Un samedi soir sur Terre
de Pierrot Sini



Samedi soir… Dix-sept ans… Plutôt jolie… Plutôt femme pour son âge.
Samedi soir… Dix-neuf ans… Plutôt beau gosse… Plutôt vicieux pour son âge.
Elle n’a pas cours demain, ni les jours suivants d’ailleurs. L’été est là, et l’époque des sorties est arrivée avec lui. Puis c’est la première année où elle est vraiment libre. Quand elle a demandé à Papa et Maman si elle pouvait sortir avec son amie le soir même, et qu’ils lui ont répondu qu’ils n’étaient pas trop d’accord avec ça, elle leur a tout bonnement dit d’aller se faire foutre. Mais bon, elle s’est s’y prendre. Elle y a mis les formes. Et ses pauvres parents n’ont pas vraiment trouvé les mots pour la retenir, et l’ont finalement laissé sortir. Gagné !
Lui par contre, il n’a pas vraiment de problème de côté-là. Il vit encore chez ses géniteurs, mais ceux-ci le laissent vaquer librement à ses occupations. Ils se contentent simplement de le dépanner quand il a besoin d’argent, de lui laver son linge sal et de lui préparer à bouffer quand il rentre, de temps à autre. Et ce n’est que justice après tout, il travaille dur. Il va à la FAC. Et le pauvre garçon, entre ses journées acharnées de travail, a bien le droit d’avoir quelques moments de répit. Gagné !
Elle a enfin réussi à rentrer dans le night-club dont son amie lui avait tant parlé. Elle en a pourtant chié. La petite dizaine de gorilles postée à l’entrée lui a demandé sa carte d’identité pour prouver sa soit disante majorité, et quand elle leur a dit qu’elle l’avait oublié, ils n’ont pas eu l’air de vraiment la croire, et l’ont finalement laissé passer en jetant au passage un coup d’œil à son cul, qu’il faut bien avouer est plutôt joli, tout comme le reste de son corps d’ailleurs. Gagné !
Il est déjà accoudé au bar à dire bonjour à un barman qu’il connaît. Lui n’a pas vraiment eu de mal à rentrer. Il lui a suffit d’aller voir un des grands hommes en costard noir qu’il connaît. A force de venir le vendredi et le samedi, chaque semaine, physionomiste ou pas, on commence à reconnaître les gens. Il lui a demandé si ça allait, l’autre a répondu que oui et l’a laissé discrètement rentrer. Gagné !
Elle est maintenant sur la piste. Elle vient de boire deux ou trois cannettes de despe, parce que son amie lui a dit que c’était plus marrant, que t’étais plus dans le trip, après avoir bu un peu. Et là elle danse. La techno qui passe depuis déjà une heure et demie est littéralement en train de lui exploser les tympans. Mais bon, il paraît que cela permet d’être plus imprégné de la musique, alors elle sourit bêtement et commence à se sentir fatiguée. Elle commence à comprendre qu’elle est complètement déchirée, complètement… bourrée. Gagné !
Il est toujours au bar. Cela fait deux heures qu’il est là. Il a un verre de scotch dans la main gauche et une Malboro à moitié consumée dans la droite. Il est en train de se demander s’il ne va pas bientôt partir parce qu’il ne voit pas beaucoup de jeunes non accompagnées. Mais c’est là qu’il la voit, elle. Elle danse toute seule. Il n’y a aucun garçon autour d’elle, et puis elle semble déjà bien entamée. Même pas besoin de se faire chier à la faire boire. Elle s’en est déjà occupée toute seule. Gagné !
Il s’approche d’elle et commence à lui tourner autour, à se coller de plus en plus à elle. Elle ne se sent plus vraiment mais quand même assez pour le trouver plutôt beau et assez vieux pour pouvoir s’en vanter auprès de sa copine si elle sortait avec lui. Alors elle se laisse prendre au jeu. Il n’a pas besoin de bien longtemps. Il suffit qu’il ait approché son visage du sien pour qu’elle l’embrasse. Cela dure comme ça pendant quelques secondes puis il lui dit de l’accompagner dehors. Elle le suit sans réfléchir et il la fait entrer à l’arrière de sa voiture.
Au début elle avait gueulé un peu, mais ça n’a pas duré bien longtemps. Et il est maintenant plutôt content de lui. Il est en elle, et on peut même dire sans mentir qu’il est en train de la baiser. Puis il ne se sent absolument pas coupable, il n’a aucun regret. Apres tout, elle savait à quoi s’en tenir. Elle avait accepté de le suivre dehors. Elle savait ce qui l’y attendait. Il ne comptait sûrement pas jouer aux cartes avec elle. Là, il sent une décharge de plaisir l’envahir. Le petit diablotin vient de quitter son corps et plus précisément sa queue. Gagné !
Elle était déjà pas toute là, à cause de l’alcool, mais là avec le coup qu’il lui a mis sur la gueule, elle ne se sent carrément plus là du tout. Elle le sent qui entre et qui sort de son corps. Elle le sent qui la baise, comme on baise une pute la nuit sur un trottoir. De plus comme elle n’avait jamais fait ça avant, elle a atrocement mal et se sent défaillir. Là elle sens sa semence entrer au plus profond d’elle. Elle comprend qu’il est en train d’ouvrir la portière de la voiture, qu’il la pousse dehors. Elle entend la voiture partir dans un bruit lointain. Elle a honte d’elle et a une immense envie de pleurer. PERDU !

Pierrot Sini



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