La pute enchantée
de Philippe Gaillard




extrait de « Temps morts et autres nouvelles » de Philippe Gaillard, Editions Persée


Comme beaucoup, Anna était diplômée des Hautes Etudes en Sciences comparatives iconographiques, comme beaucoup, c'était à dire qu'elles étaient passées par les fourches caudines de l'Université après un mémoire de maîtrise, toutes n'ayant pas suivi le cursus d'Anna dans cette spécialité précise, spéciale. Comme beaucoup, elle n'avait pas trouvé d'emploi qui lui aurait évité de vendre son corps comme on disait ou de vendre le désir de son corps très beau contre une « passe et du papier monnaie. Elle n'avait pas accepté cette situation de précarité qui lui faisait passer de la lecture des thèses à l'affrontement physique d'une chair turgescente contre une partie de la sienne qui ne l'était jamais en pareil cas.
Un soir donc elle rencontre un client qui allait vite ne plus devenir qu'un ami et peut-être plus. Un trottoir sordide à force d'être fréquenté par elle à certaines heures de la nuit dans un quartier qu'elle n'habitait d'ailleurs pas. Des lumières et des panneaux lumineux, clignotants, du passage et des piétons rarement féminins, dans les deux sens, qui convoitaient ce qu'il y avait d'offert là à ce que l'on appelait le vice, le commerce du corps, la prostitution ou d'autres mots plus jargonesques.
Anna s'évertuait à ne pas dévoiler son corps en cette posture, on l'abordait de ce fait relativement différemment, avec plus de respect peut-être, de déférence quoiqu'en la matière c'était plutôt abstrait. Ce client l'aborda différemment, avec encore plus de respect que de coutume, puisqu'elle jouissait d'un peu plus de respect que les autres dans ce qu'il est convenu d'appeler le faux pas dans la vie d'une femme, de surcroît dans celle d'une diplômée. Elle lui sourit différemment comme elle ne le faisait jamais et ne le fit jamais autant qu'elle s'en souvenait, et elle s'en serait souvenu.
Ce client n'avait lui non plus rien à voir avec ce que la clientèle représentait, présentait chaque soir davantage de banalité, d'habitudes, de lieux communs et de pratiques au fond devenues sociologiques. Il était très chic vestimentairement, ce qui aussi devait bien représenter une certaine propreté morale. Quand elle eut refermé la porte de sa garçonnière après avoir monté, le précédant pour l'exciter théoriquement davantage lui qui ne regardait que la cage d'escalier moite et vétuste ce qu'elle remarqua en se retournant légèrement, de biais, elle comprit qu'il ne venait pas pour cette forme d'échange. Elle s'en était doutée dehors rapidement mais elle comprit sans rien dire que c'était différent. Il se présenta et lui dit que c'était sans doute terminé, qu'il avait une proposition à lui faire. Que, même si ce n'était pas le lieu ni le moment, il pouvait lui en toucher deux mots. Riche héritier, il venait de s'engager dans un projet vaste concernant l'installation d'un centre international d'art contemporain et recherchait quelqu'un sur qui se reposer. C'est le mot qu'il employa et qui les fit sourire tous les deux en même temps. Un temps passa, elle s'assit sur le rebord du lit et lui fit signe de s'asseoir sur le seul fauteuil destiné en temps normal à déposer les vêtements des hommes qui « montaient ». Il regretta de lui parler en termes de propositions et s'en excusa. Il ne savait pas où la joindre et avait appris par la bande ayant fait dépêcher un majordome qu'on pouvait la trouver là à cette heure. Il lui dit qu'il avait trouvé trace du titre de sa thèse dans des fichiers informatiques, que ça avait été très long pour la retrouver et qu'il tenait d'après les informations qu'il avait obtenues à ce que ce fut-elle qui prît le poste qu'il créait par cette fondation d'art contemporain. Il avait étudié sa thèse sur la comparativité iconographique dans les arts contemporains, l'avait fait publier, pour lui-même et s'était promis qu'il devait en trouver l'auteur coûte que coûte quitte à le trouver n'importe où il serait. Il avait tenu personnellement à se déplacer du pays étranger où il habitait, seul malgré sa fortune. Il lui tendit une cigarette d'un étui qui portait ses initiales. Elle accepta et lui tendit du feu, preuve qu'elle acceptait sa proposition. Il s'inclina et lui rappela que personne ne savait ce qu'elle faisait, qu'il s'était arrangé pour cela, dans une extrême discrétion. Ils se plaisaient et étaient gênés. Elle dit simplement :
- Vous avez vraiment bien fait de venir en personne, je commençais à désespérer. Savez-vous que je continue de travailler à mes travaux universitaires malgré ce travail ?
