Nouvelles du front
de Sophie Roïk



Introduction.-

Durant l'hiver, nous apportions notre déjeuner en classe et nous réchauffions nos gamelles sur l'énorme poêle à bois qui trônait au milieu de la salle.

Mais le matin et le soir, quelle joie de glisser sur la neige, de faire la toupie sur les flaques de verglas !

Les boules fraîches volaient en éclats sur les visages rougis.

Pour nous calmer, la maîtresse nous demandait de faire un immense bonhomme devant l'école.

Lorsqu'il était terminé, nous le décorions avec un chapeau et un balai.

Et puis, nous n'y touchions plus jusqu'à que la fonte vienne.

Dès le printemps, nous reprenions le chemin de la maison. Là, plus de rites. C'était chacun pour soi. Le temps était compté.

Et nous courrions, essoufflés, sur la route derrière la carriole du boulanger.

C'était un de ces jours où il faisait très beau. Un printemps radieux avec le soleil qui illuminait les champs. Le blé d'hiver était déjà haut et vert. Et tout nouvellement cultivé, le colza, dont les milliers de fleurs d'un jaune cru, s'étalaient à perte de vue. De la graine noire et ronde, l'on fabriquait de l'huile.

Je me souvenais du temps où les Américains et des grands noirs étaient venus avec leurs jeeps, nous délivrer…

J'étais à la hauteur de la Croix Saint-Jean, lorsque j'entendis des lamentations. J'accélérais le pas. Ne serait-ce pas maman ?

C'était elle qui devait biner ce petit carré de betteraves situé près du village…

Mon cœur s'est mis à battre très fort. Je me suis mise à courir. Je l'aperçus au milieu du champ hurlant de douleur, d'un tel désespoir, les mains sur les yeux, ployant sous le poids d'un chagrin immense.

Qu'est-il arrivé ? Mon Dieu, qu'est-il arrivé ?

Je m'élançais vers elle dans les sillons.

Ses yeux étaient bouffis et son visage, ravagé par les larmes. Elle ne pouvait parler, seulement crier.

Etais-ce mon père ? Etais-ce mon frère qui si souvent commettait des sottises et provoquait des soucis à maman ? Lui était-il arrivé un accident ?

Et puis maman m'aperçut, me pris par les épaules, me serra très fort contre elle et dit :

« Ils les ont tués », se mit-elle à crier. « Ils les ont fusillés » !

« Qui ? » dis-je la gorge serrée.

« Mon père, ma mère ».
« Comment vais-je vivre maintenant ? »
« Je ne les reverrais plus jamais »…

Et elle me montra une épaisse lettre que le facteur lui avait remis quelques instants auparavant.

Il n'est pas de mot pour décrire un si grand désespoir.

Lorsque papa rentra, il lut la lettre et, silencieusement, a pleuré et encore pleuré.

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Thécline et Thomek étaient venus en France sous contrat pour travailler dans une exploitation agricole…

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Les faits relatés dans la lettre qui suit se sont passés dans la Province de LWOW, à l'époque de la guerre 1939-45. Cette région a été rattachée à l'ex-URSS en 1945. Elle est partie intégrante de l'Ukraine à présent suivant « La ligne CURZON », délimitant les territoires à l'issue de la guerre 1939-45. (Voir l'Addenda).



La lettre de Pologne…
« Le 8/XI/1948.

Chère Thécline, Cher Thomek,

Cela fait bien longtemps que nous ne nous sommes parlé, ni de vive voix, ni par correspondance. Cela se fait d'une étrange façon. De toute évidence, nous allons entamer une plus longue conversation lorsque nous nous reverrons à nouveau.

Je vais vous relater quelques faits quant à notre vie ici. On ne peut même pas comparer cela à une vie humaine. Car nous en avons réellement et d'une manière fatale, vu de toutes les couleurs. Une vie de sauvage. Il est difficile de faire comprendre cela aux autres car nous-mêmes n'arrivons pas à croire qu'un être humain puisse supporter une telle vie de souffrances et tant d'oppression de la part de ses propres voisins…

Après la capitulation des Armées polonaises, le peuple polonais a été directement soumis et comme le pire ennemi par les ukrainiens et les autorités russes qui ont élaboré un plan d'une grande sauvagerie pour le plus grand malheur de la nation polonaise.

L'hérésie est arrivée au grand galop et brutalement, la guerre russo-allemande s'est déclarée au cours de laquelle ont été détruits et brûlés des villages entiers, dont Majdan Stary (d'où sont originaires Thécline et Thomek). Avec tout cela, s'est instauré une autre « tradition ». Est venu Hitler. En fait, ses propres armées et ils ont apporté des munitions et les ont mit dans les mains des fils de la folle mère. Le premier cri de douleur fut celui de Wolynia. Car là-bas, les Allemands avec leur propagande, ont fait l'Ukraine.

Et nous, ils nous ont transféré, en fait, chassé en Pologne, au-delà de la frontière autrichienne.


