-Et si je me jouais une petite comédie… dit-elle à voix basse. Non, ce serait mal. Mais je n'ai pas le choix. Qu'est-ce que je fais ? Je le fais ou pas ?
Et puis zut ! Elle s'avança vers l'accueil et demanda à la standardiste :
-S'il vous plaît, mademoiselle ?
-Oui, que puis-je pour vous ?
-Je… Ma sœur, Willow Jaymes. Elle a été hospitalisée ce matin et je voudrais la voir, mentit-elle.
-Je vais regarder ce que je peux faire.
Elle regarda dans le registre des admissions et releva la tête quelques secondes plus tard, l'air désolé.
-Je suis navrée mademoiselle mais Willow Jaymes est décédée ce matin.
Le visage de Kate se crispa. Même si elle le savait déjà, elle sentit une boule se former au creux de son estomac à l'annonce de la mort de sa s&Mac254;ur. Elle s'en voulait de mentir ainsi et elle pria intérieurement pour que Willow lui pardonne ce mensonge.
La standardiste, compatissante, lui proposa de passer un coup de téléphone pour joindre le médecin légiste. Et dit à Kate :
-Le légiste va venir vous chercher dans quelques instants. Vous pouvez aller attendre dans la salle d'attente. Et…sincères condoléances.
Kate la remercia d'un sourire. Les gens pouvaient être si gentils parfois.
Elle attendit quelques minutes et le médecin arriva.
-Bonsoir mademoiselle. Je tiens à vous présenter mes condoléances les plus sincères pour votre sœur. Les médecins n'ont rien pu faire pour la sauver, il était déjà trop tard lorsqu'ils sont arrivés chez elle. Suivez-moi je vous prie.
Elle s'exécuta et il l'emmena dans son bureau. Elle n'attendit pas pour parler.
-Tout cela va vous paraître bizarre mais j'ai la conviction que ma sœur a été assassinée. Elle n'a pas pu se suicide, c'est impossible ! Elle était trop heureuse dans la vie. Bon, d'accord, elle a été dépressive il y a quelques années mais aujourd'hui c'est fini. Tout allait bien. Elle n'a pas pu faire ça !
-Je sais que c'est difficile d'accepter qu'un proche soit décédé, surtout quand celui-ci s'est suicidé mais…
-Non ! cria Kate en se levant. Elle-ne-s'est-pas-suicidée, dit-elle en articulant bien chaque mot.
Le médecin resta perplexe. Il ne la croyait pas. Il se leva de son fauteuil.
-Je vais consulter un de mes collègues pour en savoir un peu plus. Je reviens tout de suite. Il y a des kleenex si vous en avez besoin… dit-il en quittant le bureau.
Kathleen profita de l'occasion. Elle se leva, fit le tour du bureau et en ouvrit le tiroir. Elle trouva rapidement ce qu'elle voulait : « Dossier Willow Jaymes ». Elle le consulta d'un œil furtif. D'après les policiers, il y avait du sang mêlé à de l'eau sur tout le carrelage de la salle de bain. Willow s'était plongée dans un bain bouillant avant de s'ouvrir les veines et elle avait laissé l'eau couler. C'est la voisine du dessous, ayant remarqué que de l'eau coulait du plafond, qui avait alerté les autorités fédérales. Un suicide, dans aucun doute possible. Il n'y avait aucune substance étrangère dans son sang dont elle n'avait pas été droguée, ce qui éloignait la thèse
La jeune femme frissonna en imaginant ce que les policiers avaient dû découvrir en entrant. Elle regarda les photos du médecin légiste. Celles de ses poignets. Dans le rapport d'autopsie, il était écrit que les incisions avaient été pratiquées de droite à gauche avec un instrument contondant, probablement un couteau de cuisine.
Kate entendit des bruits de pas dans le couloir. Elle prit rapidement les fiches de rapport qui l'intéressaient, les plia et les rangea sous son pull-over avant de retourner s'asseoir.
Dès que le médecin entra, elle se leva d'un bond et lui dit :
-Vous aviez raison docteur. Elle s'est…enfin vous voyez… Bref, je suis désolée de vous avoir dérangé à une heure si tardive et je vais vous laisser vous remettre au travail. Bonne soirée ! lui dit-elle avec enthousiasme en quittant le bureau.
