Mon fils chéri
de Sophie Roïk



Pendant neuf mois, j'ai tant de fois, posé ma main sur mon ventre en t'attendant. Cette vie qui, en moi, fusionnait avec la vie, cela m'émouvait et m'émerveillait à la fois.

Accouchement sans douleur. La toute première fois, tu m'as regardée d'un air sérieux et curieux à la fois. Et de suite, l'angoisse s'est emparée de moi.

Les jours, les mois ont passé. J'attendais en vain, tes gazouillis, tes babillages.

Le docteur disait : "ça va s'arranger", "il faut patienter".

Quelle était donc cette vérité cachée ? Cette réalité inscrite au creux de tes gènes, imprimée au cœur de tes cellules ?

Le docteur t'a ausculté. S'est absenté. Est revenu. Nous a parlé.

"Il n'est pas comme les autres et ne le sera jamais". Dans nos têtes, ça tambourinait. "Mon enfant sera docteur, ou ingénieur, ou musicien…" Oublié ! Même les mots du spécialiste : "Il ne saura ni lire, ni écrire…".

Et nous nous sommes mis à pétrir la vie. Nous avons ensemble, réappris à marcher, à parler, à vivre.

Mon Cher Fils, aujourd'hui, après toutes ces années de travail dans l'invisible, tu te blottis contre moi, tu ris aux éclats. Tes yeux en amande se plissent, pleins de malice. Et tu me dis en me serrant contre toi : "Maman, t'aime bien". Et ça me suffit.

Merci pour ta joie lumineuse. Merci de nous pousser vers cet avenir à construire. Tu es tous les jours, notre marchand d'Energie et d'Amour.

Mon Cher Petit Homme, je t'embrasse très fort.

Je t'aime comme mille et une montagnes. Et je sais que toi, avec un humour très tendre, tu vas me répondre : "Et bien moi, je t'aime comme deux mille montagnes à la fois" !.

Maman


Retour au sommaire

Lettre d'amour primée au grand concours "Lettres d'amour, lettres de femmes", organisé à l'occasion du tricentenaire de la mort de la Marquise de Sévigné, par le Château de Grignan (Drôme), la société Montblanc et "Madame Figaro", avec la participation du Salon du Livre et de la collection Découvertes Gallimard. Paris, 1996.

Sophie ROÏK