Les enfants du poison
de Tanaphé


Ravitaillement


« Mmm, hein, qu’est ce qui se passe, c’est toi papa ? »

Dans la pénombre de la pièce le jeune homme voit le silhouette de son père.

« Oui c’est moi, François, tu m’as encore senti arriver hein ? Il est presque 6h00 et je te rappelle que la distribution à lieu à la gare à 8h00. »

Le jeune homme se redresse subitement avec un visage contrarié.

« Zut j’y pensais plus, ok je me lève. »

Il allume sa lampe de chevet, se lève, fait quelques pas dans la chambre avant de s’arrêter et de se tourner vers son père. Thibaut, le père de François n’a que 45 ans et pourtant il paraît infiniment plus vieux il se tient courbé, sa chevelure est presque entièrement blanche et sa peau parcheminée est constellée de tâches rougeâtres. Et pourtant ce qui frappe le plus ce sont ses yeux dont les pupilles sont presque complètement décolorées et ses mains aux doigts anormalement longs.

« Tes mains te font mal, n’est ce pas ? Et tes yeux, c’est pas mieux je pense. Tu veux que je fasse quelque chose pour la douleur ? »

Thibaut regarde ses mains tremblantes et avec un sourire forcé il répond à son fils

« Non il faut que je m’y fasse et puis je tiens pas à ce que tu me grille la cervelle monsieur le télé machin truc. »

François lui rend son sourire.

« Ok monsieur le gros dur. »

Après cet échange Thibaut et François quitte la pièce. Le père va vers la cuisine pour tenter de préparer le petit déjeuner malgré ses mains et ses yeux douloureux, pendant que le fils se dirige vers la salle de bain pour une toilette sommaire.

Après s’être lavé, François contemple un instant les vêtements qu’il s’apprête à mettre, il s’agit d’un treillis gris fourni par l’armée. Il n’aime pas beaucoup cet ensemble, même si il reconnaît que pour ses activités d’aujourd’hui c’est ce qu’il y a de plus pratique. Il préférait pouvoir s’habiller, comme il en a l’habitude depuis un certain nombre d’années, de l’un de ses élégants costumes sombres et de son manteau noir qui lui ont valu des surnoms tels que le costard ou l’homme en noir de la part de ses amis. Cette tenue vestimentaire est pour lui une façon de rendre hommage à sa mère décédée en faisant en sorte que son fils, malgré son physique anormal, ait toujours une apparence soignée. Et puis tout différent qu’il soit, comme presque tout le monde dans cette ville, François se considère comme plutôt beau et aime mettre son physique en valeur. Il apprécie la couleur verte de ses globes oculaires où on ne distingue ni pupille ni iris, sa peau grisâtre avec ses quelques plaques blanches et les longs cheveux châtains qui ne couvrent que la partie gauche de son crâne, qui depuis toujours est à moitié nu. Oui, même si il pense que les humains normaux doivent le trouver effrayant ou laid il s’en moque, son physique lui convient tel qu’il est. Et puis de toute façon on ne croise que rarement des humains normaux dans cette ville. François est interrompu dans ses pensées par la voix de son père.

« François, à table le petit déjeuner est prêt ! »

François finit de mettre son treillis et les chaussures de sport par lesquelles il remplace les inconfortables rangers, coiffe ses longs cheveux en une tresse et se rend à la cuisine. Le petit déjeuner est pris rapidement et en silence, l’un étant trop endormi et l’autre souffrant trop pour converser. Thibault brise le silence au moment où, après s’être muni d’un sac à dos et d’une parka, François va quitter la maison.

« François attend. Tu es en train d’oublier le katana. »

Le fils se retourne pour saisir une lame et son étui, que son père lui tend. Tous deux ont un aspect assez grossier mais qui évoque un sabre japonais.

« Oups, merci pa’, sans le katana c’est pas très prudent de sortir. A plus...»

En sortant François empoigne fermement son arme avec un sentiment de fierté. Le katana, comme lui et son père le surnomment, c’est un peu son assurance vie dans cette ville, qui peut parfois s’avérer dangereuse et où il est extrêmement difficile de se procurer une arme à feu. Il en est d’autant plus fière, que cette lame, très solide et tranchante, ainsi que son étui ont été fabriqués par son père. Celui-ci, lorsque ses mains et ses yeux ne le font pas souffrir, fait preuve d’une habileté hors du commun dont il use avec une rare intelligence. Un seul regret, l’habileté acquise par Thibaut a un prix, les douleurs lors de la transformation des ses mains et de ses yeux en instruments toujours plus précis. Mais comme tous les habitants de cette ville transformés par le poison, du moins pour ceux qui ont survécu, Thibaut n’a guère d’autre choix que de subir ces mutations. D’ailleurs le père de François lui répète souvent, que quand on a la chance de subir une transformation si discrète et si bénéfique on a pas le droit de se plaindre. Ne serait ce que par respect pour ceux que le poison a tué ou transformé en monstres.

