Vision d'un ange
de Sébastien Lescarret



« Que c'est long…» souffla-t-il tout en refermant le magazine qu'il était en train de feuilleter.
Seul, assis sur une chaise dans la salle d'attente de l'hôpital de Bayonne, Hervé s'impatienta. Il se leva. Il était resté assis depuis qu'il était arrivé. L'idée de s'étirer un peu ne le lui déplut pas. Les mains jointes dans le dos, il fit un étirement en arrière et laissa entendre un craquement au niveau de ses articulations. Pendant cet exercice, son regard tomba sur l'horloge située au-dessus de la porte d'entrée. 19 H 15. C'est ce que la pendule indiquait, tout comme sa montre qu'il venait à présent de regarder.
« Histoire d'être sûr ! » songea-t-il.
Il se dirigea alors vers la porte. Celle-ci donnait sur un couloir. Il pointa timidement son nez, et ne laissa apparaître que son visage. Il tourna la tête vers la droite et fixa son regard sur la porte située au fond.
« C'est là ! C'est là qu'elle se trouve ! »
« Que c'est long » repensa-t-il. Cela faisait plus de 2 heures que Marie était dans ce bloc opératoire. Tout en traînant les pieds, il retourna s'asseoir sur la même chaise. Il croisa les jambes, puis les bras et laissa tomber sa tête en arrière. Il se sentit bien dans cette position. Elle lui était confortable. Aussitôt, il se laissa entraîner dans ses pensées ; remontant ainsi dans sa mémoire les souvenirs qui lui étaient agréables. Cela le réconfortait et lui permettait de distraire l'angoise qui l'animait. Il pensa aussitôt à Marie. Il ne pouvait songer à personne d'autre qu'à Marie. Il se remémora alors, le souvenir le plus lointain qu'il avait d'elle. Il lui semblait que c'était hier. Il se rappella du premier jour où il la vit. Cet hiver froid qui s'était installé en 1987, Hervé s'en souvint. Il revit très bien toute la neige qu'il y avait eu cette année là.
Mais il se rappella surtout la maison située en face de la sienne. Car bientôt, elle allait être habitée…