Carte recueillie sur le Web via Google sur le site « HISTOIRE ET MÉMOIRE DES DEUX GUERRES MONDIALES »…



Quand les soldats de l'Armée allemande reviennent depuis Stalingrad, sont venus les Ukrainiens de Wolynia et se sont unis avec les nôtres.

Et alors, ils ont entrepris les partages avec une cruauté terrifiante. La conspiration polonaise était forte. Mais, elle n'avait aucun soutien.

En revanche, les Ukrainiens reçurent des Allemands toutes sortes d'armes. Donc, le peuple polonais, totalement éberlué, effondré, a commencé à se cacher et se regrouper en forêt, dans des abris souterrains glacés. Et de ce fait, évidemment, chaque cachette, chaque abri était bien venu pour le peuple polonais, mais cela n'a servi à rien. Les Ukrainiens ont triomphé en nous incitant à quitter notre village natal pour la Pologne en toute légalité.

De cette façon, ils ne feraient pas de représailles.

C'est ainsi que chaque propriétaire fermier empaquetait ce qu'il avait, le chargeait sur son chariot ou sur ses épaules ou par transporteur, s'il le pouvait et quittait ses débris poussiéreux.

C'était une belle journée, mais dans les yeux des nôtres, on lisait l'angoisse du lendemain. Car, déjà, il parlait autrement, pensait autrement, car devant lui il voyait une bande de terroristes…

Donc, ils nous ont obligé à prendre la route en direction de Busk.

Et le pauvre peuple se bousculait, longue file de gens affolés arrivant en forêt près d'un monastère avec un insupportable poids sur les épaules, s'étranglant de peur.

Je me trouvais pratiquement à l'arrière, j'arrive dans cette forêt, oppressé, terrifié, traînant la jambe, soufflant comme un bœuf. Et je m'arrête. Et je me retourne pour voir ce qui se passe derrière moi. Il y a déjà de moins en moins d'hommes… Je m'avance plus loin. Je fais quelques pas en avant.

Brutalement, j'aperçois des gens inconnus avec des armes dans les mains.

À ce moment, ils lancent un cri d'alarme, en fait un commandement en langue allemande, Ils sont équipés de fusils-mitrailleurs qui étaient dirigés vers le peuple désarmé.

La poussière a volé, série après série. Les détonations ont couvert les cris humains.

Je ne savais plus, à cet instant, où je me trouvais. Je suis tombé dans le bas-côté, faisant le mort. Quelques instants plus tard, j'ai réussi à me sauver en direction de notre village.

Mon beau-frère, Wladislas, qui ne se trouvait pas loin, a aussi réussi à s'échapper avec son enfant dans les bras. Nous n'arrivions plus à nous reconnaître l'un l'autre. Nous nous sommes sauvés en direction de notre hameau comme nombre d'entre nous.

Je suis entré dans un abri que je connaissais pour me reposer un peu. Et la peur m'a quittée. J'ai attrapé un fort mal de tête et des idées désespérées m'envahissaient.

Une poignée de gens se sont sauvés de nuit et se sont réfugiés à Radziechow. Nous ne sommes restés que 6 pour enterrer tous les morts et nous nous sommes allongés près d'eux, dans une totale détresse, car il n'y avait plus aucune espérance de vie pour nous.

Je sors de mon abri et marche dans le village. Pas âme qui vive à part un chat et un chien. Je m'avance plus loin. J'entends des cris de douleur en direction du cimetière. Je m'approche avec appréhension et des élans de fureur. Enfin, j'aperçois un homme debout près du portail du cimetière. Et devant, quatre corps : Casimir, son fils et Michel et Louis, couchés, ventres béants, ensanglantés, les mains coupées. Et autour d'eux, quelques vieilles femmes criant, hurlant avec des voix différentes : « mes frères, mes petits frères ! ».

Je vois que c'est de la famille de Niwice (village non retracé…). À nouveau, je suis terrifié mais enfin, je me reprends et me mets au travail.

Charles T. était avec moi et plus tard, sont venus Wladislas et Alexis. Et nous avons creusé la fosse commune. Dans un des trous, nous avons enterré les cadavres, les deux frères W., Jean et Joseph L. et Wlad D., Georges Z., Michel G. et François G. Tels quels, avec leurs vêtements ensanglantés. Nous les avons alignés l'un près de l'autre. Nous avons recouvert leurs yeux d'un voile et jeté une poignée de terre sur eux.

Seuls, les oiseaux ont chanté. Wladislas s'interrogeait avec angoisse de ce que nous allions devenir.

Je ne pouvais parler à personne. Aucun son ne sortait de ma bouche, assailli que j'étais par une détresse sans nom.

Des chariots de plus en plus nombreux nous amenaient d'autres cadavres.

Nous n'avions pas le temps de nous remettre et de supporter ces épreuves.

Nous nous sommes séparés avec la nuit. Nous partons à Lopatyn, au front, rejoindre nos troupes, car nous n'avions pas d'autre issue.