C’est avec ses pensées en tête que François quitte la maison, par l’arrière, se retrouvant ainsi dans le jardin d’agrément transformé depuis presque deux décennies en potager. Il faut dire que durant les deux décennies en question le quartier, dit du square, a énormément changé, comme toute la ville d’ailleurs. Aujourd’hui le petit jardin public et les maisons qui l’entourent forment une sorte de camp retranché dans la sécurité duquel vivent quelques familles. Sur le devant les maisons de style ancien ont été, à l’instar de l’enceinte du square, barricadées autant que cela était possible de le faire, afin de pouvoir repousser toute visite indésirable. Quant au jardin public, comme les jardins d’agréments des maisons, il a été transformé de façon à servir à la culture de produits comestibles pour les habitants des lieux. Alors que les grilles de ce même jardin sont devenues la porte principale de ce que l’on appelle avec ironie le fortin du square. Mais pour François le moment de franchir les grilles en question n’est pas encore venu, pour l’instant il va chercher l’un de ses compagnons pour l’expédition de ce jour, ou plutôt l’une de ses compagnes. C’est avec le sourire qu’il frappe à la porte de la maison habitée par la famille Rémand et salut madame Rémand lorsque celle-ci vient lui ouvrir.

« Bonjour madame Rémand, vous allez bien ? Cécile est prête ? »

« Bonjour, elle finit de s’habiller. Entre donc, ne reste pas là à te geler. »

François entre et Colette Rémand verrouille la porte à double tour avant de le suivre avec sa démarche si caractéristique. Colette a elle aussi subit les effets du poison et c’est tout le côté gauche de son corps qui est hypertrophié, ce qui lui rend pas mal de tâches quotidiennes difficiles. Mais Colette ne se plaint pas, car son mari a subit un sort encore moins enviable et est devenu une sorte d’énorme bibendum tout juste capable de se déplacer. Ses jumelles, Cécile et Alice, portent aussi les stigmates du poison, mais elles semblent le vivre beaucoup mieux que leurs parents. D’ailleurs le sourire rayonnant avec lequel Cécile vient à la rencontre de François montre bien à quel point elle se sent bien dans sa peau. François a aussi une expression d’homme heureux lorsqu’il côtoie Cécile, il se sent sur un nuage rose lorsqu’elle est près de lui. Il la trouve très jolie avec sa peau d’albinos, ses cheveux blancs comme neige, ses yeux rouges, son crâne légèrement hypertrophié et ce corps frêle qui lui donne envie de la prendre dans ses bras pour la protéger. Quand elle lui fait la « bise » pour le saluer, il sent comme un délicieux trouble s’insinuer dans tout son corps, un trouble auquel il s’abandonne entièrement. Cécile éprouve la même chose pour lui, ils se sont déjà avoué tout cela à demi mots mais laissent tout doucement leur histoire s’épanouir avec la délicatesse d’une fleur.

Alors que madame Rémand vaque à ses occupations et que les deux amoureux se regardent dans les yeux en souriant, une silhouette rachitique entre dans la pièce, où ils se trouvent, d’une façon peu commune. C’est Alice Rémand la sœur jumelle de Cécile, elle aussi est albinos, par contre son corps et bien plus frêle que celui de sa sœur et son crâne bien plus gros. Ce qui est plus étonnant encore, c’est la façon dont elle se déplace, en lévitation à quelques centimètres au-dessus du sol. Le corps d’Alice avec ses muscles atrophiés ne lui a jamais vraiment servi à grand chose, quasiment toutes ses interactions avec le monde se font au travers d’une sorte de pouvoir de télékinésie, même ses sens et ses moyens d’expression sont purement psychiques. Lorsqu’elle lévite pour se déplacer, elle ressemble à une poupée de chiffon tenue en l’air par une sorte de main invisible.

François perçoit dans son esprit la voix psychique d’Alice.

