Histoire sans titre
de Sébastien Zimmer


Impossible de revenir en arrière, ni pour elle, ni pour lui.

Il le savait bien, mais cela ne le dérangeait pas. L’état d’ivresse dans lequel il était suffisait à emplir son corps d’un fluide inexistant, mais pourtant bien réel. L’expérience menée à son apogée, le but ultime, la réponse à toutes les questions posées.
Tout se dévoilait au fur et à mesure à ses yeux mais il écoutait cette mélodie, d’où vient-elle ? Jamais un son n’avait autant pénétré son corps au point de n’en faire plus qu’un avec lui. Dieu que c’est bon de ressentir cette vibration, cette musique… cette putain de musique… Un orgasme corporel peut-être pour un corps asexué.

Oh, mon Dieu… se disait-elle. Sa main tremblait depuis un bon moment déjà, il lui suffisait juste d’y penser. Mais maintenant tout son corps entier se mit a gémir en spasmes électriques. Elle ne contrôlait plus rien.
Je ne contrôle plus rien…
Etrangement, la panique ne l’envahissait pas encore, mais elle savait que tôt ou tard elle devrait y céder et qu’elle ne pourrait rien faire contre ça. Mais pour l’instant, un blocage.
Le sang frappait si fort dans ses tympans qu’elle s’en retrouvait presque sourde, pourtant les trompettes hurlaient dans sa tête.

Mon Dieu, que cette musique est belle… C’était tout ce à quoi il pensait.

Je sens que mon cerveau va exploser. Tu fais de l’humour ma grande ? Comment çà ? Au sens propre ou au sens figuré ?

Un sourire naquit sur ses lèvres malgré elle. Ses yeux fatigués étaient en discordance avec le bas de son visage, soulagé, apaisé, la tâche a moitié accomplie, des yeux humides de larmes de tris-stress.

Reste calme, reste calme surtout, tout ira bien, le plus dur est déjà passé et de toutes manières trop tard pour faire machine arrière maintenant. Ouvre les yeux et focalise, focalise. FO-CA-LISE.

Tout ses organes battaient en elle. Le cœur, chef d’orchestre de la chamade, rythmait ses tremblements chaotiques en hommage a tout le sang versé et à tout celui qui faisait éclater ses veines de pulsions anachroniques.
Mais putain pourquoi ? Pourquoi est ce que j’ai fait ça ?
Putain que c’est bon.

L’opposition. Elle. Lui.
Elle ne savait pas. Il ne comprenait pas.
POURQUOI ?

Un simple geste peut faire basculer deux mondes apparemment en osmose universelle. Un simple geste allié à quelques pulsions incontrôlables. La fin pour l’un, la suite pour l’autre. Un nouveau début pour l’un, mais la même continuité pour l’autre. Juste le temps qui se ralentit un peu avant de reprendre son cours normal pour l’autre, mais dans le futur.
Intemporel pour l’un.
Peu à peu elle reprenait ses esprits, et le temps s’accélérait. De plus en plus vite.
Mais même arrêté, le Temps est un ennemi, car Il ne revient jamais sur ses pas. Il ne regrette rien et n’a jamais tort.
Pour lui, Il s’était arrêté, sans qu’il le veuille vraiment. Elle aurait bien voulu qu’Il s’arrête.
Impossible de revenir en arrière, ni pour moi, ni pour lui.

J’ai perdu la notion du temps, quand suis-je exactement ?
Sensation agréable pour ce qui représentait son entité, sa vie antérieure terrestre inachevée par sa main.
Mais il ne le savait pas. Pas encore du moins, car le Temps ne le lui avait pas permis pour le moment.
Le Temps était trop occupé à s’acharner sur elle pour lui faire voir la vérité.

La seule solution… Fuir… Mais impossible de fuir le Temps…Pas moyen de le ralentir même.
La seule solution… Attendre… Mais impossible de fuir le Présent… Pas moyen de l’accélérer même.

Elle avait encore le couteau qui lui avait servit à arrêter le Temps de son défunt mari dans sa main droite.
Une solution pour arrêter son propre Temps peut être.

Ma chérie, que fais tu là ?
Je suis venue fuir le Temps…

Sébastien Zimmer

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