Suicide summer
de Samuel Verheyde



Quelle merveilleuse journée ! Le soleil est au rendez-vous comme prévu. L’horizon est bleu azur, la mer transparente et tous les parfums de l’été viennent chatouiller mes narines. Un mélange délicat d’effluves de crème solaire dont tous les plagistes sont imbibés, il faut dire que par ces conditions le moindre oubli pourrait être fatal et la brûlure inévitable, il y a également des senteurs sucrées de glace et de sel marin. Ces arômes me rappellent mon enfance quand nous partions en famille, trépignant d’impatience dans les bouchons avant de nous ruer sur la plage avec nos jouets, ballons et autres sceaux. Maintenant plus de bouchons, c’est au moins une des choses positives du progrès…

La plage est bondée de monde, les enfants sont fous de joie de retourner se baigner. L’atmosphère respire la bonne humeur. Il aura fallu attendre une nouvelle année avant de nous retrouver ici en famille. Nous avons récupéré notre emplacement réservé. C’est vrai qu’il n’est pas tout proche de la mer, mais en ces temps difficiles il était déjà rare de trouver un tel emplacement, nous pouvons d’ailleurs remercier nos voisins qui nous ont gentiment offert leur lieu. En effet Stéphane(notre voisin) avait fêté ses quatre vingt ans et n’était donc plus d’âge à aller sur la plage.

Nous posons dons nos affaires, la valise isotherme avec les boissons et le goûter pour les petits enfants, les jouets bien évidement et les chaises longues. Erwan et Ophélie enlèvent leur chemisette et viennent nous réclamer la crème pour protection solaire. Ils en ont pris l’habitude la première disposition à prendre sur la plage est de mettre ce mélange visqueux afin de ne pas risquer d’embarras de santé. Et les voilà tous deux partis vers la mer, après seulement nous être assuré de leur avoir mis leur bracelet à puce électronique afin qu’ils puissent facilement nous retrouver, la base émettrice étant dans le sac de madame.

Cet endroit est vraiment magnifique. Une légère bise caresse nos cheveux, juste ce qu’il faut pour ne pas étouffer de chaleur. Le sable est fin, blanc et chaud, il donne l’impression de marcher sur un matelas de mousse. Je m’approche de la mer, elle est tellement transparente qu’on y voit les petites algues qui nous chatouillent les pieds. Les enfants me supplient de jouer un instant avec eux, chose que je ne peux leur refuser. Erwan a prit un petit ballon de plastique, et nous nous renvoyons la balle chacun notre tout. Les enfants s’amusent dans de drôles d’acrobaties et plongent dans tous les sens, chose que je ne peux plus faire à mon âge. Une vague un peu plus forte me fait perdre mon équilibre et me voilà les fesses à même le sable, non sans en plus boire une petite tasse de cette eau, heureusement si peu salée. Bien sur Ophélie part en éclats de rire, suivi de son frère. Tous deux se décident quand même à venir me relever, et je décide sagement de revenir m’allonger à côté de mon épouse.

« - Alors les enfants s’amusent bien ? me demande-t-elle.
-Au moins tout autant que moi !! Dommage que tout s’arrête à dix huit heure… »

Il est seize heure. Je sors « le radar » comme nous aimons l’appeler, et je le programme pour faire sonner les bracelets afin que Erwan et Ophélie viennent nous rejoindre pour prendre le goûter et remettre un peu de crème solaire. Et voilà à peine la base reposée, les enfants accourent dans notre direction. Au menu ça sera tartines au chocolat pour Erwan (je pense qu’il tient ça de son grand-père, j’adorais ça à son âge) et biscuit à la meringue pour Ophélie. Les tartines et les biscuits n’auront pas résisté longtemps et voilà nos deux petits diables en pleine digestion sur leurs jeux vidéos dernier cri. Un vrai ordinateur qui tient dans le creux de la main, et c’est ainsi qu’ils peuvent tous les deux jouer, en réseau via infra rouge, à leur jeu favori « kill the zombie » un jeu passionnant où le vainqueur sera celui qui aura arraché le plus de tête…je disais bien passionnant.
« -Allez les enfants, profitez une dernière demi –heure de la mer, il est dix sept heure trente.
- Je serai à la mer avant toi la sœur… »

Les enfants se jettent à l’eau, et s’arrosent mutuellement une dernière fois. Soudain la sirène sonne et se fait entendre sur toute la plage. Les petits nous rejoignent. Presque aussitôt la petite brise tombe. Les vagues qui agitaient la mer disparaissent puis l’eau se retire. Nous enfilons tous nos habits et nos protections solaires. C’est au tour de la cloche de verre qui entourait la plage et qui nous protégeait un peu plus des rayons solaires de s’ouvrir pour laisser apparaître ce douloureux soleil.

L’heure est venue de quitter ce petit bout de paradis artificiel, où le sable provient en fait d’un des nombreux désert apparu ces dix dernières années sur la planète, la bise est produit par de géants climatiseurs, l’eau est salée par l’homme et mise en mouvement par des bras hydrauliques qui imitent les vagues.

Nous sommes en deux mille cinquante trois, l’homme a dénaturé la planète « bleue », par ses négligences écologiques, sa surconsommation engendrant des tonnes de déchets, et ses guerres. Les quelques améliorations comme la voiture électrique n’auront pas effacé les torts commis. Les bateaux « poubelles » naviguant jadis, ont pollué nos plages, l’eau de mer est devenue toxique pour l homme. La couche d’ozone est sur le point de complètement disparaître, ainsi que les principales forêts où l’homme a abattu sans demi-mesure. Il a empiété sur tout ce que la nature nous avait apporté, pour y poser son béton et son bitume et ainsi ravager la flore et la faune. Nos enfants n’auront pas la chance de voir éléphants et autres dauphins ou thons disparus depuis une décennie à cause de chasse ou pêche intensive. Ses guerres chimiques et bactériologiques ont tué et rendu inhabitable bon nombre de régions du monde.

L’homme s’est empoisonné par inadvertance, mes petits enfants ne connaîtront jamais l’environnement qui m’entourait, nous ne savions pas notre chance….
L’humanité a participé à son déclin…


Lorsque l'homme aura coupé le dernier arbre, pollué la dernière goutte d'eau,
tué le dernier animal et pêché le dernier poisson,
alors il se rendra compte que l'argent n'est pas comestible
(proverbe indien)



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