Malheureusement, à la tombée de la nuit s'est produit un grave événement quand Wladislas (ton frère, ma Chère Thécline), François et Jean partis dans cette direction, sont tombés dans les mains des Ukrainiens qui s'étaient vêtus de costumes militaires allemands. Ils se sont laissé rejoindre et ils les ont emmenés en forêt où ils ont de manière atroce ôtée la vie à ces gens.

Lorsque nous avons appris cela une heure plus tard de Charles T., nous l'avons envoyé aux devant des nôtres afin qu'il les prévienne et leur conseille de venir nous rejoindre sur la route de Radziechow sous le canal.

Brutalement, hélas, cette triste nouvelle nous surprend. Nous ne savons même pas ce qui nous arrivera d'ici à demain matin.

Nous étions sur une passerelle dans le bas-côté, ainsi que Nicolas, mon autre beau-frère, T. et G., Wladislas et moi. Il semblait à chacun de nous que nous pouvions être vus. Nous apercevons des lueurs, car la lune scintillait, se reflétait dans les flaques d'eau. C'était explosion après explosion et des flammes immenses qui embrasaient les biens du peuple polonais.

Et dans les forêts claquaient les détonations et le racket était à l'œuvre.

Il n'y avait pas de passage. Nous avons dû faire demi-tour et revenir vers nos tyrans. Toute notre vie, nos souvenirs, défilaient dans nos têtes. Nous étions préparés à la mort. À être tués.

grand-mère était encore à la maison. Elle ne savait pas ce qu'il était advenu de son fils Wladislas. En pleurs, les mains jointes, elle nous demandait avec angoisse pourquoi nous étions revenus. Pourquoi, nous ne sommes pas allés au-delà.

À ce moment-là, Nicolas dit qu'il faut aller chercher Wladislas dans la forêt car on l'a tué.

Un immense désespoir saisit les grands-parents. Ne sachant ce qu'il convenait de faire, cacher ceux qui sont encore vivants ou aller à la recherche du cadavre de son propre enfant.

Et le jour commence à baisser. Nous ne savons plus si nous devons nous coucher à même la terre, comme dans un cercueil.

Et nous attendons de nouveau la nuit. À 7 heures du matin est arrivé un véhicule de Radziechow avec des allemands et des femmes qui sont venus rechercher en forêt les petits enfants égarés au moment de cette tuerie.

Et nous avons eu la possibilité de repartir avec eux pour Radziechow.

Nous n'avons pas pu retrouver le corps de Wladislas car les Allemands nous interdisaient de nous éloigner car ils n'étaient pas assez nombreux pour nous surveiller efficacement.

À Radziechow, à nouveau, les Allemands nous ont conduits au front pour travailler et creuser des abris. Et malgré la gêne occasionnée par l'artillerie russe dans notre travail, cela ne me faisait rien.

Je n'avais que deux idées en tête. La première, c'était de ne pas savoir où se trouvait ma famille. La deuxième, c'était comment m'évader d'ici.

Donc, je me suis fait faire au commandement du corps un laissez-passer en tant que document confirmant que j'avais déjà 62 ans. Dans ce cas, je pouvais partir en Pologne.

Ce fut très difficile d'arriver jusqu'à la gare… Nous étions tous à la même enseigne… Nous nous étions allongés dans les wagons. Les femmes, dans la paille, recouverte d'une bâche. Et par là-dessus, elles ont couché les petits enfants.

Le service de contrôle allemand est arrivé et n'a rien trouvé à son goût comme dans les transports précédents, environ 200 personnes pourchassées vers les camps.

Nous partons enfin avec de sombres perspectives car nous ne savons pas où nous allons.

Nous comptons les stations. En cours de trajet, nous rencontrons de plus en plus de monde quittant le secteur, s'échappant vers la Pologne.

Le peuple avance, amaigri, recouvert de poussière et de vermine, sans chaussures, pieds nus, ensanglantés. Et notre terre est réduite en ruine et en contrées sauvages. Seulement, se dressent les cheminées brûlées et noircies des maisons polonaises incendiées.

Nous arrivons à Lwow et en gare, nous pouvons voir des milliers de personnes en provenance de toutes les régions. Depuis les wagons, on entend vibrer les chansons religieuses. « Cœur de Jésus », « Fleur de Mai », « Mère Céleste, ne nous abandonne pas »…

Nous poursuivons notre voyage plus loin vers la Pologne sans aucun repos, ni répit. Personne ne nous demande si nous sommes malades ou si nous avons faim. Car, parmi nous, il y avait un enfant de 9 ans, fils de notre institutrice, mitraillé à bout portant…

Au lieu de cela, les avions russes nous accueillaient à coup de bombes et de carabines. Rien d'étonnant à cela.

Nous poursuivons notre route pour la Pologne vers Tuchow.

Là, se trouvaient déjà les nôtres, ceux du village de Majdan Stary, ceux que vous connaissez…Qui s'étaient enfuis à Busk. Ils nous ont reçu en larmes.

