Le crapaud, la princesse et l'homme en noir
de Renaud



Réveil toujours aussi difficile pour notre princesse, lentement deux des quatre pieds présents dans le lit commencent à remuer, un soupir, princesse n' est pas toute seule.
La caricature de prince charmant est aussi réveillée, sa main bouge il tente une caresse sur la fine peau de princesse, la réponse est sèche, immédiate "va t'en". Faux prince ne comprend pas, aperçoit des coulées de sang dans le lit, se dit qu'il vaut mieux ne pas insister, se lève, s' habille, timide "au revoir", se casse.

Princesse s'assoit sur le lit, garde le drap autour de ses épaules, lentement se lève, on devine ses formes sous le drap, hanche, cuisse, épaule, poitrine, dos, corps de rêve qui permet à notre petite princesse nymphomane de s' envoyer des minots de 10 ans de moins qu'elle.
Quelques pas, très fin, très lent, princesse profite des caresses que lui procurent les différents tissus jonchant le sol.

Entrée dans la salle de bain, les chauffages sont tous allumés, princesse n'aime pas avoir froid, le drap toujours autour des épaules, la douche s'allume, princesse frileuse attend que l'eau se réchauffe.

Une princesse s'est réveillée, un homme habillé de noir au visage caché s'est couché, il a éteint ses bougies, rangé dessins et manuscrit sur lesquels il a travaillé toute la nuit s'est allongé, figé, endormi ? peut être, ou parti ailleurs simplement.

Avant de repartir chez notre belle princesse, nous allons passer voir le troisième personnage de notre histoire, le crapaud. Adossé contre le mur de son appartement, crapaud se masturbe en pensant aux jambes de sa belle voisine. Eh bien crapaud, c'est la troisième fois depuis ton réveil, c'est rare de voir des personnes aussi frustrées que toi. Tu l' écoutes, hein ? petit pervers, misérable crapaud, elle est sous sa douche ? tu entends les bruits d'eau qui coule, tu imagines son corps sous l'eau, ses cheveux trempés, ses mains, caressant sa peau, tes mains effleurant sa peau... allez crapaud tu va y arriver.

Laissons un instant notre petit crapaud pervers à ses plaisirs solitaires, (ouah, les rimes) retournons voir princesse.

La scène est beaucoup plus belle, mais reste étrange, princesse a gardé son drap sur les épaules et semble hésiter devant l' eau qui coule.
Elle rentre tout doucement dans la douche, d'abord les pieds, un instant, puis les jambes, un instant, puis le corps en entier, le drap qu' elle tient toujours aussi fort commence à laisser passer l' eau sur son dos, que caches tu princesse ? pourquoi ne découvres tu pas ton dos, qu'est ce que tu ne veux pas que l'on voit, qu'est ce que tu ne veux pas voir ?
Le bruit d'une plaie qui se rouvre, une coulée de sang glisse le long de tes jambes... le drap tombe, l'eau pénètre tes plaies, tu hurles...
Princesse s'écroule sous le jet de la douche, et laisse l'eau nettoyer ces étranges cicatrices, dessins de sang, symétriquement parfaits, qui font couler les larmes de notre princesse lacérée.

Pleure princesse, pleure, peut-être cela te soulagera, mais tes yeux reflètent plus l'incompréhension que la douleur, tu n'as pas vraiment mal, mais tu es morte de peur. Ne te noies pas dans tes sanglots princesse, ressaisis toi. Nous devons te laisser un instant, ma curiosité me pousse à aller voir où en est le crapaud, ne t' inquiète pas nous revenons vite.

Petit crapaud est en train de trembler, il a jouit, les cris de sa voisine sous la douche l'ont achevé, corps et esprit se sont emballés. Il est à genoux, de la semence plein les doigts, les cris de sa voisine et le bruit de l'eau qui coule résonne encore dans sa tête, viens s'y mêler le bruit de ses dents qui claquent.
Relève toi petit crapaud, vite, dans peu de temps ta voisine va sortir de son appartement, toi comme un batracien tu attendras devant ton perron et peut-être que cette fois tu auras le courage de lui parler, courage crapaud, tu es si laid, si attendrissant... un bruit, c'est sa porte, elle sort.

