Les rues étaient désertes…
de Said Elghayati



Les rues étaient désertes, il avançait dans le froid sans savoir où ses pas le conduisaient. Tout ce qu’il voulait c’était avancer, avancer sans retourner…
Il se sentait fatigué comme un chien. Ses yeux se fermaient tout seuls et son cœur ne battait plus comme avant. Ses pieds n pouvaient plus supporter le poids de son corps froid. Lui-même n’arrivait pas à sentir ses pieds sous lui. Pourquoi avait-il cette sensation ! Pourquoi lui et non pas un autre !!
Il se posait mille questions sans aboutir à aucune réponse.
Il se sentait perdu.
Les rues ne ressemblaient pas à l’image qu’il en avait dans la cervelle.
Toutes les rues sombraient dans une obscurité morose. Elles avaient, toutes, l’air de dormir profondément. Et la neige n’avait rien de beau. Juste un froid meurtrier.
Le ciel neigeait toute la nuit…
Il se disait qu’il était temps de rentrer chez lui, de prendre un douche froide et de dormir jusqu’à la même heure du lendemain.
Voilà. Il se décida de hâter les pas. Soudain, il se heurta contre quelque chose d’humain dans l’obscurité de la rue 19. Son pied avait frappé si fort ce corps que ce dernier a laissé sortir un son terrible de douleur.
Il ne voulait pas le frapper, bien sûr, mais il s’était mis à marcher vite pour retourner chez soi et fuir ce froid d’enfer. Il habitait la rue 25. Et ce n’était pas loin de chez lui.
Le corps qui vient de recevoir le coup se tut comme si rien n’était. Comme si c’était son dernier cri. Nivek se sentit coupable. Il frappa son front avec les mains, resta immobile pendant quelques minutes et s’assit sur le trottoir glacé.
Il resta plié sur trois, en contemplant le corps souffrant pendant une vingtaine de minutes.
Il se sentit fatigué. Très fatigué. Fatigué à mort. Le sommeil gagna de plus en plus de terrain à travers son corps froid.
Il ne sentit plus ses pieds. Son ventre non plus. Il essaya de se mettre debout, mais ça n’a pas marché.
Il était collé au sol. Ses pieds refusèrent de bouger. Son derrière aussi. Il posa ses deux mains par terre et poussa désespérément. Il poussa encore. Et, au bout de la troisième fois, son corps se détacha de la glace. Il se mit debout, fit trois pas et retomba. C’était comme s’il marchait dans l’air.
Il ne contrôlait plus ses pieds. Et pire ! Il ne sentit aucune douleur. Il resta assis par terre, au milieu de la rue 19. Jusqu’au matin.
Le ciel neigeait toute la nuit…
Le matin, une couche de mètre et demi de neige voila la ville.
Tout ce qui circulait la nuit s’était transformé en quelque chose de dur. Dur comme la mort.
Une paix d’enfer régna sur la rue 19.
Et sur toutes les autres rues.


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