L'Anarchiste
(extrait)
Recueil de poésies noires par Roland Michel Tremblay



Préface

Après la rencontre d'Anne Hébert à Paris, un retour à la poésie s'imposait. Alors que Roland Michel en était au désespoir absolu à son retour d'Europe, n'ayant ni emploi, ni études en cours, ni de vie affective et amoureuse, sans endroit où demeurer après ses escales à Jonquière, New York et Toronto, il s'est mis à écrire le plus dur des recueils de poésie: L'Anarchiste. L'Anarchiste, commencé à New York, qui a pris forme à Toronto, qui a été continué à son retour à Londres puis terminé alors qu'il avait emménagé à Bruxelles, a été curieusement le premier de ses écrits qui ait été publié, trois fois en ligne. Pourtant c'est le livre de la honte, celui qu'il a aisément camouflé et évité de parler de son existence. Pour peu cette poésie noire ne serait jamais sortie de la mémoire de son ordinateur portatif. Ordinateur détruit, personne n'aurait connu son existence. "Est-ce de la poésie ?" qu'il se demandait. Tout doute s'est estompé après que des extraits moins juteux se soient retrouvés dans Poètes Québécois d'Aujourd'hui. Et aujourd'hui l'auteur s'est suffisamment distancé de l'œuvre pour la faire paraître en entier sur le site de l'Anarchiste Couronné Littérature et la faire publier chez iDLivre.

Vous pouvez aller lire, mais attention, ça vous explosera au visage et vous serez seuls responsables de la névrose qui s'ensuivra. La description qu'en fait iDLivre est très révélatrice de ce qui attend le lecteur. Plusieurs ont jeté le livre dans des poubelles publiques, d'autres ont trouvé cela dégueulasse et lui ont chanté des bêtises, mais il a toute une armée de lecteurs qui ont vraiment apprécié ce livre de poésies noires.



L'me collective décomposée

Pervers animal qui connaît tout de l'univers du sexe
Je t'ai bien pénétré, je me souviens
Cela fait de moi un pervers également
Ne sommes-nous pas heureux ensemble
Dans les bas-fonds, à se débattre
Pour arriver nulle part
C'est beau la vie lorsqu'il n'y a que la perversité
Pour nous guider vers les hautes sphères de ce monde
Car par toi et par eux j'atteins de front la conscience humaine
Qu'elle observe, qu'elle se reconnaisse, qu'elle meurt avec nous
L'âme collective est aussi pourrie que notre âme
Car nous en sommes le produit


Ni Foi Ni Espoir

Ah, il faut vider mon cœur
De toute la pourriture qu'il contient
Je suis loin de la plénitude et de la paix intérieure
Je souhaite mourir autant que tuer
Aucune lumière à l'horizon
Pourtant je connais les philosophies mystiques
Je sais comment atteindre la spiritualité
Découvrir Dieu
Mais c'est tout intellectuel
Rien ne vient du coeur
Je suis incapable d'amour
Mais capable de mort
Ma sensibilité ne sert de rien
La violence de mes idées détruit l'humanité
Ni foi ni espoir


Allons à la messe ce dimanche !

Je suis entré à l'église ce dimanche
J'avais un Prions en l'église dernière édition
J'ai embrassé la foule, accomplissant ma destinée
Rendant service à ceux qui avaient besoin d'amour
Le curé souriait à pleines dents, il jouissait de cette messe joyeuse
Il m'a remercié et m'a absous de mes péchés
Absolution, rien n'est si grave que Dieu ne pardonne

Je suis entré à l'église ce dimanche
J'avais un fusil dernier modèle
J'ai tiré sur la foule, accomplissant ma destinée
Rendant service à ceux qui ne voyaient plus clair
Le curé souriait à pleines dents, il jouissait de cette messe mortuaire
Il m'a remercié et m'a absous de mes péchés
Absolution, rien n'est si grave que Dieu ne pardonne


