Fleur des tropiques
de Sophie Roïk



Il était une fois une petite indienne prénommée Xochitl. Ce qui dans notre langage, veut dire Fleur…

Elle vivait dans la Région d’OAXACA au Mexique.

Elle avait six ans et se rendait chaque jour à l’école du village où demeuraient ses parents.

Elle avait des yeux noirs très malicieux et une impression de sagesse innée se dégageait de sa petite personne.

Ses parents possédaient une maisonnette en planches recouverte d’un toit de chaume dans un petit village de montagne.

Xochitl avait deux petits frères et, déjà, elle les avait en charge lorsque ses parents allaient au marché d’OAXACA vendre les produits de leur culture et les volailles qu’ils élevaient.

La maisonnette les abritait tous les cinq. L’intérieur était très sommaire. Sa maman faisait la cuisine sur un feu de bois à l’intérieur même et la fumée s’échappait comme elle pouvait par les interstices de la toiture ou des planches mal jointes.

La nature ici était généreuse. Avec le soleil et la pluie, les légumes et les fruits poussaient à volonté. Bien sûr, il fallait travailler la terre, semer mais ensuite, la récolte était bonne.

C’est grâce à cela que ses parents pouvaient échanger leurs produits contre quelques pesos.

Sa maman tissait également des nappes et des vêtements indiens et quelquefois, les touristes venaient lui acheter châles tissés et brodés, nappes, serviettes, poupées, … produits de son artisanat.

Ses parents étaient très courageux et travailleurs car ici, il fallait tout cultiver à la main, sans l’aide d’aucune machine... Du champ de maïs aux légumes et aux fruits…

Un jour vint à passer une guide prénommée Graciana avec un groupe de touristes.

Cette guide vivait à Mexico. Elle était très humble et très humaine.

D’emblée, elle souhaita faire valoir l’artisanat de la maman et assurer la vente auprès de son groupe.

Chacun se plut à examiner les tissages et broderies colorées. Quelques personnes furent séduites et s’en allèrent chargées de petits cadeaux pour leur famille ou amis.

Xochitl, avec ses grands yeux attentifs et ses cheveux de jais nattés de rubans aux couleurs vives, était très remarquée.

Notre guide, Graciana, eu comme un choc en la voyant et peu à peu au cours de nouvelles visites, fut comme captivée par la fillette.

Une idée germa dans son esprit…

Et si elle la prenait avec elle à la ville, dans son appartement ? Elle serait comme sa fille adoptive. Elle lui donnerait une éducation et lui assurerait des études supérieures. L’enfant lui paraissait si douée…

Qu’adviendrait-il d’elle ici ?

Un jour, elle n’y tint plus. Et pendant que son groupe de touristes admirait les travaux de la maman, elle s’approcha de Xochitl et tout émue, lui demanda :

« Voilà, Petite fleur, je ne cesse de penser à toi. Je désire très fort t’avoir auprès de moi et t’aider… Le veux-tu ? »

La petite dont l’assurance était impressionnante, examina le visage de Graciana et planta ses yeux noirs dans les siens.

Calmement, les mains croisées sur son châle brodé, elle lui demanda :

« As-tu une vache ? »

« Je n’ai pas de vache », répondit Graciana.

« As-tu des poules ?»

« Je n’ai pas de poules non plus… » dit la jeune femme.

« As-tu des cochons ? »

« Non, pas de cochons… » Avança la guide.

« As-tu un jardin ? »

« Non », dit Graciana un peu troublée.

« As-tu une petite maison ? »…

« Je n’ai pas de petite maison, mais un appartement à Mexico » assura-t-elle.

Xochitl fronça ses sourcils, pencha sa tête sur le côté et regardant Graciana avec une grande commisération, lui dit :

« Alors, tu es pauvre… »

L’émotion embrasa le visage de la jeune guide.

Elle qui croyait avoir tant à donner ! Et bien, aux yeux de cette enfant, elle n’avait rien ! Rien à offrir à une jeune indienne riche de tous les trésors simples de la nature…

Et la jeune femme s’en fut, des larmes dans les yeux, se sentant très, très démunie et pauvre de l’essentiel…

…L’amour d’une petite princesse, Fleur des Tropiques, aux yeux si noirs et aux si brillants cheveux de jais…

*

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