Quatre nouvelles
de Moviefun

Faux-semblant


Chaque matin, Isabelle se promenait dans les rues de Paris, ville de son enfance, elle saluait les gens qui lui paraissaient familiers, sans trop savoir qui ils étaient vraiment, et, entre deux conversations très courtes mais amicales entre voisins, elle ramassait les papiers laissés par des parisiens peu scrupuleux. Ce matin-là, après sa promenade quotidienne, Isabelle rentrait chez elle, pour le déjeuner. Aujourd'hui, elle était tombée, mais ne se souvenait bizarrement de rien à part de s'être réveillé dans un café qu'elle avait quitté assez rapidement. Elle se touchait le haut de son crâne endolori. Peut-être s'était-elle évanouie ? Elle commençait à faire la cuisine, sans se soucier de sa sœur qui dormait probablement. Les aliments, les serviettes, les verres, les couverts… Il manquait quelque chose. Le pain ! Elle se dirigea alors vers une porte qu'elle ouvrit et y prit une tranche.

Soudain, Isabelle s'aperçut qu'une lettre était accrochée à la porte. Elle s'empressa de la lire et leva les yeux au ciel. Tous cela fut suivie d'un grand cri. Ses pleurs et ses gémissements alertèrent les voisins, qui vinrent la consoler et l'emmener au commissariat. Sa sœur avaient été kidnappée.

Après avoir longuement discuté à l'hôtel de police, elle rentra chez elle et essaya de dormir. C'était impossible, car elle n'arrêtait pas de penser à sa sœur. Elle l'imaginait encore jouant avec elle 20 ans avant sa disparition. Des larmes commençaient à couler abondamment le long de son visage, et elle était horriblement stressée : sa sœur allait-elle mourir ? C'est à ce moment-là qu'elle s'endormit et elle passa une nuit confuse peuplée de nombreux rêves étranges.

Le lendemain matin, elle se leva, le visage rouge imprégné de douleurs et de colère. Elle avait complètement changé en l'espace d'une nuit. Finies les balades matinales, finies les discussions entre voisins, elle n'avait qu'une seule idée en tête : retrouver sa sœur. Elle se mit alors subitement à courir vers le magasin préféré de sa sœur, qui n'était autre que le fameux "Harrods" de Londres. Après plusieurs centaines d'enjambées, Isabelle y était enfin. À l'intérieur, elle fixait chaque regard dans l'espoir de trouver sa sœur, bien que cela parût idiot, elle le prenait très au sérieux. Soudain une douleur infernale lui monta à la tête. Elle ferma les yeux et cria…

Quand elle les rouvrit, elle se trouvait dans une pièce d'une blancheur immaculée. Un homme se tenait devant elle...

- Calmez vous madame ! Vous avez certainement rêvé…
- Ou suis-je ?
- Vous êtes à L'hôpital principal de Londres. Une personne vous a trouvée inconsciente dans la rue près de votre domicile.
- Et où est ma sœur ?
- Chez elle, certainement.
- Alors tout cela n'était qu'un rêve ?
- Peut-être bien.
Isabelle se leva, s'habilla et partit de L'hôpital pour rentrer chez elle.

Elle regagna son appartement rapidement car il se faisait tard et le temps ne cessait d'empirer. En entrant elle dit :
-Eh ! Charlotte. Tu ne devineras jamais ce qui m'est arrivé. À L'hôpital, j'ai rêvé de toi…
Une feuille de papier froissé tomba de sa poche. Elle la ramassa et cria. Elle avait entre les mains la fameuse lettre qui la persuaderait que le kidnapping était réel.



Les voix du seigneur sont impénétrables…


Jack a toujours eut un don : il était médium. Il pouvait prédire l'avenir, savoir ce qui allait se passer le lendemain. Il lui suffisait juste d'un minimum de concentration et tout arrivait, en détail. Par exemple, Jack savait que demain, à la première heure, il serait interrogé par son professeur de français, il pouvait donc bien apprendre sa leçon et éviter la catastrophe. Jack trouvait ça très pratique, prédire l'avenir c'était contrôler le monde. Mais c'était aussi lassant une vie sans surprise…

Ce matin-là, Jack se réveilla, s'habilla et pris un peu de temps pour se concentrer et exécuter son don du ciel. Il ferma les yeux et son cœur se mit à battre de plus en plus belle, Jack tremblait. C'était toujours comme ça quand il essayait de lire l'avenir. Il n'avait jamais compris pourquoi. Tout à coup, tout arriva. Bizarrement, il ne vit que trois choses : un chat noir comme la nuit, un camion lancé à toute allure, une tache de sang puis le néant.