C'est par eux que j'ai appris que ma femme et mes enfants étaient retenus prisonniers et également grand-mère et grand-père dans la maison d'Edwige P.

Cette triste nouvelle m'a complètement brouillé l'esprit. Il me fallait retourner pour les arracher à leurs geôliers, s'ils étaient encore en vie.

Je n'avais pas un sou, ni même de document valable. Pas même un morceau de pain. Je suis d'abord allé à l'église pour me recueillir et prier Notre Mère Divine, célèbre pour les miracles accomplis. Car, c'est la seule chose qui nous reste, à nous, désespérés. C'est notre seul espoir et source de joie et ma prière a été entendue.

J'ai sauté dans le train et me suis dit « À la grâce de Dieu ! ». Je pars à l'aventure. Enfin, par chance, il n'y a eu aucun contrôle. Et je suis arrivé à Lwow. Je me suis rendu chez ma sœur Agnès. Pour me changer, car j'étais en voyage depuis 6 semaines. Ma sœur m'a accueilli avec beaucoup d'amour et m'a donné l'hospitalité.

Le lendemain, nous sommes allés avec mon beau-frère en ville pour me faire faire un document. Naturellement, cela a réussi de la meilleure manière qui soit. J'ai reçu quelques centaines de zlotys et l'on m'a donné un billet de retour pour la Pologne. À ce moment-là, j'ai dû user de ruse et j'ai dit que j'allais dans le Sud pour rechercher ma famille. Ils ont commencé à me conseiller d'en rester là. Puisque j'avais pu, dirent-ils, échapper au couteau, pourquoi irai-je me jeter sous la faux ?

J'ai pensé en moi-même ce que je voulais et leur répondis que moi tout seul, je pouvais bien me sacrifier pour en sauver 4.

Je me rends chez Camille S. qui avait un regard sur les transports ukrainiens en partance pour l'Allemagne pour rejoindre l'Armée de Kamionka par train de marchandises à Radziechow.

Et à chaque fois, ce sont des peurs différentes. Je rencontre très peu de personnes connues et c'est une mission difficile qui se présente à moi. Ce sera très dur à accomplir et y survivre dans la tourmente provoquée par les Ukrainiens et la gestapo. Qui nous pourchassaient comme des chiens enragés pour nous voler quelque chose au passage.

Il faut de nouveau réfléchir et trouver le moyen de poursuivre son chemin et s'en sortir sans trop de dommage.

J'ai donc tenté de convaincre deux allemands pour qu'ils m'accompagnent dans mon village de Majdan Stary. J'ai promis de leur donner ce que je n'avais pas afin qu'ils acceptent et comprennent quel était mon sort. Et qu'ils décident de venir avec moi et deux autres femmes.

J'arrive dans le village. C'est comme si j'arrivais en enfer. On ne voit personne que ruines noircies, arbres brûlés dont certains barrent la route, avec quelques cheminées çà et là, qui se profilent de loin sur le Centre de Formation Industrielle…

Triste tableau… Je regarde ce village dévasté et cela m'apparaît comme une région totalement inconnue. Seule, est debout la Chapelle qui rassemble tous nos souvenirs d'antan. Et rappelle le site de notre enfance, nos fêtes et se dresse dans ce champ de dévastation du peuple polonais.

Je descends du véhicule et je ne sais où me diriger, où chercher, où me rendre, où aller ? Je me tourne de tous côtés, car on voyait loin. Tout à coup j'entrevois, parmi les troncs calcinés, dans les broussailles, mes propres enfants qui couraient vers moi !

À cette vue, j'ai cru que mon cœur allait éclater de douleur. Je ne pouvais parler. Enfin, je leur demande où se trouve leur maman, ainsi que grand'mère et grand'père.

Tout ça, c'était très douloureux à voir, à vivre…

Pourtant, la joie l'emporte. Et malgré tout, leurs yeux gris bleu étincellent, tout enfumés qu'ils sont. Les guenilles noircies, sales, les cheveux trop longs. L'un d'entre eux crie : « Papa, tu vois, nous n'avons pas brûlé ! Seulement, la maison et le hangar ont été incendiés… ».

Ils me conduisent chez Edwige P. car dans sa maison se trouvaient leur mère et leur grand'mère. J'arrive plus près. Je regarde. Il ne reste plus une seule fenêtre, car les vieilles femmes voulaient passer la nuit dans cette maisonnette, disons plutôt cabane, et les Ukrainiens sont venus, ont crié d'ouvrir et de leur rendre toutes les armes qu'ils avaient. Comme elles n'ont pas obtempéré, ils ont tiré quelques balles à l'intérieur, sans atteindre quiconque car tous étaient allongés le long du mur par terre, plaqués au sol comme des souris.

Je me dirige vers grand-père et le pauvre vieux arrive vers moi, tout en pleurs, la tête ensanglantée et me demande où se trouve son fils Nicolas…

Je ne savais à qui parler… J'ai donc dit de se préparer à partir en voiture et que nous allions prendre la route pour la Pologne.