Je vais vous dire ce qui est normal moi

C'est la vérité telle que vous ne la connaîtrez jamais
C'est les infidélités en série autant chez les femmes que chez les hommes
C'est un dégoût de la vie si marqué qu'il faut une pharmacie pleine de médicaments pour s'en sortir
C'est les séparations, les divorces, les dépressions, les avortements
C'est les amours éphémères avec le cul au premier plan
C'est une bonne bouteille de Scotch ou de Cognac
C'est un paquet de cigarettes avec un beau gros cancer qui nous ronge les tripes
C'est la mort inexpliquée au coin de la rue pour mille et une raisons
C'est une lutte pour le pouvoir et l'argent que personne ne remportera en bout de ligne
C'est une bitch supérieure dans la hiérarchie sociale qui pense tout savoir et qui te fait une morale infernale
C'est la prostituée qui vient de se faire sauter par un homme d'affaires et qui se meurt d'une surdose de coke
C'est un groupement de névrosés qui se rencontrent pour amplifier leur mal
C'est le pape qui raconte tout le contraire de ce qu'il pense au nom d'on ne sait quoi
C'est un pays qui appartient à quelques riches compagnies
C'est des vies qui appartiennent à des banques
C'est l'hypocrisie omniprésente
C'est l'esclavage institutionnalisé
C'est la corruption politique à tous les niveaux
C'est Dieu mort et enterré


Mais c'est commun ici à New York

Je n'étais pas sitôt débarqué dans la grande ville américaine que déjà nous faisions l'amour dans un taxi
"Mais c'est commun ici à New York"
Puis nous sommes sortis où ça a tourné en orgie,
tout le monde qui jouissait autour
"Mais c'est commun ici à New York"
Puis nous avons rencontré un chirurgien-médecin de soixante-dix ans qui nous a offert de faire l'amour à trois
"Mais c'est commun ici à New York"
Puis j'ai rencontré la centaine de personnes avec qui tu as couché depuis un an
"Mais c'est commun ici à New York"
Puis j'ai vu tes soixante cartes de crédit aux plafonds explosés
"Mais c'est commun ici à New York"
Pour toi j'ai travaillé dans un restaurant de la maffia où les rats et les bestioles pullulaient
"Mais c'est commun ici à New York"
J'ai rencontré ton ami psychiatre, il m'a prescrit des pilules étonnantes
"Mais c'est commun ici à New York"
Avec toi j'ai attrapé plusieurs maladies transmissibles sexuellement
"Mais c'est commun ici à New York"
Je t'ai même sauvé d'une tentative de suicide aux drogues alors que tu crachais du sang
"Mais c'est commun ici à New York"
Pour toutes ces choses, je t'aime
"Ah bien ça ce n'est pas commun à New York"


Flush tout ça dans les toilettes

Hier, n'ayant plus rien à manger ni endroit où aller, je me suis mis en quête d'un emploi
J'ai trouvé les trois plus grands édifices de la ville dépassant les cinquante étages

Sur le premier c'était écrit Banque de quelque chose
— Bonjour monsieur, ayant vu l'incroyable bâtiment et les milliers d'emplois que vous avez, je suis venu
"Mais mon garçon, c'est sérieux ici, on travaille fort"
— Ah ? Et que faites-vous ? J'ai faim et j'ai besoin d'un endroit où dormir.
"Eh bien on s'occupe de gérer l'argent de tout le monde, on brasse l'économie"
— Ah ? Pouvez-vous m'expliquer ce que veut dire gérer l'argent et brasser l'économie ?
Le peuple a-t-il vraiment besoin d'investir autant pour faire gérer son argent et brasser son économie ?
"À la porte ! crétin ignorant qui ne comprend rien à nos sociétés modernes !"

Le deuxième gigantesque édifice avait le nom de quelque chose Mutual Life
"Ici on vend des assurances, des caisses de retraite, des bons du Trésor, des formalités multiples"
— Mais, c'est du vent que vous vendez ! Et vous facturez cher pour ce vent ?
"Comment du vent ? Insolant !
Tous les papiers que l'on vend sont légaux et essentiels !
Ils sont réglés par les meilleurs professionnels, ils sont donc onéreux !
Il y a 25 000 personnes qui travaillent dans cet édifice !"
— Quoi ? 25 000 professionnels payés grassement pour remplir et classer des papiers ?
"Dehors jeune innocent encore non initié au vrai monde, au grand monde sérieux de nos sociétés!"