« Salut François, tu vas bien ? »

Il lui répond de la même façon, sans qu’elle ait besoin de se concentrer pour lire dans ses pensées, car lui aussi dispose de pouvoirs reposant sur la puissance de l’esprit

« Ca va, et toi Alice ? »

« J’aurai bien voulu participer à l’expédition, mais comme d’habitude tout le monde considère que ce n’est pas pour moi. »

« Il est préférable que tu restes ici, tu le sais. »

« Pourtant tu sais mieux que personne, grâce à ton esprit, quelle est l'étendue de mon pouvoir. »

« Oui et ça me renforce dans l’idée que tu dois rester ici pour protéger les parents. En plus il vaut mieux que ton pouvoir reste secret vis à vis de l’extérieur, tu es un peu l’arme secrète du fortin du square. »

François achève cette pensée sur un sourire complice à Alice. Cécile, dont les dons lui ont permis de suivre la conversation, sourie et s’exclame en riant..

« Hé oui nous les jumelles Rémand on est la force de frappe du fortin du square! »

Le rire des jeunes gens est interrompu par des coups donnés à la porte par laquelle François est entré. Le jeune homme ferme les yeux un instant et confirme l’identité des arrivants.

« C’est Sidonie, Nicolas et monsieur Clémenton. Il est l’heure pour nous d’y aller Cécile, à plus Alice. »

Après que Cécile se soit munie d’une parka, d’un sac à dos et d’un solide bâton de marche ferré, les deux jeunes gens sortent de la maison.

Dehors un trio presque aussi singulier qu’eux les attend, il s’agit de Sidonie Ledoine, Nicolas Arlod et Ernest Clémenton. Comme François et les sœurs Rémand, Sidonie et Nicolas sont de jeunes adultes sortant à peine de l’adolescence, alors que Ernest Clémenton a lui une bonne cinquantaine d’années. Le plus singulier des trois est peut être Ernest qui ne porte absolument aucune trace des méfaits de poison, son physique ne montre aucun signe de maladie ou de mutation quelconque et l’homme semble être en excellente santé. Sidonie elle se distingue d’un être humain normal par une absence total de pilosité et les pointes osseuses qui ornent différentes partie de son corps, lui donnant un aspect plutôt agressif. Nicolas est quant à lui atteint de nanisme et dispose d’une musculature hyper puissante qui contraste avec sa petite taille et lui confère une force hors du commun. Sa masse musculaire est telle, par rapport à sa taille, qu’elle lui interdit certains mouvements exigeant de la souplesse. Si Sidonie n’a aucune arme, Nicolas est doté d’un énorme gourdin hérissé de pointes et les jeunes gens savent que Clémenton dissimule une matraque et un revolver sous ses vêtements. Si les jeunes sont tous vêtus du même type de treillis, pour cette expédition,, le cinquantenaire est habillé d’un vieux pull, d’un jean, d’un anorak et est chaussé de chaussures de sport.

C’est Clémenton qui donne le signal du départ

« Allez les enfants on y va. »

La petite troupe se dirige vers le portail du square qui s’ouvre seul comme par enchantement et se referme de la même façon après leur passage. Ernest ne peut s’empêcher d’être surpris par ce spectacle, contrairement à ses jeunes équipiers.

« Bon sang, je ne m’y ferai jamais. La petite Alice est vraiment une magicienne. »

Les cinq compagnons se retrouvent alors au cœur dans la ville où ils progressent le plus prudemment et discrètement possible. Ils scrutent attentivement le décor qui les entoure et sont à l’écoute du moindre bruit. A cela il faut ajouter François qui inspecte les lieux avec ses étonnantes capacités psychiques. L’endroit où ils progressent est une ville qui a perdu environs quatre vingt dix pour cent de sa population il y a plus de vingt ans et dont des quartiers entiers sont à l’abandon. Les rues sont envahies de carcasses de voitures rouillées et autres débris rendant la progression parfois difficile. Les maisons et immeubles, d’époques et de styles architecturaux différents qui composent ce paysage urbain, sont pour la plupart marqués par les ravages du temps et de la végétation qui reprend ses droits. D’autres pièces d’immobilier sont encore bien plus abîmées et témoignent du fait que la ville a été, il y a bien longtemps, le théâtre d’âpres combats et d’émeutes sanglantes. A la vue des ruines d’un bâtiment rendues méconnaissables par les destructions, Nicolas s’éloigne de ses amis

« Je reviens, j’ai un truc à faire. »

François le suit.

« Attend Nico j’arrive. »

Arriver au bâtiment détruit les deux jeunes hommes se mettent à uriner sur la ruine. En urinant Nicolas marmonne.

« En souvenir de toi papa, je pisse sur la maison de nos ennemis. »

Dans leur dos, Sidonie leur jette un regard approbateur qui contraste avec celui désapprobateur de Ernest.