Les grands-parents, avec beaucoup de chagrin, ont répondu que cela leur était égal mais qu'ils ont élevé tant d'enfants (7) et qu'à la fin de leur vie, pas une de leurs filles, pas un seul garçon ne reste près d'eux à l'heure de leur mort pour les prendre en charge.

Le grand-père s'est tu, il ne pouvait plus rien dire, car sa pauvre tête était toute traumatisée. Je me rappelle ces balafres sur son visage et ces traces de sang sur son costume. On ne pouvait se plaindre, ni se confier à personne. Ni à qui faire confiance, demander conseil car personne ne pensait voir cela un jour. Et nous n'étions même pas en mesure de nous aider dans nos détresses respectives. Car à ce moment-là, nous vivions à la seconde.

La séparation fut très triste, car nous avions beaucoup à nous dire. Hélas, nous n'avions pas le temps de nous retourner car les Allemands étaient très impatients et nous criaient de remonter en voiture.

Nous nous sommes étreints avec les grands-parents. J'ai emmené une vache à Catherine, car lorsqu'il y a des enfants, bien sûr, il leur faut du lait.

Grand'mère suppliait qu'on lui laisse au moins un enfant. Pas un n'a voulu rester auprès des aïeux dans cette tourmente. Les Allemands sont partis et je suis resté seul avec ma vache.

Et à nouveau, on voudrait se transformer en mouche pour traverser la forêt. Peut-être est-ce ma dernière heure. Je pense que je me suis mis tout seul dans leurs mains. J'en appelle à tous les saints. Je repasse devant la maisonnette. Je pressens que là-bas, c'est un drame.

Je ne sais pas quoi faire. Quelle folie que de prendre cette vache ! De lui sacrifier ma vie. À ce moment-là, j'entends des coups de tonnerre, le ciel devient noir et un violent ouragan se lève. Des éclairs terrifiants m'aveuglent et la tempête fait pencher les arbres jusqu'à terre. Et pour finir, une pluie diluvienne se met à tomber.

À ce moment-là, « Seigneur Dieu, peux-tu m'aider rapidement » ai-je pensé.

Surtout, très vite, traverser la forêt. Ensuite, traverser la boulaie et devant la Statue Blanche, je pourrai être très fier de moi avec ma vache. Avec de la chance, j'arriverai plus vite que la voiture.

Avant que je ne trouve enfin une maison, car on ne pouvait se caser, je tournais en rond dans la ville… Car à chaque fois, c'était une autre Armée qui venait. Le lendemain, ils attrapaient chaque être vivant pour l'envoyer au travail en Allemagne.

J'ai encore pu échapper à ce sort-là.

Et j'ai pu obtenir l'aide d'une femme que j'ai convaincu de m'emmener, moi et mon gros bagage, à la gare la plus proche. De là-bas, on pouvait regagner plus vite la Pologne.

Quelques jours après, j'ai pu repartir à Przewarsk. Et comme il n'y avait pas de place là-bas, j'ai dû repartir pour Tuchow.

Là, nous avons habité ensemble avec les P. dans la même maison dans laquelle j'habite toujours aujourd'hui.

Et je ne sais pas quel sort nous sera réservé dans l'avenir. La vie serait-elle meilleure ? Pire que jusqu'à présent ?

Cher Beau-Frère, il n'y avait pas d'endroit pour nous abriter, ni d'aide d'aucune sorte pour améliorer le sort du pauvre peuple. Car derrière nous arrivait le flot du front et également, la famine… Il fallait se décarcasser pour obtenir de quoi nourrir toute la famille. Les Allemands nous interpellaient sans cesse pour nous faire travailler. Ils ont commencé à prendre des hommes pour les camps de concentration. Il faut à nouveau se cacher et vivre dans la peur, la terreur.

Pour finir, j'ai été pris et enfermé et la deuxième nuit, il fallait encore s'évader à travers les barbelés depuis le 2e étage.

Nous étions 15 dans une même salle, 7 de Varsovie, 3 de Kielce, 2 du sud, 2 de Grybow et moi. C'était des « conspirateurs » de l'Armée AK (Armée de l'intérieur subordonnée au Gouvernement de Londres). Après une dizaine de pas, nous avons été mitraillés avec des rockets…

Enfin, nous restons sur une seule ligne et réussissons à pénétrer dans la forêt. Nous connaissions le mot d'ordre…Et Dieu soit loué, à ce moment, dans une lueur est apparu un officier qui nous a accueilli et salué et dit que dans peu de temps, nous serions à l'abri en forêt. Que les Allemands vivaient leurs derniers instants. Il a dit qu'il nous conduirait au quartier général pour prêter serment.

Quant à notre vie et le repos, il n'en a même pas été question.

La température est glaciale. Il est interdit de faire du feu. Car dans la nuit les avions vrombissaient sans cesse. Et, tout près, jaillissaient dans la grisaille, les éclairs de la ligne du front, nourrie de fortes détonations de ses tirs.

