Hommage à une femme savante
de Sophie Roïk


Ma femme savante, elle a des éprouvettes
Et des pipettes sans queue ni tête,
Toutes chantournées.
Elle passe ses journées
À regarder des spirales danser.
Elle a de la Poésie
Jusque dans les doigts de pieds.
Quand elle vient au labo,
Sa touffe méli-mêlée,
On se dit « zut »,
« Elle a oublié de se peigner ».
Et dans les conférences !
Elle attache le bouton du samedi
Avec celui du dimanche !
Vous croyez que ça la gêne
Pour parler des gènes !
Elle est là, paisible,
Devant son écritoire
Et avec des mots simples,
Captive son auditoire.
Vous connaissez le Petit Prince ?
Celui qui vit sur une autre planète…
Et bien, c’est elle en féminin,
Avec même le nez retroussé d’un rien.
Elle a un air poulbot
D’une simplicité extrême.
Elle côtoie à longueur de journée
De la vie les essences même,
Les chromosomes, les spermes…
Elle vous voit,
Ni dans le costume d’Ève,
Ni dans le costume d’Adam,
Mais dans votre originelle virginité.
Quand elle en parle,
Avec les yeux de l’Âme,
Des yeux qui voient au plus profond de vous,
Vous comprenez tout,
La Mongolie, la Trisomie,
Votre très intime Géographie
Et toutes les dites anomalies…
Et en vraie Princesse de la vie,
Elle ne parle bien qu’avec le cœur…
Un jour, dans un grand hôpital,
Elle me l’avait promis,
Elle est venue voir mon petit.
On lui a refusé l’entrée
À cause de son manteau pas repassé
Et de ses cheveux tout emmêlés…
Alors, elle est restée très calme.
Elle a appelé son hôpital
Et leur a dit : « Allez-y, allez leur expliquer qui je suis… »
Alors, ils l’ont laissés passer…
Je l’ai vu venir, l’œil illuminé,
Avec sa fossette en coin
Et ses cheveux en bataille,
Pas gênée pour un sou…
Elle s’amusait même beaucoup !
Puis, elle est allée te voir, fiston.
En revenant, avec un grand sourire,
Elle m’a fait une très belle déclaration :
« C’est un beau gars que vous avez-là ! »
« On a bien fait d’y croire, même à 6 mois ! ».
Aujourd’hui, Princesse de l’Ultime,
Chercheuse d’Éternité,
Qui frisez les spirales dans les éviers,
Si vous saviez comme il est beau,
Mon nouveau-né !
Et même qu’il en a fait deux
Qui lui ressemblent…
Que dis-je, en mieux, bien mieux,
Madame !
Ah ! Grâce à vous, Chercheuse d’Amour,
Je vis un rêve chaque jour.
Autour des épaules, j’ai un grand bras
Qui se répète à l’infini.
Et même qu’il tient la main
À Antoine de Saint-Exupéry.
Je vous embrasse au creux de la fossette de gauche,
Celle qui ressemble à une étoile
Et je vous dis MERCI, Mille fois MERCI !
Quant au petit trisomique,
Mongol de naissance,
Quotient 50
Et grâce à qui je vous ai connu,
Il court les routes du monde
Avec des épis un peu comme vous.
Il sème son amour aux quatre vents
Comme qui dirait des étincelles de spirales
Qui vogueraient dans l’espace,
Rieuses et câlines à vous mettre à genoux.
Vraiment, avec lui, la vie,
Ça n’a pas de prix !
À vous trois, vous formez
Une belle équipe de poètes
Qui font vibrer la planète.
Jérôme Lejeune,
Du haut de l’au-delà,
Il a ses yeux bleus
Qui en deviennent violets,
De Joie.


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