Le médecin, intrigué, ne réagit pas et la laissa partir sans encombres.
Kathleen marchait dans la rue mal éclairée en lisant les fiches du légiste. Il y avait des incohérences. Comme celle-ci : des incisions de la droite vers la gauche alors que Willow était droitière. Et puis celle-là : elle s'était ouverte les veines avec un couteau de cuisine mais il n'y en avait pas dans la pièce, ni dans l'appartement d'ailleurs. Il n'y avait qu'une lame de rasoir sur le rebord de la baignoire et les enquêteurs n'avaient pas pu relever de sang dessus à cause de toute l'eau. Tout était confus. Kate, trop concentrée, n'avait pas vu cet homme qui scrutait minutieusement la nuit et qui la regardait elle en particulier.
La jeune femme marchait calmement lorsqu'un bruit attira son attention. Elle ne s'arrêta pas mais essaya plutôt de se concentrer sur les pas de l'inconnu. Il en avait marre d'elle, de ses caprices et il avait décidé que cette nuit, il la tuerait. Il la tuerait elle et pas une autre.
Kate prit peur, rangea les feuilles dans son sac et accéléra, l'homme la suivant toujours. Un frisson lui parcourut le dos. Et si elle mourait ce soir ? Peut-être était-ce le meurtrier de Willow ? Non, elle refusait d'y penser. Lui, il était à quelque pas d'elle. Kate se retourna, l'homme portait un casque de moto recouvrant la totalité de son visage. Elle pouvait voir les yeux luisants de son agresseur. Il marcha plus vite, la rattrapant presque et Kate prit la fuite. Elle courait vite mais lui aussi. Dans sa course folle, elle heurta quelqu'un.
-Waouh ! Un peu de calme mademoiselle ! dit le jeune homme en plaisantant.
La jeune femme était troublée. Elle avait eu si peur et elle tremblait horriblement.
-Il y a un problème ? Au fait, je m'appelle David. Et vous, c'est comment ? demanda le prénommé David.
-Heu…quoi ? Excusez-moi mais je… Il y avait un type derrière moi et il me suivait. Je ne sais pas où il est parti…
David semblait ne pas s'intéresser à ce qu'elle disait. Après tout, lui tout ce qu'il voulait, c'était l'inviter à sortir.
-Alors, ça ne vous dirait pas d'aller boire un petit verre...avec moi ? ajouta-t-il après un instant d'hésitation.
Elle se fichait de cet homme, de cet inconnu, et cela même s'il venait probablement de lui sauver la vie. Elle regarda une derrière elle. Il n'y avait personne. Mais où était-il passé ? Elle n'avait tout de même pas rêvé ? Non, Kate en était persuadée.
Cette fois-ci, elle avait eu réellement peur. Cet homme qui la suivait dans la rue, qui était-ce ? Pourquoi s'en prenait-il à elle ? Qu'avait-elle de particulier ? Si c'était le meurtrier de Willow, peut-être qu'il avait peur qu'elle ne découvre quelque chose d'intéressant sur son compte… Ca voudrait dire qu'elle est sur une piste. Mais quelque chose d'autre l'inquiétait : comment avait-il pu savoir ou elle se trouvait ? Quelqu'un frappa à la porte ce qui la fit sortir de ses pensées. Elle alla l'ouvrir.
-Riley ! s'écria-t-elle surprise.
-Et oui, ce n'est que moi ! répondit-il en rigolant.
Il s'avança vers elle et la prit dans ses bras. Ce geste tendre faisait du bien à Kathleen. Elle n'avait pas vu son petit ami depuis plusieurs jours et elle avait besoin d'affection. Il lui embrassa les cheveux, lui prit les deux mains et l'attira vers le sofa. Ils s'assirent.
- Parle-moi, Kate. J'ai besoin de savoir ce que tu ressens. Je m'en veux de ne pas avoir pu te soutenir quand c'est arrivé mais tu sais, ma mère est malade, donc…
-Je le sais, ne t'en fais pas. Je t'assure que ça va.
Il la regardait avec inquiétude. Elle continua.