Aujourd'hui, je me rappelle que le jour de Notre Mère de toutes les douleurs, le 8 décembre, en pleine forêt, un autel a été installé. Il y avait 3 prêtres. Le plus âgé a célébré la messe et béni notre Étendard. Et il fallait prêter serment et s'engager à ne vivre que pour la Patrie. À ce moment, la trompette sonne l'alarme. Les Allemands, à nouveau, mitraillent notre cachette. Nous étions 6.000 dans l'Armée.

Mais pour les tanks allemands, l'accès était impossible. Ils ont envoyé les soldats à pied qui ont commencé à escalader les monts. Un instant plus tard, depuis tous les points d'observation, les tirs ont fusé, des éclairs tels que peu d'Allemands sont revenus. Ils ont emporté des tonnes de nourriture et pour se venger, ils ont brûlé un petit village. Agnès devait changer sa situation en cas d'invasion. Mais il n'a pas été possible de changer son plan car elle a dû donner sa vie pour sa famille. J'ai marché sur ces montagnes et dans ces forêts qui étaient mon toit. Et je me souvenais de ces tortures jusqu'à ce que tous ces évènements ne s'arrêtent. Mais, c'est dommage… À quoi bon tout ça ? En parler, ne sert plus à rien… Car, aujourd'hui, personne ne te demande ce que tu as dû affronter, quels faits tu as vécu… Il n'y avait pas encore de tels bureaux du protocole…

Anna et Jean, qui, compte-tenu de leur âge, n'ont pas voulu quitter leur maison, leur village, ont été tués à bout portant dans leur jardin…Par qui ? Nous ne le saurons jamais… (D'après les explications de mes parents, Anna, qui était ukrainienne, de religion gréco-catholique, n'aurait jamais dû épouser Jean, polonais de religion catholique… Cela ne lui aurait jamais été pardonné par sa famille d'origine…)

Seule, Maria, ta mère, Thomek, semble avoir survécu jusque-là… (Maria, ma grand'mère paternelle, était arménienne…).

Aujourd'hui, on peut apercevoir un terrible volcan qui, par un énorme cratère crache ces flammes et à chaque fois, la température s'élève davantage.

Il semblait qu'enfin, pour de vrai, après cette guerre, allait s'instaurer une ère de bien-être et une amélioration. Mais, hélas, d'après ce que l'on voit, des soucis, nous en avons plus devant nous que derrière nous…

Apparemment, il y a encore assez peu d'ossements humains parsemés sur la terre. Pas assez de villages de brûlés et rayés de la carte. Pas assez de disparus dans les fonds sous-marins…

Car, aujourd'hui, ils crient tous que nous sommes au milieu du chemin. Ils crient toujours que nous allons vaincre et l'emporter sur la terre entière.

Et aujourd'hui, ce cher Polonais devient fier, orgueilleux et sous couvert de l'anti-religion, de l'athéisme, travaille pour quelques centimes et pour une pauvre boîte de conserve…Et ne sait pas comment il doit vivre. Et il ne sait pas non plus comment se comporter, quelle apparence il doit avoir. Il voit aussi très bien quelle incompréhension, quels tourments existent entre le peuple. Que chacun a peur de l'autre et ne sait pas quoi dire. En fait, n'ose pas parler, s'exprimer. Ils ont créé différents partis politiques ouvriers avant et la course au travail pour qui pourra aller plus vite que son voisin. Et ils les ont tous muselés afin de ne rien leur payer. Et bien, chacun a quand même peur de le dire, de réclamer son dû.

Ce n'est pas comme en France, quand j'écoute la radio… Qu'ils font grèves sur grèves… Qu'ils défilent les uns après les autres… Ici, c'est la technique bolchevique. C'est encore une chance que l'Amérique, cette Amérique aide, ces gens. Car, sinon, sans cette aide, sans cette manne, les gens seraient nus et sans souliers et marcheraient pieds nus. Ils ne savent que crier à la radio ce qu'ils ont surmonté et ce qu'ils ont et quelle liberté, ils ont apporté de Russie… Cela veut dire, tu ne dois rien avoir, alors tu seras libre et léger comme l'air et tu pourras demander de l'aide au vent. Je ne dis pas que tous sont ainsi à rester assis à côté de leur grange ou bien près de l'auge à cochon… Celui-là peut crier que nous allons de l'avant et qu'ils voudraient alléger la France de son vin…

Moi, au moins, je n'ai rien à dépenser, mais je vois ce qui se prépare. Et chaque acheteur ou fermier, propriétaire est toujours en train de se plaindre et de gémir sur son sort. Et qu'après le Nouvel An, tout ira encore bien mieux. Et je suis curieux de savoir à quoi ils vont arriver après la Nouvelle Année.