- Je l'ignorais, je ne m'étais qu'arrêté aux années de thèse !
- Le jour, je lis, j'étudie, je cherche des iconographies, visite les musées, les galeries, les centres d'art, épluche les revues spécialisées et prends des contacts, visite des ateliers, regarde les listings de thèses universitaires, trie, fouille ce qui me parait le plus novateur important créatif de notre époque, essaie de comparer et n'y arrive plus même si c'est un travail qui reste quelque part dans ma tête. Parfois, je me mets à pleurer subitement sans comprendre, appelle un ami psychiatre et psychanalyste qui essaie de m'encourager en me consolant au téléphone, puis je me remets à lire. A écrire plus rarement, tous les trois mois environ et n'ai toujours pas trouvé d'éditeur intéressé par mes travaux de deux mille pages environ, ayant contacté les directeurs de musée, les responsables de centre d'art, les conservateurs, les collectionneurs, les marchands, toujours par lettre.
Pour conclure, Anna afficha, comme pour se faire pardonner comme le fait une jeune fille, le plus bel air d'enchantement qui pût exister à ses yeux à lui. Ce fut sa récompense.
Il lui tendit un vêtement qu'il posa sur ses épaules, il faisait chaud, c'était le plein été. Il referma la porte derrière elle, la précéda : c'était bel et bien fini. Au bas de la sordide cage d'escalier, elle l'entoura de ses bras et l'embrassa furtivement, il lui caressa les chevaux, ça lui plut, ils se sourirent avant de partir, ils ne savaient plus très bien où d'ailleurs.
La Limousine les attendait quelque part à quatre cents mètres de cette rue tout aussi sordide que cette cage d'escalier qui lui avait permis de subsister et elle décida de lui faire connaître son domicile. Le chauffeur qui devait être le majordome de ce client ultime leur ouvrit les portières, d'abord pour elle, puis pour lui.
Ils s'engouffrèrent dans cette spacieuse limousine qui n'avait rien d'une voiture habituelle par ici et s'assirent confortablement dans les fauteuils. Il était orphelin, le lui dit, et passionné d'art contemporain n'avait trouvé son salut que dans cette connaissance, qu'au fond c'était pareil pour elle, que la même passion les avait au bout du temps réunis. Elle comprit que c'était vrai. Il lui confia que, s'il avait pu, il aurait suivi les mêmes études qu'elle au même endroit et qu'ils s'y seraient nécessairement rencontrés, ayant à peu près le même âge, même si l'âge n'aurait rien eu à faire là-dedans et que, de toute façon, l'existence était injuste. Ils allèrent dans le seizième arrondissement par les quais, remontèrent du côté du Musée de l'homme où elle était venue fréquemment chercher des éléments pour ses recherches, prirent l'avenue Paul Doumer, s'engagèrent dans Passy et prirent des rues proches de la Villa Mallat Stevens pour s'engager dans l'artère du même nom où elle résidait au fond de l'impasse dans un immeuble où des buissons sur une allée précédaient le hall d'entrée. Elle le précéda à nouveau, alluma les interrupteurs et lui ouvrit l'ascenseur. Il rentra le premier, elle referma derrière lui et appuya sur le chiffre six qui indiquait que de là-haut on devait jouir d'une belle vue sur la capitale française.