-Oh, tu penses que je vais mal à cause des cernes sous mes yeux mais je suis fatiguée et je n'ai pas dormi depuis que j'ai appris pour Will…
Riley s'approcha d'elle et l'embrassa tendrement avant de la serrer à nouveau dans ses bras. Kate se sentait bien. Elle reconnut une odeur familière sur les vêtements de son compagnon mais elle n'arrivait pas à se rappeler ce que c'était.
Il desserra son étreinte et lui dit :
-Justement ! Vas te coucher, je t'apporte une tisane. Ca te permettra de dormir calmement cette nuit.
-D'accord, je vais aller prendre un bain et me mettre au lit.
Sur ces mots, elle se leva et se partit dans sa chambre.
De sa chambre, elle traversa le couloir qui la menait à la salle de bain. Elle s'avança vers la baignoire, fit couler l'eau et alluma le petit chauffage électrique qui se trouvait par terre. Elle retourna dans sa chambre le temps que son bain se prépare.
Riley avait dit que sa mère allait mal et Kate savait qu'elle était fragile. Elle décida donc de lui téléphoner pour prendre des nouvelles. La jeune femme prit son portable sur sa table de nuit et composa le numéro. Ca sonnait…
-Allo ? dit une voix un peu endormie.
-Oh, excusez-moi Madame Walsh. Je n'avais pas vu l'heure. Je m'inquiétais pour vous et je voulais savoir si vous alliez bien.
-Katie chérie, c'est vous ! Vous ne me dérangez pas. De toute façon, je n'avais plus sommeil. Alors, comment allez-vous ?
Kate, un peu surprise de la vivacité dans la voix de sa belle-mère, mit un temps à répondre.
-Ca pourrait aller mieux. Mais c'est plutôt vous qui m'inquiétez. D'après ce que votre fils m'a raconté, votre santé n'est pas au meilleur point.
-Mais que racontez-vous là, chère enfant ? Je vais très bien. Et puis ça fait des mois que Riley se fiche bien de ma santé ! C'est bien le moindre de ses soucis, croyez-moi !
Kathleen était abasourdie. Elle ne comprenait plus rien. Riley « revenait » de chez sa mère. Et elle, elle disait ne pas l'avoir vu. Et sa voix… Sa voie était vivante. Pas celle d'une personne à l'agonie. Son petit ami lui avait menti, c'était clair. Ce qu'elle ne savait pas en revanche, c'était pourquoi.
-Kathleen, vous êtes toujours là ? demanda madame Walsh.
La jeune femme raccrocha. Elle se sentait trahie.
Elle sentit une main dans son dos et se retourna vivement. Riley. Elle le regarda avec dégoût. Il ne comprenait pas sa réaction.
-Comment as-tu pu me mentir ? s'énerva-t-elle. Hein, réponds ! Ou peut-être n'as-tu plus le courage de me mentir. Aurais-tu épuisé tes ressources ? Combien de temps pensais-tu encore pouvoir te jouer de moi ?! Tu me prends pour qui ?
Surpris par sa tirade, il resta sans voix. Elle continua.
-C'est quoi son petit non ? Que je la félicite, la veinarde… J'ai appelé ta mère et figure-toi qu'elle va très bien. Etrange, non ? Et puis ce parfum de femme sur ton pull. Ce parfum de…
De muguet. L'odeur de Willow… Et réalisa alors ce qui se passait. Les larmes lui montèrent aux yeux alors que tout s'emboîtait dans son esprit.
Un rictus s'afficha sur le visage de Riley.
-Il n'est pas trop tôt, tu as enfin compris ! Tu as mis le temps mais tu as fini par comprendre. Tu n'es pas aussi bête que ta sœur. C'est pour cela que je t'ai choisie, toi et pas elle.
Kathleen n'en revenait pas. Elle recula vers le couloir mais se heurta au lit.
-C'était toi ! Comment as-tu pu la tuer ?! Ma sœur… Qu'est-ce qu'elle t'avait fait pour mériter de mourir ?
Il se rapprocha d'elle et la coinça contre le rebord du lit.
-Elle m'a résisté, tiens ! Tout comme tu commençais à me résister, toi aussi. Alors, je n'ai pas supporté et je l'ai tuée. Ne pleure pas ma belle, ce n'est pas une grande perte !
Elle s'écarta de lui en le repoussant mais il était puissant et il la bloqua facilement d'une main.