Les trains vont augmenter… J'ai l'intention d'aller dans l'Ouest voir Nicolas et chez Agnès pour chanter avec eux les chants de Noël… Ou, alors, plutôt, nous disputer un peu car chez lui, on peut voir ça tous les jours. C'est une manie chez lui et c'est devenu une habitude. Personne ne s'étonne que quelqu'un, après une année de souffrances, n'a pas changé de caractère. Alors, c'est difficile maintenant de s'attendre à mieux. Nous sommes allés chez lui plusieurs fois.

Cher Thomek, je suis aussi allé chez ton frère Stanislas. Il a assez de tout, mais ce n'est toujours pas assez. Car lorsque nous y sommes allés avec Victor D. nous avons amené Agnès et une de ses petites filles qui était venue d'Angleterre, était près d'elle. Alors, Yvonne a dit qu'ici, chez elle, il n'y avait pas de place… Car, il y avait 3 pièces en bas et 3 pièces en haut.

Voilà quels sont les us et coutumes chez certaines personnes…

Cher Beau-Frère, à vous aussi, il paraît peut-être étrange que je ne vous ai pas écrit plus tôt. Et toi, chère Belle-Sœur, dans tes lettres, tu me demandais de vous répondre, de me manifester. Intérieurement, j'ai souri et je demandais à ma femme. « Ecris-leur, toi, de ma part comme tu peux »… Alors, ma femme me disait invariablement que pour moi la Poste, ça n'existe pas sur cette terre…

Je sais que vous êtes au courant de cela. Mais en souvenir de tous ces évènements douloureux que nous avons vécu, on peut se remémorer, car nous ne savons pas, en vérité, si nous allons nous revoir un jour. Car pour moi, ma vie n'est pas encore aplanie et l'avenir ne se présente pas sous d'heureux auspices.

Néanmoins, peut-être qu'en luttant d'arrache-pied, s'il ne m'arrive rien, je peux poursuivre ma vie un bon moment. Car c'est vite arrivé, que l'on soit en train ou en voiture…

Je sais que pour vous aussi, là-bas, ce n'est pas agréable durant tant d'années de se lever et de courir à chaque coup de sonnette. Et chaque jour, être debout et consacrer sa vie à ces dures tâches journalières.

Cela vous rend amer et triste d'y penser… Mais peut-être que dans un an, dans un mois, pourrons-nous nous revoir. Et du pin de sa propre patrie, se faire faire notre cercueil…

Car, aujourd'hui, notre Mère Patrie se trouve derrière les barreaux d'un portail d'acier…

Car ils crient tous que nous avons une Pologne libre et démocratique, mais dans les églises, après la messe, ils chantent des chansons religieuses de deuil...

Une Patrie libre, oui, nous espérons l'avoir, y vivre. Mais, aujourd'hui émerge un grand manque de confiance dans notre peuple. Et c'est à chaque fois pire et plus souvent. On le constate tous les jours. Et voilà tous les souvenirs et récriminations après tous ces évènements, après tout ce qu'il a fallu subir et le « bien-être » d'après-guerre…

Quelques années ont passé, trois, quatre en vérité, et le peuple polonais, qu'il soit du sud ou bien du centre, va, vient et cherche à travers le pays, qui, sa famille, qui, ses enfants, ou le père et la mère, la sœur, le frère et ils ne peuvent arriver à se retrouver… Et se remettre sur une bonne voie pour recréer le foyer… Toutes les familles sont éclatées… Quand d'autres, pendant ce temps, crient, s'amusent, n'ont cure de rien et se gaussent de tout.

«Hulaj dusza, piekla niema … » (« Bois, chante, mon âme, l'enfer n'existe pas… »)

Et nous irons de l'avant !

Je vais donc terminer ce cours résumé de mes turpitudes et je veux me plaindre à vous au moins par lettre. Peut-être… Dieu, fera-t-il en sorte de nous permettre de survivre à tout cela et de discuter sous des auspices plus agréables, un jour de très beau temps, où le soleil brillera d'une lumière particulière… Car, certainement, je pourrais vous adresser beaucoup de lettres et jamais il ne me sera possible de tout vous décrire…

Chers tous deux, ma femme vous a envoyé une carte vous demandant si vous pouviez nous acheter une lampe mais si c'est cher et inabordable, alors, nous achèterons quelque chose ici…

Je vous étreins tous. Ayez la bonté de donner le message destiné à mon frère et transmettez-lui mes meilleures pensées et celles de ma famille.

Je vous souhaite d'obtenir ce que vous demandez à Dieu. Et que toutes vos pensées soient avec Lui.

J'attends très impatiemment votre réponse. »

Marian J.
8 novembre 1948
Tuchow
Pologne

Extrait de la Lettre de Pologne…

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Épilogue

Cette lettre est gravée dans nos cœurs à jamais. La guerre et ses tentacules ont fait bien des ravages… Elle continue. Elle se déplace. Elle poursuit son chemin de haine.

