La maison
de Quentin Saint-Georges



Frank part à pied au lycée. Il est environ 7 heures du matin. Il fait noir. Il traverse les petites rues qui mènent à son lycée. Il s'engage dans une rue courte, mais large. Peu de voitures passent à cette heure. Frank longe les maisons à deux étages collées les unes aux autres. Aucun étudiant ne passe dans cette rue. Frank aime partir tôt de chez lui pour se balader dans les endroits sombres. Il aime l'obscurité. En essayant de marcher à peu près normalement entre les déchets en tous genres qui jonchent le sol, Frank entend un léger craquement. Il s'arrête et recule. De petits éclats de verre, luisants sous la faible lumière jaune des réverbères, sont étalés sur toute la largeur du trottoir et dans le caniveau. Malgré l'obscurité ambiante, Frank distingue une curieuse tache, apparemment noire, de plus d'un mètre de diamètre. Instinctivement, Frank lève la tête pour regarder la maison. Il remarque bien une fenêtre au dessus, mais intacte. C'est la seule à ne pas avoir les volets fermés. Frank regarde sa montre et se remet à marcher tranquillement, distrait et pensif…

Aux environs de 18 heures, Frank décide de reprendre la rue en sens inverse, et emprunte donc le même trottoir qu'au matin. Il s'arrête de nouveau devant la tache qu'il avait remarquée quelques heures plus tôt. Les bris de verre ont disparus. La tache qui paraissait noire sousles réverbèresse révèle rouge sang sous la lumière du soleil. Frank n'y connaît pas grand-chose, mais ça a bien l'air d'être du sang. Il a vu assez de films pour pouvoir différencier le sang du ketchup. Un petit sac poubelle, fermé par une petite ficelle orange, est posé près de la porte d'entrée de la maison. Il n'y était pas ce matin. Frank s'approche de la large porte d'entrée en fer forgé, et s'empresse de regarder le nom figurant sur le bouton de la sonnette. Rien d'écrit. Frank regarde sa montre et reprend sa marche vers chez lui…

Frank part de chez lui, toujours aux environs de 7 heures du matin. Il repasse dans la rue qui l'intrigue tant. Il repasse devant la maison et s'arrête. Il lève la tête. Tous les volets sont fermés. Le petit sac poubelle n'a pas bougé. La tache de sang a noircie. Frank entend son portable sonner. Il le reconnaît tout de suite. Frank aime composer lui-même ses sonneries. La mélodie paraît étouffée. Frank cherche dans ses poches et dans son sac. Il ne le trouve pas. La mélodie se répète. Frank tend l'oreille. La sonnerie provient du sac poubelle. Il regarde autour de lui. Personne. Il ouvre le sac. Il y trouve son portable sous un ramassis de morceaux de verre et de bandelettes jaunes, semblables à celles qu'utilise la police pour délimiter un périmètre. Le téléphone sonne encore. Frank décroche.
- Oui ?
- J'appelle pour la maison.
La voix est grave et lointaine. FRANK a du mal à la distinguer.
- La maison?
- A combien est-elle estimée?
- Mais… qui est à l'appareil?
- …
Coupé. Frank range son portable et regarde la maison. Une affichette est fixée sur la façade. Il ne l'avait pas remarquée. Dessus est écris « A VENDRE ». Il y a aussi un numéro de téléphone. Le sien. Frank rentre immédiatement chez lui. Il est effrayé. Tant pis pour les cours…

Le lendemain matin, Frank revient avec son pistolet à billes. Il le charge de billes de peinture bleues. Arrivé devant la maison, il vide son chargeur sur l'affichette. Une fois la pancarte illisible, Frank recule et regarde la demeure. La maison paraît en deuil. La tache noire a disparue. Les poubelles du quartier ont été ramassées. Frank repense aux bandelettes jaunes. Elles lui rappelle quelque chose. Quelque chose d'important. Il ne s'en souvient pas. Il reprend sa route vers le lycée…

Frank a fini sa journée. Il n'a rien fait aujourd'hui. Trop intrigué. Il repasse à travers la fameuse rue et s'arrête devant la maison. Il veut y rentrer. La pancarte a été retirée. Il s'approche de la porte. Il sonne. Personne ne répond. Il s'en doutait. La porte n'est pas fermée à clé. Il rentre lentement. Il est visiblement dans le salon. Une vieille télévision est posée sur un petit meuble en bois peint. Les murs sont gris. Devant la télévision, un petit canapé vert kaki. Frank avance plus loin. Il arrive dans la cuisine. Rien, à part un évier crade, des étagères vides et poussiéreuses, et une machine à café bon marché. Une fenêtre est située au dessus du plan de travail. Frank regarde à l'extérieur. Tout paraît si loin. Le monde paraît effacé. Frank se retourne et voit quelqu'un. Frank connaît cette personne. L'individu approche. Frank se rue vers l'escalier pour lui échapper. La porte d'entrée est trop loin. L'autre le sui. Frank est dans une impasse. Rien qu'un couloir et au bout, une fenêtre. Frank s'y appuis sur le dos. L'autre approche et commence à frapper Frank au bassin. Frank a mal. Il hurle. Il croit vomir tout son sang. Les coups deviennent de plus en plus forts. Un bruit de verre fendu se fait entendre. La fenêtre sur laquelle est appuyé Frank cède. Frank tombe en arrière, sur le trottoir. Il fait noir. Il entend son corps s'écraser comme un bout de viande. Il ferme les yeux. Des lumières rouges et bleues flottent. Il se réveille en plein milieu du trottoir. Il n'a rien. Il se relève sans difficultés. Des gens de toutes sortes circulent autour de lui. Il ne se souvient de rien. Il repart un peu sonné vers son domicile. Il doit dormir. Demain, il a cours…



Quentin Saint-Georges


Sommaire