Jack rouvrit les yeux, troublé par ces différentes images. Puis il partit à l'école qui était vraiment à deux pas de chez lui : juste un carrefour et on y était. Jack s'apprêta à traverser la rue quand soudain, il vit le chat noir comme la nuit.
- Suis-le, dit une voix dans sa tête.
Et il commença imprudent à traverser le carrefour, pour suivre le chat. Alors un camion débouche de nulle part pour se poster vers lui. Jack n'avait même pas eu le temps de réfléchir, il était pétrifié et dans l'impuissance de bouger. Le camion ne freina même pas, et percuta de plein fouet le pauvre Jack. Qui s'écroula après avoir voltigé plus de quinze mètres. Il rouvrit faiblement les yeux et vit la fameuse tâche de sang. Ça y était, il avait compris. Puis la voix revint le hanter dans sa tête :
- Il fallait bien que tu payes pour ce que tu as reçu, ce fabuleux don qu'est de lire l'avenir te fait contrôler le monde, tu deviens parfait, la Perfection coûte.

Mais Jack avait déjà fermé les yeux pour l'éternité avant que son mystère lui soit dévoilé. Il ne comprendra jamais pourquoi il avait mérité la mort. Il entrerait ignorant dans le royaume du seigneur. Pourquoi l'avait-il tué ? Il avait juste un don spécial permettant de lire l'avenir. Les voix du Seigneur sont impénétrables.



Suivez- moi…

Un beau jour de printemps, alors que je me promenais dans ma bonne vieille ville de Paris, un homme en complet marron m'interpella dans la rue, près de mon domicile :
- Tenez, mais suivez-moi.

Le bonhomme m'avait donné une liasse de billets de cinq cents francs, que j'empressais de mettre dans la poche de mon manteau. Je n'avais jamais vu autant d'argent. Mais cet homme me paraissait quelque peu bizarre, son offre aussi d'ailleurs.

- Je suis désolé, mais je ne viendrais pas avec vous. Vous pouvez le garder votre argent

Il ouvrit alors peu à peu son manteau jusqu'au moment où j'aperçus une crosse marbrée suivie d'un canon de pistolet.

- Viens, et dépêche toi.

J'avais les yeux écarquiller. Ce n'était décidément pas mon jour. Plutôt mourir que de suivre un richissime névrosé.

Alors, sans lui donner le temps de réfléchir. Je pris mes jambes à mon coup. Le fou n'attendit pas que je sois loin et s'empressa de s'engager à ma poursuite. Il courrait vite, très vite. Je forçais le pas, mais je n'arrivais pas à le semer. Il continuait à courir, telle une machine. Il prenait encore de l'avance, et ne tarda pas à se trouver près de moi.

Je n'en pouvais plus, mais je continuais. J'avais peur de mourir. J'essayais de me repasser toute ma très courte vie dans ma tête, je n'y parvenais pas, tellement j'étais déconcentré, je me contentais d'oublier tout et de courir sans réfléchir.

Je jetais un vague coup d'œil derrière. Personne. Je m'arrêtais, essoufflé et heureux d'avoir semé un dégénéré plutôt rapide. Je sens un poids dans ma poche, je regarde et je pousse un cri d'étonnement. La liasse de billets était toujours là.



Angoisse


Il attend, il a peur, dans une heure il sera mort. Ses mains se rejoignent pour invoquer son dieu une dernière fois par une longue prière. Et il ferme les yeux très longuement pour abaisser le stress qui est omniprésent dans tous son corps. Il voit alors sa vie repasser petits à petit comme un film, David se souvient maintenant quand il était le plus grand caïd de la ville. Il réussissait tous les contrats que l'on lui proposait, et tout le monde était à ses pieds. Et il avait fallu qu'un autre caïd, celui de la ville voisine lui propose ce défi démesuré. Récupérer une valise remplie de drogue appartenant à la mafia. Il repassa alors dans sa tête le défi le plus périlleux de sa vie :

J'étais enfin dans la demeure du célèbre et richissime mafioso Tony Kile. En avançant, pas à pas, je savais maintenant que ma vie ne tenait plus qu'à un fil. Au bout d'un couloir sans fin, j'entrouvris une porte d'une couleur magnifique, prouvant que c'était la pièce du propriétaire...

