Un diamant de la plus belle eau
de Muriel Barkats



Depuis cette vallée verte qui traverse ma fenêtre, je reçois le charme du vivant dés le réveil. Le corps vert dodu de notre dame nature est une réjouissance pour mes sens. Je ne ferme plus les volets pour mieux en profiter. L'une de ses fille, Aurore, a le don de s'infiltrer entre cimes et infini. Elle m'initie sans cesse aux splendeurs de cette famille. Installée à mon bureau, orientée sud-est, je flirt avec le vide pour écrire l'espace en trait d'union. Le temps découle lentement entre mes doigts qui frappent un alphabet. Je ne peux résister à traduire l'infiniment grand, au rythme d'un vocabulaire libre de retenir le plaisir.

A l'encre des cieux teintés d'un camaïeu rose orangé, le bleu s'absente discrètement. Ainsi ma volonté s'estompe comme un miroir d'âme à âme. Suis-je envoûtée, amoureuse ou simplement troublée ? Un sentiment inconnu abandonne quelques perles de rosée à l'angle de mes yeux. Hypnotisée par la tendresse du paysage, je laisse ce goût salé mourir sur la commissure de mes lèvres. Je me souviens de mon enfance où je m'endormais bienheureuse d'avoir pleuré jusqu'à épuisement. Les formes et les couleurs au-dessus du berceau se perdaient dans la pièce sombre. Comme en cet instant précis de la journée où le jour se retire délicatement. Une découpe nette des arbres aux collines, absorbe les nuances sans distinction. La fusion du vide et du plein s'étend sur sa couche. Le printemps ne tardera pas !

Chaque saison produit la noblesse de ses robes de lumière.
Chaque journée offre un défilé unique et accessible.

Comme un créateur, je me laisse inspirer par le paysage avant d'agir, de penser, voir même de bouger. Mes rêveries ressemblent tour à tour à une partition, une palette de peintre, un tissage. L'esprit confortablement installé dans son écrin violet impossible à délaver, j'impulse des graines d'idées. Je me laisse toucher par le vent, la lune, le soleil, les étoiles. Je deviens inlassablement une terre d'accueille féconde au bonheur. Les émotions transpirent les brouillons de l'amour qui me berce. Ruisselante d'émoi, j'atteins la joie comme on découvre le pic d'une montagne. Le cœur pure fidèle à la fraîcheur des eaux de haute altitude, je veille à ressembler aux sources jaillissantes, cachées dans le ventre de la terre. L'audace de vivre gouverne mon corps et répond à toutes ses soifs. Aucun n'obstacle n'arrête l'eau. Quelque soit le désert, la barrière ou l'oublie, l'eau sublime ses gouttes comme une amante passionnée, une âme sœur fidèle à l'ivresse. J'entends parfois une musique solaire entre terre et ciel quand elle fusionne!

Moi aussi, il m'arrive de m'oublier, me dissoudre
au point de devenir, muse, phantasme et disparaître sous les regards fertiles.

La nuit, telle une eau souterraine, je reviens au jour à flan de coteaux. Les yeux fermés sur l'oreiller de l'univers, je m'infiltre et m'imprègne, aux mémoires des choses. Je voyage à la vitesse de la pluie, des torrents ou des ruisseaux pour donner vie aux songes. J'emprunte la rivière de la voie lactée comme un lit originel. Parfois, précédée d'un éclair, à coup de foudre je perce le nuage chargé de pleurer sur le sort des moindres ou du pire. Déchaînée comme une cascade brûlante, je régénère mon corps minéral. Comme la transparence d'un diamant de la plus belle eau, je me laisse saisir par le petit matin. La pureté des sentiments retrouvés m'annonce déjà le soleil levant. J'ai l'air d'une aube boréale sous les premières lueurs d'un commencement à l'horizon...


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