Cela fait un an que j'ai traduit cette lettre… Elle est restée 51 ans dans un tiroir jusqu'à ce que ma mère, un jour d'avril, s'en aille les rejoindre tous…

Là où je suis, il fait très beau. Et ce soleil, cette chaleur, je la leur offre à tous, à vous tous ceux qui avez eu si froid et si faim dans votre propre village, où, un jour, on n'a pas voulu de vous…

J'ai mis une cassette polonaise pour que la musique monte jusqu'à vous.

J'ai aussi mis une cassette ukrainienne pour qu'elle grimpe dans les nuées.

Je fais un mixage de musique et de lumière pour allumer des étoiles musicales dans votre éternité.

Et sur vos yeux de l'au-delà, je jette un fin voile de soie couleur bleu outremer comme la mer de la Baie des Anges si proche.


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C'était le 8 novembre 1999. Je venais de terminer la traduction de cette lettre… Il était 19 h et l'on se battait toujours dans l'Est… Des hommes tuaient d'autres hommes. Au nom de l'O.N.U., nous envoyions d'autres hommes, au nom de l'ingérence… Mais ce que l'on ne sait pas faire, c'est extirper la haine avec ses racines là où elle pousse comme un chiendent mal famé…


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Nous sommes le 1er avril 2003. J'ai essayé de trouver une carte détaillée de la région de LWOW, d'avant 1945, vainement… Les archives sont introuvables…

Il est 22 heures et l'on se bat toujours … Là… Ici… Ailleurs…

Des hommes tuent d'autres hommes, des femmes, des enfants… Combien de germes de haine seront-ils encore enfantés ? Au nom de quoi ?





ANNA ET JEAN


Addenda.-

La « Ligne CURZON » ainsi nommée car elle a été proposée déjà en 1919 lors de la conférence de Versailles par le Marquis de Curzon, Ministre Britannique des Affaires Étrangères à l'époque.

Puis, à nouveau, réactivée par Staline, Ribbentrop et Molotov en 1939 et entérinée, à quelques variantes près par le Traité de YALTA en 1945 et signée par Staline, Roosevelt et Churchill, les Alliés…Cette ligne devint la Frontière orientale séparant la Pologne de l'ex-URSS…


Ligne Curzon 1939

Pourquoi cette région a-t-elle été « allouée » à l'ex-URSS ? Parce que l'Ukraine convoitait la Province de LWOW… Pourquoi ? À cause de ses champs pétrolifères… Déjà… Mais le motif officiel avancé était que ce partage déjà prévu en 1919, remis en cause par le Traité de Riga… Respectait soi-disant les ethnies… D'où transfert de populations…

En « contre-partie », la Pologne se voyait allouer des territoires allemands à l'Ouest et au Nord… « Proposition juste et bien fondée » insista Sir Winston CHURCHILL avec vigueur pour stopper toute contestation…**

Le peuple était-il seulement au courant de ces tractations et des motifs réels du partage des territoires ? Non… On se gardait bien d'en parler…

Seuls, dans leur esprit, subsistait la détresse, le désespoir, l'incompréhension provoquée par les faits de guerre… Les villages en flammes, les corps meurtris, les cadavres des siens… Et ce perpétuel exode vers la captivité, les travaux forcés, la mort… Sous une férule ou sous une autre… Sans compter l'assouvissement de haines séculaires, de vendettas… De batailles territoriales et/ou religieuses… Tout cela, mis à profit par le contexte de la guerre…

Au final, l'ex-URSS, enfin, Staline, obtint gain de cause en absorbant par là-même la Biélorussie, l'Ukraine et une partie de la Pologne… Suivant cette ligne CURZON… Aucune chance n'a été laissée à la Pologne de conserver la province de LWOW et quelques champs pétrolifères…

La « magnanimité » de Staline ne fut pas de mise…

C'est ainsi que les transferts, tant du fait de la ligne CURZON que des territoires attribués au Nord et à l'Ouest, ont provoqué l'éclatement des populations… Et tant de déchirements…

Ainsi, quelque part, dans des bureaux clos, tout comme Staline, Churchill et Roosevelt, aujourd'hui, des hommes dessinent des lignes pour le partage du monde… Et des champs pétrolifères…

Pendant ce temps, des armes de toutes sortes tuent des êtres humains d'une manière de plus en plus sophistiquée…

Combien d'Anna et de Jean ? De femmes, d'hommes, d'enfants… ?

Aujourd'hui, comme hier, il est rouge sang, l'argile du désert…

*Image extraite de l'ouvrage « MEÏR EZOFOWICZ » d'Eliza ORZESZKOWA –
Éditions Robert LAFFONT

** Éléments et cartes de la ligne Curzon 1939 et 1945 recueillis dans l'Ouvrage intitulé « LA LIGNE CURZON ET LA II° GUERRE MONDIALE » - Auteur : Romain YAKEMTCHOUK – Publication en 1957 par les Éditions NAUWELAERTS – 2, Place Cardinal Mercier – LOUVAIN – Belgique.
(Consultation : Bibliothèque patrimoniale et d'étude Dubouchage 21bis, boulevard Dubouchage – 06000 NICE)

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