L'ascenseur s'arrêta, elle réouvrit la porte, il passa, elle referma, ils se trouvèrent dans un couloir éclairé, feutré. Ella chercha ses clefs, ouvrit son appartement et ils rentrèrent ensemble dans son appartement. C'était impeccable et encombré intelligemment : assez sobre, assez spacieux. Les fenêtres étaient ouvertes et l'on pouvait voir les rideaux légèrement ondulés par le courant d'air de la terrasse. Ils y allèrent tout de suite comme happés par la même envie. Une table d'osier, deux fauteuils dont un jonché de revues et de livres spécialisés, dont certains codés de bibliothèques, un chat endormi sur l'autre fauteuil qu'il caressa et qui ronronnait. Une vue splendide sur Paris, le Front de Seine, le quinzième et le septième avec au fond la Tour Montparnasse, un peu à gauche, plus loin le Sacré Cœur découvrant plus bas l'Opéra, la Tour Eiffel, le Dôme des Invalides. Il comprit qu'elle faisait ça pour payer son loyer et garder des conditions de travail relativement privilégiées. Ella lui dit qu'il pouvait s'asseoir en ayant hâtivement ôté les revues et les livres du premier fauteuil d'osier. Partit chercher dans le réfrigérateur une boisson fraîche et lui proposa un schweppes, qu'il n'y avait que ça et lui dit que c'était vraiment ce qu'il préférait même s'il ne buvait que de l'eau, ce qu'il précisa. Elle rit et ils partirent tous deux dans un immense éclat de rire. Il lui parla d'étudiants qu'elle avait pu connaître pendant ses études, en face de l'autre côté de ce fleuve, elle lui dit que justement elle les avait bien connus et qu'elle se demandait ce qu'ils avaient bien pu devenir, puisque le temps passant et les réponses toujours négatives ne l'avait en rien stimulée pour renouer leurs relations, c'était un souvenir commun et ça leur plut vraiment. Et un tel vous vous souvenez ? Il avait des lunettes qui lui dévoraient le visage ! Oui, il se souvenait, oui, elle se souvenait. Un d'entre eux était décédé jeune, lui apprit-il. Elle le retrouvait régulièrement au restaurant universitaire de la rue du Four, près d'un des bureaux de séminaire où ils allaient. C'était son meilleur camarade de diplôme et elle eut des larmes qui vinrent aux yeux. Il s'excusa. Puis lui dit qu'il n'y avait rien eu entre eux qu'une grande camaraderie mais que c'était dans ces deux années-là son seul complice. Ils ne se voyaient qu'une fois par semaine et s'embrassaient comme on fait en faculté : sur les joues, à la hâte, en attendant le professeur ou le maître de recherches qui parce que le métro n'était pas là a toujours un peu de retard en pareil cas contrairement aux amphithéâtres de la Sorbonne. Il lui dit que vraiment il regrettait, et que encore il regrettait du ne pas avoir suivi les études ce qui l'aurait empêchée de se trouver là-bas le soir pendant tant de temps. Il lui dit qu'il regrettait vraiment, oui qu'il regrettait et elle lui dit qu'elle aussi était orpheline, que l'appartement chic où ils étaient était son héritage et qu'elle y tenait par-dessus tout, qu'elle faisait ce travail uniquement pour continuer ses recherches même si elle n'avait plus de statut au sein de l'Université. Qu'elle achevait son doctorat d'Etat et que ça lui coûtait cher, qu'elle voulait s'inscrire pour obtenir un poste de maître de conférences afin d'obtenir une chaire et que c'était seulement pour ça qu'elle faisait ça, n'ayant rien trouvé d'autre, et que de toute façon tout la répugnait, la patience qu'elle mettait à attendre les réponses qui n'arrivaient pas forcément, les réponses négatives quand elles arrivaient, elle avait coupé tout contact avec une certaine réalité et ici seulement où elle ne recevait personne était son havre de paix, son refuge. Elle pleura vraiment et il sut qu'il n'y avait rien à faire. Il ôta de sa poche intérieure de la veste un mouchoir blanc brodé à ses initiales, lui tendit et elle le prit. Il la regarda et lui dit qu'il aurait aimé avoir une sœur comme elle, que c'était fini et que la fortune ne l'avait pas rendu heureux, que ses parents s'étaient tués sur la route en revenant d'un dîner chez des amis alors qu'ils ne sortaient jamais et que c'était eux qui recevaient, que la seule fois qu'ils s'étaient décidés à sortir, ça leur avait été fatal et que la vie était vraiment absurde et, pour finir, il lui demanda si elle voulait bien l'épouser. Elle retira le mouchoir de ses yeux, déplissa ses paupières, regarda le sol comme si elle avait été sonnée, assommée, releva son visage et ouvrit, ahurie, oui complètement ahurie, ses yeux magnifiques, dorés, en le regardant comme s'il lui avait annoncé une catastrophe. Elle bredouilla : « Mais je croyais que... » et ne put finir sa phrase. Ses sanglots étaient devenus des spasmes de joie et il comprit que c'était sa réponse, elle s'assit aussitôt sur ses genoux en lui tendant ses deux mains aux attaches si fines aux veines bleutées à la peau blanche.
- Mes parents sont morts d'un cancer tous les deux à quelques mois d'intervalle, il faut que vous le sachiez, oui, et je pense que la vie est absurde, comme vous, et j'ai envie d'avoir une vie heureuse, d'avoir des enfants, répéta-t-elle en disant que le chauffeur pouvait finir par trouver le temps long et qu'il aurait pu lui donner congé pour la nuit, le reste de la nuit.