Le troisième gigantesque édifice était rempli d'avocats à ras bord, ça débordait par les fenêtres du haut
— Je voudrais un avocat tout de suite pour m'aider à comprendre mes droits et mes libertés dans ces sociétés
"Combien d'argent as-tu mon jeune ami ?"
— Un dollar, voyez comme elle est belle la reine sur mon dollar...
"Dehors jeune effronté !
Il t'en faudrait 500 000 de ces dollars pour te payer un avocat !
Et encore, à ce prix, ce serait un avocat pourri !"
Pauvre innocent que je suis, j'ai dû manquer le bateau


Dieu m'aime !

Vite vite je suis descendu dans les affres d'un club new-yorkais très noir
On m'a injecté quelque chose qui m'a ramené en surface tout aussitôt
Même plus haut qu'en surface, j'ai voyagé dans l'espace
Des anges me tournaient autour, ainsi qu'une quantité innombrable de Vierges
Maries
Que je me sentais bien !
Plénitude absolue que seul un vrai spirituel peut atteindre
Je me suis retrouvé face à face avec Dieu
Dieu m'a dit :
Je t'aime !
Cela m'est venu comme une grande bouffée d'air frais, j'en suis demeuré sidéré
Après être revenu sur la terre, j'ai pris l'avion pour aller voir mes amis et leur annoncer la bonne nouvelle :
Dieu m'aime !
Ils ont appelé la police et je me suis retrouvé dans un asile pour fous aliénés mentaux pendant quelques jours
J'y ai subi une cure de désintoxication totale (bien que l'on m'ait prescrit d'autres drogues)
Maintenant je vois clair :
Dieu ne m'aime pas !


J'ai pissé sur la Sorbonne

Ça sonne aux cloches de la Sorbonne
C'est le jour où j'ai tout coulé mes cours
La journée où j'ai tout abandonné
Alors je me suis saoulé comme un sauté
J'ai bu du vin jusqu'à l'abus
J'ai brûlé tous mes papiers
Mes notes ont pris la porte
J'ai couru dans les rues
Saint-Germain, Saint-Michel
À la place de la Sorbonne, je suis devenu de glace
J'ai dézippé, j'ai pissé
Eh oui, je pisse sur la Sorbonne, mais ce n'est rien,
Il me faudrait chier sur cette Sorbonne


Je suis un irresponsable

Je suis incapable de garder un emploi
Il m'est impossible de demeurer en place
Je suce le sang des gens jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien
Je trouve sans cesse le moyen de prendre l'avion
Je ne fous absolument rien de mes journées
Je cherche l'affection au coin de la rue
Je dépense entièrement tout l'argent qui a le malheur de se rendre dans mes poches

Je méprise tout le monde sans exception
Je méprise tout sans exception
La vie pour moi n'a aucune signification
Je célèbre la mort dans mes temps libres
Je bois de l'alcool comme on boit de l'eau
Je fume ce qui n'est pas permis dans certains pays
Je fais bien pire encore, mais je sais me taire lorsqu'il le faut
Je suis un irresponsable
Mais je vis à plein


Je vis dans les extrêmes

Comme dans chaque chose qui compose ce monde, il n'y a pas de juste milieu
Tout va très bien ou tout va très mal
Moi je réponds par l'extrême
Ou bien je jouis à plein jusqu'à en crever de bonheur (parfois juste à voir un escargot se promener)
Ou bien je veux mourir noyé dans l'alcool (parfois juste à voir un escargot écrasé mort sur le bord du chemin)
Moi je vous décroche la lune ou je vous enterre après vous avoir décapité
Je suis à la diète complète, ou je mange comme un porc jusqu'à ce que ça pète
Je m'amuse sur les bords de la falaise, mais parfois j'ai besoin d'une pièce sombre fermée hermétiquement
J'aime à la folie, ou je rejette violemment
J'insulte et je perds tous mes amis, ou je leur lance trop de fleurs, tant qu'ils ne peuvent l'endurer
J'accomplis une action avec toute mon attention vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ou je ne fais rien du tout
Je voudrais sauver l'humanité entière, mais parfois j'exterminerais toute vie de cette planète
Je suis un extrémiste
Comme dans chaque chose qui compose ce monde, il n'y a pas de juste milieu
Tout va très bien ou tout va très mal


À partir du moment où...