Princesse a fini de pleurer, dans son salon elle est nue, dos au miroir, miroir qui est fracassé. Des bouts de verre aiguisés y sont encore accrochés, tu essayes de regarder ces signes princesse, cela va être dur, ce n'est pas la première fois que ton dos est lacéré, il laisse apparaître des cicatrices plus anciennes, que se passe t'il princesse maudite ? quel est ce mal qui te frappe ?
Un instant tu restes dos à ce miroir, as-tu au moins remarqué qu'il était brisé ? peu t'importe.
Ressaisis toi princesse, la vie quotidienne t' attend.

Un moment

Maintenant tu es prête, tes quelques linges recouvrent ton corps, un maquillage léger cache tes cernes, ta main sur la porte, la poignée tourne, tu sors de l'appartement.
Brève rencontre avec ton voisin, personnage minuscule, ridicule, tu fais semblant de ne pas le voir, pas un regard, pas un sourire, pas un bonjour. Princesse odieuse, pour qui te prends tu ?

Désolé mon petit crapaud, ce n'est pas encore pour aujourd'hui, mais peut-être devrais tu prendre les devants au lieu d'attendre que ta belle peste de voisine t'adresse un sourire, laisse lui un mot sous la porte, invite la à boire un verre, ou tout simplement dis lui bonjour.
Ou... dis lui que tu te branles dix fois par jour en pensant à elle, que tu la suis, que tu la photographies en cachette, que tu bandes dés que tu l'entends marcher... çà la fera peut-être sourire.
Excuse moi crapaud, je suis méchant, allez retourne dans ta mare avec tes collègues insectes des marais, va croasser, va travailler, fais ce que tu veux, nous t'attendons ce soir, ta vie hors cet immeuble ne m'intéresse pas.

En attendant le retour de notre couple féerique, partons revoir le mystérieux homme en noir.
Absent. Fouillons.
Bougie, grimoire aux belles écritures gothiques, dessins de corps, de dos, dessins de symboles, symétrie parfaite, symbole déjà aperçu, sur le dos de notre princesse.
Des liens entourent nos deux personnages; mystérieux homme en noir, délivre nous tes secrets.

Attendons dans le couloir que l'un de nos personnages revienne, profitons en pour faire le point.

Crapaud est obsédé par sa voisine, la princesse qui elle n'en a rien foutre de sa gueule, elle est plutôt préoccupée par les cicatrices qui apparaissent sur son dos quelquefois au petit matin, cicatrices dont nous ignorons la provenance, mais on sait qu'un certain homme en noir pourrait nous renseigner sur ces mystérieuses apparitions.

Bref, la situation, n'a rien de critique.

J' entends crapaud qui revient du travail, le temps passe vite lorsqu'il n'y a personne à observer.
Il tire une sale gueule, mauvaise journée crapaud ? Il rentre dans son appart', ferme la porte, et colle son oeil au judas. Ses lèvres remues, mais aucun mot ne sort de sa bouche, crapaud m'inquiète.

Attends crapaud, calme, elle va arriver ta princesse, un peu de patience.
Elle est un peu bizarre en ce moment tu sais, comprends la, peut-être qu' elle voulait se changer les idées, et arrête de baver BORDEL.

Tu la vois arriver, enfin, tu bandes mon salaud, elle a les bras chargés de paquets. Qu'attends tu ? sors de ton appart', va l'aider.

C'est bien crapaud, nous assistons au premier échange de regard entre nos deux personnages. Crapaud attrape les paquets, la princesse ouvre la porte, les deux personnages entrent dans la demeure royale, crapaud est aux anges, et si on tend l' oreille on peut entendre un timide "merci" émaner des lèvres de la princesse. Ce mot n' échappe pas au oreilles du crapaud, il résonne dans sa tête, c'est la première fois qu'elle lui adresse la parole, un geste de la tête en signe d' acquiescement et le crapaud s' en va de la façon la plus royale possible du château de la princesse.
Quel courage crapaud, mais tu n'en peux plus n'est ce pas, trop d'émotion ?

Vicieux petit crapaud rentre chez lui, l'odeur de la princesse déchaîne en lui une passion mortelle, il tremble, baisse son pantalon, sors son 'bitogno', commence à se masturber, cri, tombe.

Princesse a rangé ses paquets, elle a déjà oublié son voisin le batracien (toujours pour la rime).

L' homme en noir est revenu, allongé par terre, il se lève éteint les lumières, allume ses bougies... lentement.

Princesse ne prend même pas la peine de déballer ses colis, elle éteint les lumières, allume des bougies... lentement, elle tremble, se met face à son miroir brisé, tombe le visage sur le tapis.