Il dit qu'il allait rentrer, elle lui dit qu'il pouvait rester, qu'il suffisait simplement d'aller lui dire. Il sortit alors d'une de ses poches latérales un petit étui dont il tira une antenne, composa un numéro et dit au correspondant qu'il pouvait s'en aller, qu'il le rappellerait et lui souhaita une bonne nuit amicalement sur un ton autre que celui d'un seigneur à son serviteur. Elle lui sourit, ça lui plut. Elle se leva et le prit par la main, comme si elle voulait lui montrer quelque chose, elle lui montra les lumières de la ville la nuit en lui disant qu'elle préférait le jour et que c'était encore plus beau au soleil levant ou au soleil couchant, que personne ne venait plus la voir et qu'elle attendait quelqu'un, que son chat était sans doute son seul confident et qu'elle voulait garder cet endroit pour elle, en ajoutant maintenant : « pour nous ». Elle ajouta que systématiquement les amis étaient partis, avaient quitté Paris pour le travail, à cause du travail, qu'elle ne voyait plus personne avec qui une confiance aurait pu s'installer durablement et que la vie n'était pas tracée, enfant, que l'on espérait autre chose, adolescent, que l'on déchantait toujours adulte et que le mérite avec le chômage ne voulait plus rien dire. Il acquiesça, à tout. Ella lui prit la main et lui dit que c'était sans doute la plus belle ville du monde, même s'il n'y avait pas de baie comme à San Francisco d'où il était, elle l'avait compris. Il lui dit que oui et qu'il y avait moins de tremblement de terre, de cataclysme ou de catastrophe naturelle que là-bas, mais que ce n'était pas une raison pour ne pas découvrir cette ville, l'une des plus belles au monde, ajouta-t-il. Elle lui dit que c'était ce qu'elle savait, que des amis lui avaient raconté autrefois leur séjour là-bas et qu'ils en étaient revenus charmés, séduits avec l'envie d'y revenir. Il lui dit qu'il avait la chance d'avoir un avion, d'habiter là-bas une des plus belles maisons qui dominait la baie, qu'elle avait été toujours épargnée par les catastrophes climatiques et qu'il en serait sans doute toujours ainsi. Que ça ne lui rendrait certes pas ses parents et qu'elle s'y plairait, ce qui ne l'empêcherait pas de garder son domicile ici. Elle l'admira, lova sa tête contre son corps et lui chuchota que c'était son conte de fée. Il lui dit : « exactement ! »
Ils s'allongèrent sur le lit après avoir regardé, contemplé une dernière fois la vue sur la ville. Ils se dirent des mots doux et s'enlacèrent se tenant par la main, s'endormirent comme dans un rêve, se réveillèrent et se dirent des mots d'amour, sublimant leur désir profond à cause du temps passé auparavant à parler et à prolonger la nuit. Pour s'aimer physiquement, ils savaient qu'il leur restait toute leur vie désormais commune. Lui était venu chercher uniquement une collaboratrice, ne sachant pas que ce serait comme un coup de foudre. Pas exactement un coup de foudre : un enchantement. Elle ne voyait plus que lui, même en dormant, il ne voyait plus qu'elle, même en dormant. Ils se caressaient et sentaient leur présence sans oser l'au-delà des caresses, sans oser l'érotique plaisir et sans que cela fut une censure de son activité passée depuis la veille. Ils se réveillèrent ensemble pour qu'elle lui montra le soleil levant sur la capitale française. Il la suivit sur la terrasse, comme elle, nu. Ils se montrèrent sans que personne ne put les observer, l'appartement sur deux étages ne le permettant pas, escamoté sur deux paliers aux regards indiscrets des voisins amis tellement depuis longtemps qu'elle y vivait. Il y avait une terrasse visitée la veille et au-dessus une seconde terrasse en retrait où étaient disposés deux transatlantiques semblables propices à des bains de soleil comme l'un d'entre eux avait attendu le visiteur rêvé. Il était là. Ils s'y allongèrent comme pour prolonger leur sommeil. Et regardèrent le soleil et le jour se lever sur la cité. Un immense rayon doré enveloppait l'orient de la ville. Promettant un jour chaud, serein et doux, il lui caressa les aréoles, puis le pubis, elle lui caressa la poitrine, le torse, le pubis, les testicules, la verge, le gland, l'abdomen, les aisselles et ils s'embrassèrent langoureusement un peu