À partir du moment où...
Tu ne vaux plus rien et que c'est écrit dans le ciel
Que tu as tout raté et que tu n'as plus d'avenir
Que tout le monde t'a rejeté, parents et amour de ta vie
Que tu n'as plus rien à manger et que par miracle tu as survécu jusqu'ici
Que tu es perdu à cinq heures du matin en plein
milieu d'un centre-ville avec nulle part où aller dormir
Alors la vraie vie commence
Celle où tu n'as plus aucun complexe, aucune pudeur,
aucune morale, aucune valeur déphasée
Sans compte à rendre à personne
Alors je m'en permets jusqu'à en mourir
Je sacre le camp à Londres
Je sors, je bois, je fume, je prends des drogues, je découche à tort et à travers
Et lorsque je suis perdu dans l'Underground qui m'emmène vers le centre,
je jouis !
Je jouis de mon entière liberté
Je suis loin de tous ces gens qui affirment que c'est ainsi que les choses doivent être,

et non comme ça
Je suis loin de ceux qui vivent dans le passé sans rien espérer de l'avenir,
sans même regarder le présent
Eh bien moi je n'ai jamais autant vécu qu'au présent
À partir du moment où plus rien de ce que tu as connu n'existe, la vie commence


Fucking Immigrant

En France ils ont compris, ils m'ont mis à la porte avec interdiction de revenir (sauf comme touriste dépensier)
Aux États-Unis c'est la même chose, seule la main-d'œuvre spécialisée peut traverser la frontière
Heureusement que l'Angleterre, forte de son histoire, m'accueille à bras fermés
Alors je débarque à Londres et je n'ai droit à rien
Aucune aide à recevoir de personne, aucune assurance
Je dois me contenter des pires emplois sur le marché
Je dois me battre pour mon droit à la survie
Confronter ceux qui disent que je vole l'argent des Anglais
Il faut être motivé et romantique pour sacrifier le bien-être et la facilité
pour s'offrir le titre misérable de Fucking Immigrant et la merde qui vient avec
Je suis peut-être un sale immigrant,
mais je souffre en conséquence et je jouis dans ma misère
Pas de pitié pour les Anglais, ils n'ont qu'à se battre s'ils veulent mon emploi qui ne paie de toute manière pas
Je suis un Fucking Immigrant and I like it !


C'est beau l'amour

Ça fait quatre ans que nous sommes en amour par-dessus la tête
On ne se comprend plus, nous tentons d'être fidèles l'un à l'autre
On se cuisine de bons petits plats, soupe aux brocolis sautés à la crème, charlottes au sirop d'érable
On dort ensemble dans un lit queen size, à peine si on ronfle en dormant
Nous sortons ensemble au cinéma, nous faisons ensemble nos courses
Tout le monde connaît notre relation et l'accepte dans la joie
La vie ne saurait être plus belle
Mais... où s'est-on rencontré ?
Ce que personne ne sait, c'est que l'on s'est rencontré dans les toilettes d'un bar de la ville
Il n'y a pas plus romantique
Un club très noir rempli de fumée, il était deux heures du matin environ
J'arrivais à peine, j'étais déjà saoul
J'avais fumé des choses peu catholiques, je ne voyais plus clair
Tu m'as déposé chez moi en disant que l'on se reverrait peut-être à la fin de ton semestre d'études
Je t'ai refilé un faux numéro de téléphone
Toi tu m'as refilé des crabes dans le premier mois de notre relation
Et puis aujourd'hui c'est mort cet amour
Il ne reste que les plus mauvais moments dans mon cerveau
J'ai longtemps souhaité ta mort
Chaque année tu m'as planté là pour aller voir partout ailleurs
Les copains avec qui tu couchais venaient sonner à la porte de
l'appartement, tu es une belle salope
Aujourd'hui je me sens libéré comme c'est indescriptible
C'est beau l'amour...


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http://www.idlivre.com/oeuvre.cfm?Ref=65
Ou sur le site de l'Anarchiste Couronné :
http://www.anarchistecouronne.com/ANARFRAN.htm