***

Concentré, une carotte à la main, Hervé la fixa sur son bonhomme de neige en guise de nez. Il recula alors de quelques pas, et pût ainsi admirer la sculpture qu'il venait d'achever. Là, dans le jardin, il lui sembla qu'elle était parfaite. Cependant, avec un avis tout à fait objectif, il conclut que « parfaite » n'était peut-être pas le mot approprié. En effet, il était difficile de reconnaître dans cette œuvre pittoresque : un bonhomme de neige. Tout en essayant de se consoler qu'il n'était pas Auguste Rodin, il entendit un bruit de moteur. Il se retourna et vit apparaître une voiture qui se gara devant la maison, de l'autre côté de la rue. Un couple descendit du véhicule. L'homme ouvrit la portière arrière. C'est alors que Marie laissa apparaître ses petits pieds, puis elle fit un bond en avant pour descendre à son tour. Hervé resta figé.
Un flot de questions se bouscula dans sa tête : « Qui est-ce ? Comment s'appelle-t-elle ? Va-t-elle vivre en face de chez moi ? »
Parce qu'elle était vêtue d'une salopette bleue, une cascade de cheveux noirs tombant sur ses reins, des yeux verts brillants de malice, Hervé noua ses yeux sur cet ange. Il aurait juré n'avoir jamais rien vu d'aussi beau. Il venait d'être victime d'un coup de foudre. Même s'il n'avait que 8 ans, il sut qu'à cet instant précis, il était tombé amoureux.
Après plusieurs tentatives d'approches hasardeuses, il ne fallut pas longtemps pour qu'Hervé et Marie deviennent inséparables. Etant voisin, il leur fut simple de se voir tous les jours. Marie avait 4 ans, ce qui permit à Hervé d'être son protecteur. La cour de l'école Sainte Marie, les voyait toujours côte à côte, se tenant la main, partageant leurs goûters, leurs jeux… Seules la nuit et les heures de classe arrivaient à les séparer.
Telle était la trame de leur enfance…
L'école primaire Sainte Marie offrait ses avantages : elle jouxtait le collège St Michel Garigoïtz. Venant de rentrer en 6eme, Hervé pouvait ainsi continuer de veiller sur Marie. Avant qu'il ne parte pour le lycée, ils eurent la chance de passer une année ensemble au collège, affirmant chaque jour un peu plus leurs affinités.
Cependant, c'est à l'âge de la puberté que Marie prit vraiment conscience qu'Hervé l'aimait vraimment. Se savait-elle amoureuse ? La réponse était « oui ». Aucun prétendant ne lui convenait et il ne lui semblait pas d'ailleurs, qu'elle cherchait véritablement quelqu'un. Car elle l'avait trouvé : son Hervé !. Et elle ne s'était pas sentie coupable, mais heureurse, ce jour où elle l'embrassa pour la première fois. Et au cours de ces années d'innocences, ils explorèrent ensemble les incertitudes de la maturité. Sans oublier tout de même leurs bêtises et leurs soirées inoubliables.
Afin de terminer ses études de commerce à Bordeaux, Marie fut séparée d'Hervé durant deux années interminables. Ils se téléphonèrent régulièrement et se contentérent de se voir le temps des vacances ou d'un week-end improvisé. Cette période douloureuse mais constructive, ne devait jamais plus se renouveler. Ils finirent donc, tout naturellement par s'installer ensemble. Suite à une fouille laborieuse des petites annonces, c'est au « Chalet Jean », petit appartement situé à Guéthary, que Marie et Hervé aménagèrent.
Marie était à présent une superbe jeune femme. Elle possèdait encore sa cascade de cheveux noirs, et de son regard profond, accentué de ses yeux verts, se dégageait toujours autant de malice. Elle travaillait en tant que caissière au centre commercial Carrefour à St Jean de Luz. Ce job lui permettait de payer le loyer, en attendant bien sûr, de trouver une place à la hauteur de ses ambitions.
Ses cheveux châtains toujours mal coiffés, sa silhouette triste et pensive, son air maladroit, son regard sérieux par moment, Hervé non plus n'avait pas changé. Il possèdait toujours le même charme. Il travaillait dans l'administration à la mairie même de Guéthary. Il se plaisait bien dans son petit bureau.
C'est sans histoire, heureux et comblés, qu'aujourd'hui Hervé et Marie formaient le couple d'une histoire éternelle…