gênés par la distance imposée par l'emplacement des deux chaises longues. Ses seins se dressèrent et sa verge imita le mouvement de ses seins. La nature retrouvait son rythme, il lui glissa la main entre ses jambes, elle lui palpa la verge turgescente en repoussant la peau pour extraire le gland en tirant fort pour qu'il sente une force externe le paralyser de bonheur et le dominer. Il la chatouilla, lui glissa les doigts dans le vagin mouillé de plaisir et elle vint sur lui, se posa doucement sans résistance sur sa verge en érection, les jambes bien écartées sur les siennes, se trémoussant lentement sur lui, se sentant palpée, sur les seins tendus, commençant à transpirer, transsuder, mouiller, jouir, lui inonder le pubis du flux de sa jouissance refoulée depuis des années. Il la prit dans ses bras, l'enlaça, l'appuya sur ses cuisses, les mains mordant ses seins, la mordant à pleine bouche sentant que son flux la pénétrait tout comme son stupre s'écoulait sur ses cuisses. Ils jouirent longtemps, puis il la posa sur la chaise longue voisine et vint sur elle pour la prendre par-dessus comme elle l'avait fait auparavant, un moment plus tôt. Il la pénétra avidement, la dévora, la lécha partout, lui mordit les aréoles et la fit jouir en même temps que lui une seconde fois, s'agitant dans son bassin, la couvrant, dans un insupportable va et vient qu'elle ne pouvait plus supporter tellement elle exultait de plaisir, comme lui. Il la fit éclater de jouissance, elle résonnait de sons inaudibles, refoulée et exubérante à la fois, il bavait comme elle langue contre langue, elle lui prit par derrière ses cuisses ses testicules qu'elle pressa le plus fort qu'elle put dans le creux de la main, il répondit par une pression des mains contre ses seins qu'elle ne put soutenir et à laquelle son corps répondit par un flux vaginal abondant qui inonda les touffes pubiennes de son mari. Ils se caressèrent, se léchèrent encore et s'endormirent enlacés malgré la difficulté des transatlantiques.
Leur petit déjeuner fut si copieux, Anna avait fini par se lever qu'ils se recouchèrent cette fois sur le grand lit de sa chambre, plus exactement, ils s'y affalèrent tout de go, elle l'avait préalablement embrassé, sucé sur ses parties génitales et anales en s'agenouillant avait présenté son postérieur offert à des cunnilingus de sa part à lui pendant qu'elle avalait son sexe dans ses lèvres qui lui inocula quelques instants plus tard son flux qu'elle but sans bruit lui offrant encore simultanément le meilleur suc qui pouvait s'échapper de son ventre. Il lui pressait les seins voulant la dévorer, l'avaler, lui mordant chaque pli de sa vulve inondée, béante, au fond de laquelle il essayait avec sa langue d'aller aussi loin que l'anatomie lui permette, l'anatomie et l'excitation des sens. Il la déplaça et l'enfourcha par derrière, humectant son anus, s'aidant de sa main, de ses doigts, le salivant pour enfouir son vit en appuyant ses mains le plus qu'il pouvait sur les seins d'Anna qui était au comble de l'exultation du plaisir humain et féminin et criait de joie en sentant s'inoculer l'éjaculation vive de son mari dont elle avait accepté sans hésiter qu'il la sodomisât. Il agitait sa croupe contre son train par des va et vient incessants et sauvages, bestiaux, qui le comprimaient en becquetant de sa gorge déployée celle d'Anna qui en redemandait encore et encore dans une rage partagée que des cris mutuels et forts traduisaient. Il mordit ensuite entre ses molaires ses aréoles toujours turgescentes en lui passant l'avant bras entre ses cuisses huilées de stupre, de sperme, de sang et d'excrément, lui partagea la vulve encore plus fort de ses doigts, s'agenouilla et l'empala, l'enfourcha à nouveau, sachant qu'ils partageaient ensemble une retenue, un refoulement de plusieurs années. Elle se retourna, le palpa, le suça, le branla si fort qu'il sentit une autre éjaculation dans ses yeux, ses narines, ses lèvres d'un membre si fort qu'elle le croqua, le prit à deux mains, le rebranla pour le téter à grosses gorgées, elle réoffrit son vagin en se retournant pour rester le vit dans sa gorge et elle lui urina dans sa gorge pendant qu'elle sentit le même liquide dans sa bouche toujours gonflée