Il était là, devant moi ! Je n'en croyais pas mes yeux, et la valise était devant lui, posée sur une table de marbre. Une sueur froide me parvint le long du corps, j'étais pétrifié. Une idée germa dans mon esprit pendant une fraction de seconde puis s'effaça : partir. Non il ne fallait pas que je parte, j'étais trop près du but. Il se leva. Pris de panique, je tenais nerveusement mon pistolet, près à appuyer à tout moment sur la gâchette.

Il ouvrit la porte pour se trouver peu de temps après nez à nez avec mon revolver.

Soudain, sans que je puisse réagir, il me frappa à une vitesse vertigineuse, prit mon revolver et tira six balles qui manquèrent de me toucher avant de détaler dans la ruelle obscure avec la valise où une voiture l'attendait. Je me relevai difficilement et fis de même en rejoignant mon complice dans une voiture, qui démarra en trombe, suivant Tony le mafioso de près .

C'étaient des vrais fous du volant : vitesse moyenne 150 km/h. Une allure difficile à tenir pour des caïds comme nous plutôt adeptes des jeux de cartes qu'autre chose.

Ils s'arrêtèrent, le moteur était en feu, c'était normal car un petit moteur qui frôle les 200km/h pendant dix minutes, ça surchauffe. Une seule personne sortie de la voiture, c'était Tony, avec la valise !

Je le poursuivais, pendant que mon complice s'occupait de l'individu resté inconscient à l'intérieur de la voiture. Il était bientôt arrivé dans un cul-de-sac.

Le truand s'arrêta, essoufflé après cette course folle. Il avait toujours son arme à la main qui ne tarda pas à se trouver contre ma tempe. Va-y tire, dis-je.

- Mais avec grand plaisir !!!

Je fermai les yeux, en attendant le moment crucial.

Un bruit d'une sonorité incroyable remplit alors mes tympans. Je ne sentais pas la balle et j'attendais. C'était une tension horrible. Mais je m'aperçus rapidement que c'était une balle à blanc d'un de mes deux pistolets. Pas étonnant que les six dernières balles ne m'aient pas tué.

Je me ressaisissais pour le frapper de toutes mes forces dans le nez. Je le croyais raide mort jusqu'au moment où il se réveilla. Cette fois je fus plus rapide que lui et pointa ma véritable arme dans sa direction.

- Maintenant c'est à toi de tirer…

- Oui, chacun son tour. Tu te souviens quand tu avais tué mon frère, maintenant, c'est à moi de tirer. Tu vas mourir…
- Jamais !
Il commença alors à courir, infatigable. Il suffisait juste de tirer et s'était fini, mais le tueur méritait-t-il la mort ?

J'appuyais alors sur la gâchette, c'était la première fois. Ce fameux bruit retenti. Le " vrai " bruit. Plus puissant, plus rapide, plus limpide. La balle toucha sa cible, qui s'écroula sur le sol, tordu de douleur. Je repris la valise, et partis en direction de la voiture de mon complice, qui ne tarda pas à démarrer, et en laissant Tony seul, au fond d'une ruelle, en attendant Satan qui ne tarda pas venir.

" Il ne fallait jamais dire jamais. "

David sort alors de ses pensées et regarda lentement sa montre. Ça y est, après tant d'aventures, il allait être tué par les hommes de Tony.

Un cri s'élève, et il entend des pas dans les escaliers. La tension monte, pour David c'est insoutenable. La poignée de la porte s'abaisse et la porte s'ouvre. Ce sont eux, ils sont là. Le plus grand des trois tueurs s'approche de David, et dégaine son arme qu'il pointe en direction David.
- Une dernière pensée avant de mourir ? Propose-t-il.
- Tire dans la tête, je ne veux pas souffrir…

L'assassin acquiesce et l'exécute.

Puis le rideau tombe sous un tonnerre d'applaudissements.




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