-Tu veux savoir comment ? demanda-t-il en sortant sa main droite de derrière son dos. Avec ça, dit-il en sortant un long couteau de cuisine.
Kate était horrifiée. Elle n'arrivait plus à se mouvoir. Elle avait été trompée au plus profond de son âme. Elle lui faisait confiance et lui, il assassinait sa sœur.
-Peut-être aussi que tu veux savoir comment. Non ? Tant pis, je te le dirai quand même. Tu sais pourquoi on n'a rien retrouvé dans son sang ? Non, bien sûr, tu es trop bête ! Un mot : chloroforme.
Devant son mutisme total, il continua.

-Une substance magique qui permet d'endormir quelqu'un, fréquemment utilisé pour les kidnappings ou les viols. La victime est comme une poupée ! cracha-t-il en rapprochant son visage du sien. Il m'a suffi de la mettre dans un bain bien chaud et de lui ouvrir les poignets. Quand elle s'est réveillée… Oh, tu aurais dû voir sa tête… Elle n'avait plus de force à cause de tout ce sang perdu. Elle me regardait avec des yeux suppliants alors que les miens brillaient d'excitation. Je n'aurais jamais pensé que tuer Willow serait si… exaltant !
Elle ne se rendait pas compte que tout en parlant, Riley la faisait entrer dans la salle de bain. Elle le supplia, secouée de sanglots incontrôlables.
-Riley, je t'en prie…
Sans pitié, il se colla à elle, fit passer le couteau sous son t-shirt fin et lui enfonça le lui enfonça dans le ventre.
Kathleen, le souffle coupé, s'écroula par terre, la lame du couteau plantée dans son abdomen.
-Que se passe-t-il mon amour ? se moqua Riley. On dirait que tu ne te sens pas bien.
-Je te hais ! lui cracha-t-elle en pleine figure, la respiration saccadée.
-Tu vas me haïr encore plus…
Il la souleva et la laissa tomber lourdement dans la baignoire pleine d'eau chaude. Kate ne savait plus bouger, elle souffrait de trop. Riley tendit une main vers son ventre et retira le couteau, lentement. Elle ne pouvait en supporter davantage et elle crut qu'elle allait s'évanouir mais une idée lui vint. Elle saisit la main du jeune homme et se hissa hors de la baignoire. Riley, bien qu'un peu surpris, la tira et la jeta sur l'essuie au sol qui se recouvrit bientôt d'une énorme taché écarlate.
-Eh bien on peut dire que tu as de la ressource, toi ! Pas grave, je te tuerai quand même.
Au moment où il la relevait, Kathleen s'esquiva, se retrouvant derrière lui. Il se retourna mais ne comprit pas assez vite ce qui se passait. Kate le poussa violemment, il trébucha et tomba dans la baignoire. Avec le peu de force qui lui restaient, elle s'abaissa, saisit le chauffage électrique et je lança dans l'eau qui bouillonna. L'électricité se coupa et se ralluma plusieurs fois, quelques éclairs et puis plus rien.
Kate se protégeait la tête de ses mains. C'était fini. Riley gisait là, dans l'eau, sans vie. Ca sentait mauvais dans l'appartement. Elle eut un haut-le-cœur et elle courut comme elle le put vomir à la toilette. Elle saignait toujours autant mais elle se sentait pleine de vie. Elle se leva, retourna à sa chambre en se tenant l'abdomen. La jeune femme prit son téléphone portable et appela la police.
-Police de Montréal, j'écoute.
-Venez vite s'il vous plaît. Je viens de tuer mon petit ami et je suis blessée.
-Ne bougez pas, mademoiselle. Donnez-moi vos coordonnées et les secours seront sur les lieux d'ici quelques minutes. Mademoiselle ?
Mais déjà, Kate avait raccroché. Elle s'allongea sur son lit avec difficulté. Elle se sentait si bien et elle était heureuse. Elle se doutait qu'elle allait mourir. Mais tout ce à quoi elle pensait, c'était qu'elle avait vengé sa sœur et c'était vraiment ça le plus important pour elle, même plus que sa propre vie.
-Je t'aime, Will. J'arrive, attends-moi… murmura-t-elle avant de fermer les yeux.
Là où elle irait, elle serait en paix avec la personne qu'elle aimait plus que tout.

FIN
Cardon Tania


Retour au sommaire