***

« Je vous laisse terminer… » lança-t-il à ses collègues.
Le Docteur Miyard sortit de la salle. Laissant derrière lui les infirmières se charger du reste, il avait plus urgent à régler. Il se dirigea vers la poubelle où il jeta sa blouse et ses gants. Il prit alors la direction du lavabo. Tout en savonnant bien fort ses mains, il se regarda dans le miroir, se trouva un visage fatigué et fit des rotations avec sa tête. Il arrêta cet exercice pour s'attarder sur l'hologe. 19 H 15.
« Que ce fut long » souffla-t-il.
Il sortit du bloc opératoire pour se diriger vers la salle des infirmières. Désireux d'évacuer la pression qu'il venait de subir durant ces deux dernières heures, il s'accorda une pause bien méritée. Dans une position confortable, il but un café et fuma une cigarette. Il savoura ainsi ce court moment de repos. La pendule de la pièce indiquait déjà 19 H 30.
« Il est tant d'aller voir Monsieur Colmard » pensa-t-il. Il se leva alors et d'un pas indécis, prit le chemin de la salle d'attente. Le docteur Miyard vit un homme dans le fond de salle. Assis confortablement, il semblait abîmé dans ses pensées.
« Monsieur Colmard ? »
Hervé reprit ses esprits à l'appel de son nom. Il regarda l'homme à la blouse blanche qui se tenait sur le seuil de la porte. Il comprit tout de suite, bondit de sa chaise et se dirigea rapidement vers lui.
« Ah, Docteur ! Alors… Dites-moi !»
« Vous êtes l'heureux papa d'une petite fille » annonca-t-il à Hervé.
« Oh mon Dieu ! Quel bonheur ! Je suis Papa…une petite fille » s'exclama-t-il tout en prenant le docteur par les épaules. Ce dernier osait à peine le regarder. Hervé sentit que quelque chose n'allait pas.
« Marie, ma femme, comment va-t-elle ? » demanda-t-il aussitôt. Le médecin ne répondit pas tout de suite. Il cherchait comment annoncer la nouvelle sans être maladroit.
« Monsieur Colmard, votre femme a fait une hémorragie pendant l'accouchement. Elle a perdu beaucoup de sang. Et malgré tous nos efforts… ». Il s'arrêta.
Que c'était pénible d'annoncer une telle tragédie. Il n'amait vraimment pas ce genre de situation. Hervé attendit la fin de la phrase déjà terrifié.
« Je suis désolé Monsieur Colmard, mais, votre femme est morte ! »

« MORTE » En entendant ce mot fatal, Hervé s'éffondra…

***

« Et surtout, passez de bonnes vacances ! » déclara la maîtresse.
Les enfants de l'école primaire de Guéthary sortirent comme des sauvages de la salle de classe. Ils s'envolèrent vers la liberté. Ces deux semaines entières de vacances, Eléa les attendait depuis une éternité. Elle pressa le pas plus qu'à son habitude, et rapidement, elle se retrouva sur le perron de l'école.
Hervé regarda sa montre. 16 h 30. Il rangea son bureau, éteignit son ordinateur et se dirigea vers la sortie. « Bonnes vacances Hervé » lui souhaita la secrétaire de la mairie. Hervé la remerçia d'un sourrire et d'un geste de la main. Il courrut pour atteindre sa voiture. Il démarra en trombe, fit une marche arrière carambolesque et fonça jusqu'à l'école.
Eléa, attendant sur le perron, son cartable à ses pieds, se demanda pourquoi il n'était pas là ? « Se souvenait-t-il de l'importance capitale de ces vacances ? Apparement non ! » conclut-t-elle.
Bondissante, la voiture prit le virage de droite et stoppa sa course devant l'école. La portière s'ouvrit brusquement et Hervé descendit tellement vite, qu'il s'écroula sur le béton. L'air désolé, Eléa se dirigea vers son papa. Toujours à terre, il leva les yeux sur sa fille qui le regardait d'un air désespéré. Il lui sourit bêtement, et elle ne put s'empecher de rire en le voyant dans cette posture. Quel maladroit ! Alors qu'il se relevait, quelques personnes qui avaient assisté à la scène se moquèrent de lui. Hervé n'y prêta aucune attention, car il avait sa fille dans ses bras. Celle-ci lui piqua un bisou sur la joue et il en fit de même. A présent, main dans la main, ils se dirigèrent vers la maison, qui était située de l'autre côté de la nationale. Arrivée dans l'appartement, Eléa se débarrassa de son cartable qu'elle jeta sur son lit. Hervé apparut à son tour.
« Alors jeune fille ! Prête pour aller à … » elle ne lui laissa pas le temps de terminer sa phrase.
« Euro Disney ! » cria-t-elle tout en sautant dans les bras de son père. Il la fit tournoyer et l'embrassa fort. Dans deux jours elle allait avoir 4 ans. Et pour fêter cela, Hervé avait décidé de l'emmener au parc d'attraction Euro Disney. Ce dimanche, serait inoubliable.

