Un pétale sur l'échafaud
de Stephen

Les heures s'effritent avec les murs de ma cellule. La rage embue mes yeux de larmes et m'empêche de voir l'obscurité qui règne tout autour. L'humidité est dense et fendue par mes cris de désespoir. Je pourri ici depuis dix heures, peut être vingt. Les bribes de forces qui me restaient s'amenuisent, lentement. Tout ce temps m'a poussé a réfléchir. A essayer de comprendre. Je prie ce Dieu que je n'ai jamais honoré de détruire cette humanité violente et intolérante. Je pleure mes frères qui ont, avant moi, affronté la foule hystérique avide de sang. Je me jette sur la paille qui jonche le sol. Et soudain, je prends conscience que la Mort me tourne autour. Elle est sournoise. Elle m'épie. Perverse. Pourquoi danse t'elle de façon aussi étrange ?
Les angles se rapprochent, le plafond suinte. Je m'ouvre un poignet avec les dents. Le jour s'est levé. Les minutes sont peut-être comptées. Je macule le mur de mon sang. Cette pièce ne sera à jamais qu'horreur et désolation.
Debout sur l'échafaud de la place publique je lèverai mon poing, puis mon index, et le sang de ma plaie s'échappera. Il symbolisera celui de la race humaine que le ciel fait couler. Puis, je les regarderai bien droit dans leurs petits orbites vides, et je hurlerai que ma haine pour eux est bien plus tranchante que la lame qu'ils me réservent.
La Mort tourne sur elle-même. Les murs vont se toucher.
Elle me manque. Jusqu'à ma dernière seconde je l'aimerai. Mon doigt se met à tracer son prénom en grosses lettres brûlantes.
Un bruit de l'autre côté de ma porte. Une légère brise me soulève. Elle me pose sur le pétale d'une rose noire. Le vent redouble d'intensité. La lune hurle. Le pétale se détache.
La vie vaut elle la peine d'être vécue ?
Condamné car noir.
11 août 2098.

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