La réclusion et le prononcé de la sentence
suivi de "La nuit où Christina Chambers a dormi chez Dave Bower"
de Richard Cloutier



Périr en ce lieu, à l’intérieur d’une salle close envahie d’humidité. Le vide contribue à l’ampleur du délire. Loin de tous, étrange et surveillé, Wayne Burnett balaye les larmes qui réchauffent à peine ses joues. Les démons dévorant son âme n’ont de cesse. Des bruits se bousculent dans sa tête, résolus à éveiller cette conscience qui sommeille en lui.

Le corps traversé de secousses et de tremblements, trahi par ses pairs, il gémit plaintivement de colère contre les attaches et les murs qui le tiennent captif. Ces chocs qui brûlent son corps et atteignent son âme dans son essence, ne viennent pas à bout de sa volonté. De son désir de survie. Ils n’accentuent en vérité que sa folie vengeresse. Son esprit violenté à outrance comprend néanmoins l’inexorable.

Dehors, le vent se brise. Éclairées par de vagues lueurs, de nombreuses plaies sont ouvertes, maculées de sang. Il fait froid et les rues sont vides. Comme combien d’autres fois. L’adresse est la bonne. Marcus Hammer pousse la porte qui s’ouvre sans peine. Il entre et arpente un couloir, accède à une large salle. Bientôt les murs l’enferment comme dans une cage.

Atmosphère délirante. Hors de toute réalité, de tout contexte. Lieu fou et horrifiant. Hammer regarde le type couché dans un coin, convulsé. Son visage est monstrueux. Son corps bouge par spasmes irréguliers.

Cette funeste insistance devrait réjouir Hammer et pourtant, il veut ce qu’on lui doit. Son regard marqué de haine observe le corps abandonné de Wayne Burnett, sur lequel il remarque cependant le formidable pouvoir de mutantisme des êtres humains.

Malgré les détritus jonchés pêle-mêle, la pièce est vide. Marcus Hammer convient donc d’abandonner le type à ces démons qui en définitive, sont beaucoup plus féroces que lui. Avant de quitter, il regarde une dernière fois l’individu, qui n’existe finalement plus que par son œil.

La nuit où Christina Chambers a dormi chez Dave Bower

Le taxi les dépose devant la maison. Dave Bower passe son bras autour des épaules de la femme qui l'accompagne. Ils marchent vers l’escalier, s'arrêtent devant. Christina Chambers se tourne et regarde ce grand gaillard près d'elle, aux cheveux blonds et courts. Sa main se pose sur la nuque de Bower, qu'elle tire à elle. Ils s'embrassent longuement tandis qu'il la serre contre lui. Le manège recommence de nouveau, plus intensément, jusqu'à ce qu'ils grimpent les escaliers.

Dave Bower a trouvé refuge au premier plancher d'une vieille maison d’Ottawa. Dans un quartier dortoir du centre sud. Son royaume s'étale à travers sept pièces plutôt vastes, encombrées de statuettes et de sculptures. Bower est un amateur. Son salon, sa bibliothèque, son boudoir surtout en son remplis. Le couple se rend directement à la chambre.

Les heures passent et finalement, somnolent, étendu sur son lit, Dave Bower évoque sa soirée de la veille puis s’éveille complètement. Christina Chambers, écrasée à côté de lui dort toujours. Il la regarde et celle-ci lui apparaît encore davantage sous les traits d’un être fragile. À peine bouleversé, amer, ce délinquant notoire désavoué par sa famille l’empoigne par le cou, de façon violente, jusqu’à ce qu’il lui ai complètement vidé le cœur. Dave Bower abandonne finalement la dépouille pour courir pleurer sous la douche.


Richard Cloutier
170, des Saphirs
Ile Perrot (Québec) J7V 9J7
netboxequebec@yahoo.com

Notice biographique

Richard Cloutier s’est fait connaître comme propriétaire et éditeur du périodique littéraire Cité Calonne. Il a publié de nombreuses nouvelles, dont un recueil L’amour malheureux (1996) à propos duquel Paul Van Melle de la revue belge L’Inédit a écrit : « Lorsque Richard Cloutier écrit des nouvelles… il les écrit le plus souvent comme d’autres écrivent des poèmes. Avec une liberté de ton et d’images où le sujet se précise ou s’efface avec la même facilité. »

Né à Montréal en 1969, Richard Cloutier est administrateur agréé, membre associé de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, travaille en marketing et est correspondant pour un site européen spécialisé dans l’actualité mondiale de la boxe.



Notice bibliographique

Nouvelles – poésies (ouvrage)
L’amour malheureux, Éditions Continentales, 1996, Québec, 96p.
Turlute, Passeport pour l’imaginaire (collectif), CÉGEP André-Laurendeau, mai 1990, Québec, p.56

Nouvelles – poésies (périodique)
Les quais, La lettre de Jean Hautepierre, #11, 3e trimestre 1997, France, p.11
La venue du règne, Miniature (anthologie périodique de science fiction et de littérature fantastique européenne), n. série #3 (#31), juillet 1997, France, p.34
Les passagers en direction de Belo Horizonte…, Europoésie, #17, juin 1997, France, p.7
Par-delà la correspondance de Nick Wilensky, L’Inédit, #112, mai 1997, Belgique, p.16
Chaud juillet, Parcours, #2, avril 1997, Québec, p.1
Le sanctuaire, Europoésie, #15, novembre 1996, France, p.11
Ballade au parc, Micronos, #24, octobre 1996, France, p.30
Pour la photo d’une femme, Liesse, vol. 1, #3, juillet-août 1996, Québec, p.6
Opium, Liesse, vol. 1, #3, juillet-août 1996, Québec, p. 8
Le destin tragique de Dean Washington, Micronos, #23, juillet 1996, France, p. 30 (illustrée par Brigitte Ballard, p.31)
Fantasmagorie nocturne, Micronos, #13, février 1994, France, p.20
Le long cortège des déneigeurs de la nuit, Horrifique, #6, novembre 1993, Québec, p.52

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