Conscience… Conscience…
de Sabucco



Ici ma chambre. Ici le salon et la salle à manger. Ici la chambre des parents. Ici la cuisine. Ici les souffrances endormies par le temps. Ici la vie et le souvenir d’une triste période de mon existence. Celle de l’enfance...
Ni le bruit, ni la lumière, ni la chaleur de cet endroit ne te rassure ? Il sommeille dans un recoin de la mémoire et ressurgit parfois, quelques instants. Jamais oublié. Jamais, jamais, l’inquiétude... jamais. Toujours présent : en marchant, en mangeant, en parlant, en baisant, en pissant, en chiant, en dégueulant, en permanence...
Je ne peux exister sans sa présence. Je vis à travers un miroir étroit. Ce miroir qui reflète mon image : la petite cicatrice sur la lèvre à 2 ans. L’ isolement à 3 ans. L’œil triste à 4 ans. Le buffet de la cuisine à 5 ans. Le « bon à rien » à 6 ans. Le tic tac de l’horloge à 7 ans. La peur du noir à 8 ans. La peur à 9 ans. Le silence à 10 ans. L’oubli à 11 ans. Le... plus rien. Le vide... ce reflet, étrangement déformé, ne te ressemble pas... Je m’isole... Je m’enferme... après, plus rien. Un long silence...
La peur toujours là, collant à la peau comme la peste...

La bêtise et la méchanceté de mes camarades de classe. Le calvaire continuait. « Petite pédale » à 8 heures. Coups de poings dans le ventre à 9 heures. « vaut rien » à 10 heures. Exclusion à 11 heures. Solitude à midi. Coups de poings dans le ventre à 13 heures... je pleure... Je pleure et je me souviens...

Aujourd’hui je vis... tu vis ? Aujourd’hui, j’existe... tu existes !... Vivre et exister...

J’ai toujours envie de pleurer. Tous les jours je pourrais verser une larme ou deux quand je comprends que vous jugez. Quand vous jugez l’existence, j’ai peur et je pleure dedans. Le jugement des faibles... Pourtant, j’aime les autres passionnément. Je crois que rien qu’un instant, je pourrais aimer quelqu’un aussi fort que dans toute une vie. Je donnerais mon corps, mon âme et tout mon amour rien qu’une seule fois. Une seule fois ? Rien qu’une seule fois. Mais je reste silencieux...
Silence...

Un jour... quelqu’un se penchera sur ton existence... fragile. Tu aimeras ?... J’aimerai...

SABUCCO - 2003


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