L' homme en noir commence ses dessins, symbole de haine et d' amour, murmure quelque mots, tu aimes notre princesse, n'est ce pas ? tu la maudis...

Princesse rêve... un miroir géant, qui ne lui renvoie pas son image, elle sait... tant qu' elle ne se sera pas mis dos à celui ci, il ne lui renverra pas son image.
Ne cède pas princesse, reste face à ce miroir, ne te tournes pas... un crapaud géant et un homme vêtu de noir arrivent, ils marchent vers la princesse, l' attrapent par les bras, la forcent à se retourner.
Le miroir s' avance vers ce corps de statue grecque et commence à refléter l'image de son dos, princesse souffre c'est comme si le miroir pénétrait directement sa chair.
Une ligne de sang coule le long de sa jambe, princesse se fait lacérer, les dessins de l'homme en noir s' inscrivent sur sa peau...

La main de l' homme en noir continue ses tracés, ses gestes sont sûrs.
Le rêve de notre princesse est de plus en plus sanglant, les symboles prennent forme sur son dos, elle souffre, la scène dure plusieurs heures...

Monsieur qui fait peur habillé en noir, s' arrête, il a fini son dessin. Du sang coule de sa bouche, ses mains deviennent pâles, il s'écroule la tête en avant.

Crapaud se relève, la tête sur son bureau, il ne comprend plus rien. Des dessins sont étalés devant lui, des symboles qui lui rappellent vaguement quelque chose.
Il enlève sa capuche, éteint toutes les bougies qu' il ne se souvient pas avoir allumées et va, tout naturellement, coller son oreille contre le mur mitoyen de sa si belle voisine.


Il l'entend, elle gémit, elle se réveille...
Dans son lit, princesse a fait un terrible cauchemar, elle n'ose pas se relever. Oui princesse, tu portes les traces de ton rêve sur le dos, ton lit est taché de sang.
Ce n'est pas la première fois que tu fais ce rêve, mais il n'avait jamais été aussi précis et les stigmates n'avaient jamais été aussi virulents.
Qu'est ce qui a provoqué cette violence, princesse ?
Peut-être un évènement dans la journée.
Tu ne te souviens pas ?
Cherche plus ?
Quelque chose auquel tu n'avais jamais fais attention auparavant ?
Ou... quelqu'un auquel tu n'avais jamais fais attention auparavant ?

Çà ne sert à rien de pleurer, relève toi, va voir dans ta salle de bain, une autre surprise t'attend.
Le grand miroir est en miettes, les morceaux sont éparpillés partout sur le sol.
Tu t' agenouilles, commences à ramasser les morceaux, les rassemblent, tes mains se coupent mais tu t' en fous, princesse a perdu les pédales.
Qu' est ce que tu fais? tu n' arriveras pas à réparer ton miroir... les morceaux de verres s'alignent, s' assemblent, le miroir commence à reprendre forme.
Tu t' arrêtes, un sourire effrayé aux lèvres. Qu' as tu découvert princesse ? n' avais tu jamais vu ton reflet, qu' est ce qui te glace le sang (glace, miroir, miroir, glace.. compris ) à ce point.
Crie princesse, crie. Plus fort.

CRAPAUD, ou homme en noir comme tu veux, ta voisine crie, la princesse appelle son prince charmant . Cours crapaud, sort de ton appartement, cours, rentre dans le sien, stop, il n'y a plus de cris.
Regarde, ce n'est pas la princesse allongée dans la salle de bain le visage contre un miroir brisé, c'est un homme habillé tout en noir.

Tu te penches vers lui, vers sa capuche, allez crapaud, courage, regarde son visage.
Tiens tu trembles, qu'y a t' il crapaud, qu'as tu vu, montre nous.
Doucement crapaud, calme.
Maître crapaud pris d'un accès de fureur, arrache la cape de l'homme allongé.
Crapaud, cet homme...c'est....c'est.... tin tin tin tin.
Bééééé c'est toi, et oui p'tit batracien, ah, çà te surprend. Et ce dos lacéré dans tous les sens... oui, c'est bien le tien crapaud, hola, çà ne va plus hein, bon bin tombe dans les pommes, c'est ce que tu as de mieux à faire.
En tombant, ton visage se rapproche du miroir, par terre. Regarde une dernière fois ce visage crapaud, oui c'est bien le tien, beau visage n' est ce pas. Tu es surpris, un visage tellement féminin auquel tu as pensé tellement de fois en te masturbant.

Alors skizo-princesse serais tu tombée amoureuse...de toi?

FIN

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