***

« Nous arrivons en gare de Marne la Vallée. Nous espérons que vous avez passé un agréable voyage en notre compagnie. Marne la Vallée, deux minutes d'arrêt ».
Ils avaient dû prendre le train de bonne heure ce samedi, afin d'arriver à 10 h 00 à destination. Ils déposèrent leurs bagages à l'entrée de la gare et malgré la fatigue du voyage, Hervé et Eléa, étaient prêts à affronter « Frontière Land ». En entrant dans le parc, ils furent immédiatement saisis par l'ambiance. Toute la journée, ils gambadèrent en tout sens, essayant tour à tour les attractions qui leurs étaient offertes. Il pénétrèrent dans la maison hantée, firent le tour de l'île en bateau, s'attaquèrent à des pirates... Eléa passait la plus belle journée de sa vie. Et demain, elle fêterait ici, son anniversaire.
En fin de soirée, ils décidèrent qu'il était temps de s'installer dans leur chambre d'hôtel. A l'accueil, ils récupérèrent leurs bagages et leur clé. En pénétrant dans la pièce, ils admirèrent le bon goût de la décoration. Une chambre tout en bois, avec télévision, douche, wc et deux grands lits séparés. Eléa bondit sur celui situé près de la fenêtre. Elle avait apparament déterminé son territoire. Hervé se contenta de poser sa valise en lui tirant la langue, la laissant ainsi croire à une éventuelle victoire. Ils s'étalèrent ensemble sur leurs lits. Le matelas était confortable et après une journée aussi éprouvante, ils s'endormirent profondément.
Le lendemain matin, disposé sur des buffets, Eléa découvrit un petit-déjeuner digne de ce nom : chocolat au lait, pain, confiture, jus d'orange, yaourts, bacon…Elle mourait de faim et se laissa séduire par toute cette nourriture. Hervé se contenta juste d'un café et d'un croissant. Après avoir terminé, ils quittèrent le restaurant. Il faisait bon dehors. Et ce dimanche ensoleilée s'annonçait particulièrement mémorable. Alors qu'il n'était pas bien réveillé, Hervé devait soutenir la cadence infernale infligée par sa fille. Comme elle était déjà loin, il dut l'interpeller pour qu'elle l'attende. Agacée de la lenteur de son père, elle se retourna pour lui dire de se dépêcher. Hervé resta figé. Là, au milieu de tout le monde, il crut voir Marie. Il fut frappé de leur ressemblance.
« J'arrive ! » cria-t-il tout en accourant vers elle. Il pensait souvent à Marie. Cette image survenue tout à coup, venait de l'assommer. Lorsqu'il se présenta devant sa fille, celle-ci lui trouva un air pensif et triste. Il lui passa la main dans les cheveux et lui offrit un sourire passionné.
« Tu ressembles beaucoup à ta maman, tu sais ! ». Surprise, Eléa ne comprit pas pourquoi il lui adressait soudainement ce compliment, mais elle lui rendit son sourrire. De ses deux mains, elle tira son père pour le diriger vers l'entrée du Walt Disney Studio. Le reste de la journée se déroula comme prévu. Eléa était enchantée et il semblait impossible de l'arrêter. Bien qu'il fut heureux de la voir ainsi, Hervé était distrait. Les souvenirs douloureux de Marie rejaillirent malgré lui. Il s'efforça de ne laisser rien parraître. C'était l'anniversaire de sa fille et tout devait être parfait.
En regagnant leur hôtel, ils récapitulèrent ensemble toutes les péripéties dans lesquelles ils s'étaient aventurés. Mais à présent, il était temps pour Hervé d'inviter sa fille à dîner.
Assis sur son lit, il attendit qu'Eléa veuille bien sortir de la salle de bains. Pour cette occasion, il était vêtu d'un ensemble très chic. Il se devait d'être beau. Mais la plus belle ce soir c'était Eléa. Et elle l'était dans sa robe bleue que Mamie lui avait offerte.