« Si j’étais un mec je ferais comme eux. »

« Tu crois que cela à un sens Sidonie, d’entretenir encore la haine vingt ans après ? »

« Après ce que ces salauds nous ont fait et surtout ce qu’ils ont fait à nos parents, pisser sur ce qui était leur repère c’est pas grand chose. Et si je tombais sur les enfants de l’une des ces pourritures j’hésiterais pas à lui faire goûter à mes cornes. »

Clémenton la regarde d’un air désespéré.

« Malgré les apparences j’ai souffert et je souffre encore de l’empoisonnement comme les autres, j’ai aussi participé à la sanglante chasse aux terroristes et à la destruction de cet endroit. L’empoisonnement de la ville a fait basculer le pays dans une guerre civile sans précédant, puis le monde dans une nouvelle et meurtrière guerre mondiale. Dehors les nôtres comme l’ennemi ont usé des pires armes, pendant qu’ici nous vengions nos vies et celles de nos proches de la façon la plus primitive. Notre génération a basculé dans la folie meurtrière et nous avons massacré tous ce qui pouvait ressembler de près ou de loin à notre invisible ennemi. A quoi bon tous ça, si nos enfants n’en tirent aucun leçon et renouvellent les mêmes erreurs ? »

L’air songeuse Sidonie répond.

« Non nous ne les referons pas ! Nous n’accueillerons pas avec bienveillance nos meurtriers comme nos parents et nos grands-parents ont été assez cons pour le faire. »

« Si personne ne fait le premier geste de pardon ça ne finira jamais. Des gens continueront à mourir et des vieillards comme moi continueront à pleurer sur les horreurs qu’ils ont subi ou commis. »

Cécile prend la parole avec un sourire timide qui se voudrait rassurant.

« De toute façon ici on ne craint rien, personne n’ose approcher la ville. Et puis pour tout le pays nous sommes des martyres qui doivent être honorés, le symbole des souffrances de la patrie, alors on est tranquille. »

En entendant la jeune femme Clémenton sourit à son tour.

« Tu as probablement raison. Mais me parle pas trop de la patrie et autres conneries dont on nous abreuve par l’intermédiaire des rares postes de radio et de télévision qui fonctionnent encore dans cette ville. Enfin, c’est vrai que tu es trop jeune pour savoir que ceux qui nous parlent comme ça, sont les mêmes qui avant l’empoisonnement disaient lutter contre ce genre d’idées. »

Pendant la conversation Nicolas et François ont achevé de vider leurs vessies et sont revenus vers le groupe. C’est Nicolas avec un regard satisfait qui donne le signal du départ.

« C’est bon, on y va, il faut pas être en retard. »

Après quelques centaines de mètres François s’arrête brusquement avec un air grave, il ferme les yeux et se concentre. Lorsqu’il ouvre ses yeux, l’air grave laisse la place à une expression de soulagement et de bonne humeur.

« Rien à craindre c’est Marie et Roger, ils ne sont pas très loin on devrait les rencontrer au prochain carrefour. Je vais signaler notre présence à Marie pour qu’elle ne nous tire pas dessus. »

François referme les yeux, la concentration se lit sur son visage, il reste immobile pendant quelques dizaines de secondes puis ouvre les yeux à nouveau.

« C’est bon, elle est prévenue, on se prendra pas de volée de plombs aujourd’hui. »

C’est sur ces quelques mots que le petit groupe reprend sa progression au milieu de la ville à l’abandon. Comme l’avait prévu le télépathe, une première puis une deuxième silhouette familière apparaissent au carrefour suivant. Le duo en question est composé d’une jeune femme et d’un jeune homme aux physiques aussi peu commun que ceux de la troupe partie du fortin du square. La jeune femme, qui porte un fusil de chasse, a un aspect presque autant simiesque qu’humain, la faisant énormément ressembler à une humaine préhistorique. Le jeune homme dont les jambes sont remplacées par des bras robustes se déplace avec rapidité de la même façon qu’une araignée. C’est Marie, la jeune femme, qui interpelle en premier la troupe venue du quartier du square.

« Salut les filles et les gars, ça va ? C’était pas utile de me foutre la trouille en me parlant dans ma tête François, j’avais senti et reconnu vos odeurs. »

Au moment où les deux équipes se rejoignent les jeunes gens se saluent et discutent entre eux de la même façon qu’ils le feraient si ils étaient des êtres normaux vivant dans un monde insouciant. Mais cette insouciance ne dure que quelques minutes et rapidement la nécessité de mener à bien la mission du jour reprend ses droits. Les sept se remettent en marche, avec vigilance, vers leur but commun, la grande place qui se trouve devant ce qui était la gare de chemin de fer de la ville.

