Ode pour celle qui…
de Szam Cha

Je suis fait pour m'offrir à tes caresses, pour tomber sous tes plaisirs. Et nos corps se mêleront, pourront battre d'une même jouissance, alors que nos esprits ne pourront appréhender que la découverte de leurs propres jardins secrets. Les flammes de glace dont sont issues nos chairs mécaniques ne relieront sans doute jamais les lumières subjectivement irréelles de nos désirs altruistes, mais mes mains moites et inassouvies chercheront sur tes deux îles onctueuses des trésors de déesses. Le nombril de ton océan se lèvera à la cadence de tes inspirations, celles qui font cette vie qui semble éternelle tellement elle est belle. Plus belle sera-t-elle encore lorsque j'irai là où tout homme a peur d'aller ; là où les secrets deviennent mystiques, là où commence l'abandon et le plaisir.

Et nous ferons l'amour, comme une danse, comme la vie, comme une émotion déployant ses ailes puis s'élevant du sol vers cette immensité qui lui faisait peur quelques instants auparavant. Tu y découvriras mon âme dont tu prendras soin. Je découvrirai la tienne que je chérirais autant que ton sourire et tes yeux tendres. La lune blafarde chasse les nuages irrévérencieux et ses rayons nettoient l'éther de ses intangibles ténèbres. Tes cheveux se mêlent à l'air ambiant si chargé de lumière que les étoiles semblent s'être vaporisées. Un océan de photons qui jouent avec nos larmes depuis longtemps dessalées.

Laissez-les nous engloutir même si vous en êtes jaloux, même s'il ne vous subsiste que l'ombre et ses incertitudes. Soyez juste heureux de connaître deux personnes dont le bonheur éclaire cette partie du monde même si légèrement parmi toute cette pesanteur.

Il fait nuit dans la chambre. Et cette nuit offre des possibilités infinies. La fenêtre est ouverte sur le ciel, plus clair que l'ombre. Ce ciel n'est qu'un trou béant, une tentation du vide, désespérément des carreaux m'empêchent d'y tomber. Heureusement, je sais qu'en fait, derrière ce désert, se trouve la ville. C'est d'ailleurs elle qui orne mon plafond d'un halo jaunâtre. Le ronron des autos, qui ne font que passer, arrive jusqu'à mes oreilles. Les conducteurs ne savent pas que je les entends, et moi je ne sais qui ils sont. Quelques jeunes crient au loin leur joie. Je me demande ce qu'il se passe dans leurs têtes, eux aussi sans doute. Une ville la nuit est une pyramide antique dans laquelle des momies mécaniques font des tours de garde sans jamais appréhender les pilleurs.

Je me suis promené tout à l'heure. De la musique dans les oreilles pour éviter le bruit ambiant. J'étais seul, pour être en paix. Sans qui que ce soit qui puisse me juger ou auquel je doive faire attention. Il faut vivre ensemble, mais il faut toujours se promener seul. Pour être soi-même, pour se retrouver et aimer ceux qui attendent ailleurs.
Fin

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