Le blé en herbe
de Monique Fillaud



Juillet n’en finit pas.

Je suis là, allongée. Totalement alanguie. Soleil en surchauffe. Je n’esquisse aucun geste pour le fuir. C’est trop bon, cette chaleur. Elle m’enveloppe et me pénètre. Goutelettes de sueur sur ma peau brunie. Mon corps s’offre joyeusement aux rayons ardents. C’est la grand messe de l’été. Je pense à toi.

Seins gonflés, pointes agacées d’être si désoeuvrées. Qui saurait en jouer jusqu’à me tirer des gémissements, des appels, des grognements obscurs de femme assouvie ?

Viens, j’ai envie de toi. Fais de mon corps ce que tu veux. Je suis ton jouet, ton amante, ton rêve réalisé…Tu bandes et aussitôt  la vie revient en force, avec sa kyrielle d’émotions et de sensations oubliées. Ton sexe dressé me ravit. J’aime que tu aies envie. J’aime entendre tes mots de désir, tes balbutiements de plaisir tes grondements d’orgasme. Je sens dans ma bouche la saveur âcre de ton sperme. Jouissance partagée.

Je suis là. Je m’étire. Sexe et seins tendus vers le ciel. En attente. Que fais-tu loin de moi ? Que de temps perdu ! J’imagine ta langue, attentive, autour d’un mamelon énervé. Et moi j’aspire tes concours, tes obstacles, je bois à ton sexe. Je m’imprègne de toi jusqu’à plus soif. Je ne peux pas me rassasier. Laisse moi t’accueillir, vide-toi. Gémis de plaisir, mon amant, mon poulain rebelle, mon enfant…Ma raison d’être ce que je suis. Ma finalité. A travers toi, je réalise mes envies, mes rêves, mes fantasmes. Mon corps est ce qu’il est. Cadeau.Il a vécu ? Et alors ? Il va vivre encore. Mieux. Avec toi et pour toi. Avec d’autres.  Pas d’âge. On s’en fout. Ce corps et ses blessures de guerre, exhibées fièrement, comme autant de souvenirs soigneusement engrangés…Il peut prendre et sait offrir beaucoup. C’est selon.

Au bout du compte, je sais ce que je veux.

Je veux de la passion,

Un amour- béton. Un invulnérable. Un inépuisable.

Un qu’on ne peut atteindre d’aucune façon.

Un amour complice chevillé au sexe. A la vie à la mort. Un inoubliable.

 Je n’ai pas rêvé ! Il  existe quelque part, cet amour là ! Ailleurs. Très loin. Trop.

Parfois je me demande : « Pourquoi moi ? »

Mais dans le fond, je sais.

Toutes les fibres de mon corps savent.Elles devinent l’essentiel. Désir partagé. Envie. Manque. Frustration. Le chrono qui s’emballe. Intimité offerte. Sexe tendu. Feu d’artifices. Explosion.Jouissance.Petite mort. Bien être total.

Je suis en attente. Tranquille, sereine. Tu jouiras dans ma bouche quand tu le voudras. Flotte entre deux mondes, laisse toi dériver. Lentement.Le temps n’est rien. Seul le plaisir compte et le plaisir, lui, est intemporel.

Je sais que de loin tu imagines nos futures étreintes. A des kilomètres de distance, moi, je dessine ton corps en pensée. Torse glabre d’adolescent, jambes de poulain rétif, silhouette juvénile et ta peau dorée, si fine sous ma main caressante…Je la laisse errer, se poser ici ou là. Je t’explore, je te flatte. J’ai envie que ton désir monte lentement. J’évite d’effleurer ton sexe. Trop facile…Je veux que tu te tendes, que tu supplies. Que tu abordes le point de non-retour sans même esquisser le geste de toucher ce qui fait ton orgueil et ce qui fait ma joie . Que l’urgence se communique à celle que je ressens à te faire venir de si loin, de l’intérieur de toi-même, d’horizons différents, d’un passé grignoté, d’un présent commun et d’un futur sans issue.

Pas grave. Seul compte l’instant présent. Le bonheur de partager cette flambée de désir. Nous avons l’un et l’autre d’autres intérêts, d’autres envies, des amours satellites. On s’en fout. Nous formons, à l’occasion, un drôle de couple dans une bulle. La nôtre. Que personne n’y touche ! Qu’on nous laisse y baiser tranquillement et qu’on ne vienne pas s’en mêler et gâcher nos étreintes ! Que chacune soit unique et jubilatoire ?

Quand nous reverrons-nous ? Dieu seul le sait. Laissons faire la vie. Elle saura nous trouver. Que nos retrouvailles soient une fête des corps, a glorious happening.

Où que tu sois, je t’attends. Bientôt, très vite, demain… Goùte cet instant magique avant que notre ciel ne s’obscurcisse.

Car souvent, femme varie…          




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