Quelques instants avant d’arriver en vue de son objectif le groupe s’arrête à nouveau pour que François inspecte mentalement les lieux à distance.

« C’est bon, tout va bien, rien à craindre. En plus nous sommes parmi les premiers, nous serons servis plus vite. »

En entendant ses mots Clémenton commence à s’éloigner du groupe

« Ok, les enfants je vous laisse ici. Je vais prendre positions afin de m’assurer qu’aucune mauvaise surprise ne nous attend au retour. On reste en contact par l’intermédiaire de François.

Sur ces mots Ernest disparaît dans l’une des maisons abandonnées donnant sur la rue où se trouve l’équipe. Après quoi ses six compagnons reprennent leur marche vers la place. Lorsqu’ils arrivent en vue de l’endroit, ils y voient un spectacle auquel ils sont habitués alors qu’il n’a rien de commun. Devant la gare se trouve de nombreux hélicoptères lourds entourés par des hommes armés en tenue de protection contre les risques chimiques. Le groupe se dirige vers ces hommes à l’instar d’autres arrivants dont les aspects physiques sont aussi étonnants que ceux de François et ses amis.

Sortant d’un haut-parleur une voix se fait entendre.

« Répartissez-vous au guichet correspondant au secteur de la ville dont vous venez, est, ouest, nord ou sud. Préparez vos badges individuels et de groupe si vous en avez. Ceux qui ne disposent pas de badge dirigez-vous vers le bureau d’enregistrement. »

Le groupe se dirige vers le guichet ayant un panneau sur lequel il est inscrit est. Le guichet est un fait une table derrière laquelle se trouve une tente remplis de diverses marchandises destinées à être distribuées à ceux qui vivent dans la ville. A chaque table se trouvent deux responsables de distribution encadrés par des soldats armés prêt à intervenir. En approchant du guichet François se tourne vers ses amis avec le sourire.

« Super, Geoffroy est à la distribution ! »

Les autres semblent heureux de la nouvelle, même si les tenues de protection des hommes présents leur permettent difficilement de vérifier les dires de leur compagnon. Ce n’est qu’à l’arrivée devant la table et lorsque leur interlocuteur s’adresse à eux avec une voix familière qu’ils ont confirmation de la bonne nouvelle.

« Alors les enfants ça va ? Ce vieux grognon de Clémenton est encore pas venu ? »

Ils répondent tous en cœur puis dans un joyeux désordre

« Ca va et vous ? »

« On a laissé Clémenton….. »

« Vous avez ce qu’on a….. »

L’homme interrompt la joyeuse cacophonie.

« Allons, allons pas tous en même temps, chacun son tour. »

Les jeunes gens se mettent en file et chacun passe à son tour pour voir son sac à dos rempli de divers choses jugées nécessaires pour la survie de leurs communautés d’appartenance. Pendant cette opération les discussions entre l’homme en tenue de protection et les jeunes gens font bon train, même si ceux ci restent, comme à l’accoutumé, très discrets sur certains sujets. En effet si les gens de la cité savent que ces hommes viennent au nom de la nation apporter un certain soutient aux martyrs de la ville empoisonnée, ils restent néanmoins prudents vis à vis de cette mission humanitaire qui se fait sous la protection d’un armement moderne. C’est pour cette raison et le fait qu’ils n’aiment pas s’éloigner trop de leurs demeures respectives que les membres de la petite expédition ne tardent pas à quitter les lieux, une fois la distribution finie pour eux.

Alors que les six quittent avec discrétion la place de nombreux autres groupes de personnes aux apparences étonnantes convergent vers les points de distribution. A peine sortie du champ de vision de leurs bienfaiteurs, François contacte télépathiquement Ernest qui l’informe que la voie et libre et qu’il les attend là où il les avait quitté. Une fois Clémenton rejoint, la petite équipe regagne aussi rapidement que les sacs très chargés le lui permettent le fortin du square, se séparant de Marie et Roger à l’endroit où ils les avaient rencontré. A l’arrivé au portail du square c’est avec la satisfaction du devoir accomplie que chacun passe le portail pour ensuite se rendre au bâtiment qui sert de salle de réunion à la population de l’endroit. Dans cette salle, les sacs seront vidés de leur contenu qui sera répartie suivant les besoins de chacun et de la communauté. Car si ceux du fortin du square ont survécu jusqu’ici et même lorsque les autorités ne leur venaient pas en aide, c’est avant tout grâce à leur esprit de groupe.

Retour au sommaire