de plaisir, roucoulant littéralement, prenant gloutonnement ses testicules dans ses lèvres, les enfouissant dans sa bouche, les mordillant, les mordant alors qu'il reprenait les plis de sa vulve en lui faisant pareil. Elle ne savait plus réellement ce qu'elle faisait, elle reprenait toujours ce membre en repoussant la peau jusqu'à se faire agiter son mari pour rendre le gland plus nu, plus raide, plus violet, l'enfoncer au fond de sa gorge et sentir le sperme au goût rêche sur sa luette, l'avalant pendant qu'il reprenait de ses mains sa vulve offerte, urinante, pissante, suante, bouillonnante pour revenir remplir leurs bouches de leurs flux naturels et intimes. Ils venaient de prouver leur union, leur entente parfaite et lui ne savait exprimer sa joie autrement qu'en la prenant par-devant, par derrière, par-dessous, par-dessus, comme elle qui dansait au rythme de leur chaleur corporelle sans que personne ne guidât plus personne pour faire un seul corps, un seul acharnement. Cela avait duré tout l'après-midi, ils ne se lâchaient plus et se rendormaient un peu pour à nouveau se réunir physiquement. Ils s'aimaient, s'étaient aimés comme rarement ce doit être le cas. Il l'avait sauvée de la prostitution, elle l'avait sauvé de son deuil. Ce furent leurs noces. Comme un enchantement.
Au soleil couchant, à l'heure du réveil radio, le speaker annonça qu'une bombe avait fait plusieurs morts dans le métro Saint Michel, à dix sept heures trente, pendant qu'ils s'enrageaient d'amour physique. Il était dix heures du soir, c'était le plein été. Sa longue main appuya l'interrupteur pour tout couper. Il était en train de la laper entre ses cuisses rougies de plaisir. Par-devant, la regardant d'en bas, l'admirant dans sa jouissance, plus belle qu'il ne l'avait découverte la veille, il y avait de cela à peu près vingt-cinq heures, heure pour heure. Ses seins se dressaient à nouveau, elle l'attira vers sa tête, l'installa sur le lit et s'enfourcha sur lui, agenouillée, les cuisses écartées de part et d'autre de son corps, gigotant son bassin où s'enfouissait son gland, sa verge bandée plus encore que les fois précédentes, chialant de plaisir, appuyant sans cesse sur ses testicules qu'elle essayait d'écraser de son poids comme pour les vider une dernière fois, s'aidant de ses mains longeant ses reins et les pressant dans la paume pour sentir en urinant et pissant sur son sexe molli le reflux du sperme dans sa vulve épuisée, brûlée par tant de pénétrations. Ils s'enlacèrent, s'embrassèrent et restèrent couchés l'un contre l'autre au repos, main dans la main, se regardant, dormant, se reprenant par les épaules pour mieux se contempler droit dans les yeux sans l'ombre d'un soupçon, d'un reproche, d'une faute ou d'une quelconque culpabilité. Ils s'avaient dans la peau.
Ils restèrent là des heures se reposant, reposant leurs corps, ne réfléchissant à rien, hébétés par tant d'orgasmes dont-ils étaient loin de se douter la veille que cela, un tel rut, pu être possible, exister, fiers d'avoir appris que c'était vrai et que ça pouvait compter autant entre deux êtres. En se relevant à moitié sur le lit, ils reniflaient leurs sexes, le chatouillaient, le caressant, le regardant, Anna celui de son mari, lui celui d'Anna. Ils comprenaient qu'ils étaient devenus des animaux, un couple, que peut-être un jour allait sortir de sa vulve un crâne poilu, qu'ils allaient devenir une maison, qu'ils apprendraient à leur enfant ou leurs enfants que l'amour physique était l'une des plus grandes choses qui fût, contrairement à tout ce que la morale inculquait aux enfants, par pudeur et gêne, et que c'était l'une des plus grandes apothéoses humaines, l'un des plus formidables enchantements.

Lui, bien sûr, avait forcément quelques affaires à régler dans la capitale. Elle se dit qu'elle devait aller voir le notaire et son directeur de thèse avant de se rendre avenue Gabriel pour demander son visa. Cela prendrait bien une semaine.
Le temps passa et tout fut prêt pour le départ, elle quittait la France en sachant qu'ils reviendraient le plus souvent possible. Elle avait envie de San Francisco maintenant. Lui, avait envie de lui montrer sa vie.




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