« Tu es ravissante mon ange » lança-t-il en la voyant. Elle fit une révérence en guise de remerciement. Puis, bras dessus, bras dessous, ils partirent en direction du restaurant où ils s'installèrent. Ils passèrent commande et furent satisfaits du repas gastronomique qu'ils engloutirent. Pour preuve, à la fin de celui-ci, Eléa laissa sortir un petit bruit incongru de sa bouche. Soudain, la salle fut plongé dans l'obscurité. Une musique retentit et un gâteau d'anniversaire fut déposé devant elle.
Les employés du restaurant l'entourèrent et chantèrent en chœur un « Joyeux Anniversaire ». La voix d'Hervé surpassait toutes les autres. Des applaudissements fusèrent et alors que la salle retrouvait ses couleurs, il se leva pour aller l'embrasser en lui souhaitant un bon anniversaire. Pendant un court moment, il resta concentré sur sa fille. Là, en face de lui, il avait à nouveau l'impression de voir Marie. Les yeux verts brillants, la cascade de cheveux noirs, elle était la réincarnation même de sa mère. Cette vision lui fit froid dans le dos. Eléa ne prêta aucune attention à son attitude. Elle venait de souffler ses quatres bougies, et avait fait le vœu d'avoir toujours son papa à ses côtés.
La soirée terminée, Hervé et Eléa retournèrent dans leur chambre. Pendant le trajet, ils n'échangèrent aucune parole, ni aucun regard. La main sur la tempe, il semblait isolé dans ses pensées. Eléa le remarqua. Tout comme son comportement bizarre et son regard froid.
« Marie, noonnn… ». Ces mots résonnaient dans la tête d'Hervé. Il se souvint qu'il l'aimait tant. C'était si dur sans elle. Pourquoi n'était-t-elle plus là ? Pourquoi était-t-elle partie ?
En ouvrant la porte, il se dirigea vers son lit, tandis qu'elle se rendit aux toilettes. Il alluma la lampe de chevet et s'assis sur le rebord du matelas. Il régnait à présent une atmosphère obscure. Les mains sur son visage, il s'enfonça un peu plus dans sa folie. Il revoyait Marie dans le plus profond de ses souvenirs. Elle se tenait là, en face de lui. Dans sa salopette bleue, elle lui faisait un signe de la main. Il la voyait sourire. Il se précipitait vers elle, mais plus il s'approchait, plus il lui semblait qu'elle s'éloignait. C'était un véritable cauchemar.
« Papa ! Tu m'aide à mettre mon pyjama ». Eléa se tenait devant lui en tendant sa tenue de nuit. Machinalement, il lui ôta ses vêtements. Elle alla se coucher sur le lit afin que son père lui enfile son pantalon. Tremblant, troublé, essouflé, Hervé s'apporcha de sa fille. Il s'arrêta et noua son regard sur son ange.
« Marie ? »
Parce que le jour où il la vit descendre de voiture, il était tombé fou amoureux. Parce qu'il était son protecteur. Parce qu'ils ne devaient jamais plus être séparés. Parce que la vie lui avait oter ce qu'il avait de plus cher. Parce qu'il était persuadé qu'Eléa était Marie...
Il se coucha près d'elle. Noyé dans ses yeux verts, il caressa sa cascade de cheveux noirs. Il s'apporcha plus près et posa sa main sur son visage. Tout en fermant les yeux, il tendit ses lèvres pour l'embrasser sur la bouche. Quatres longues années passées sans elle, il la serra plus fort contre lui. A présent Hervé la désirait plus que tout au monde.
Eléa ne comprit pas ce que papa lui faisait. Ce qui avait débuté comme un câlin, se transforma petit à petit en un véritable cauchemar. Ecrasée sous son poids, elle entendit ses râles lui souffler aux oreilles. Et elle sentit une douleur intolérable la pénétrer…
« Que c'est long » dut-t-elle penser…

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