Bande son
de Monique Fillaud



Putain, qu'elle est belle !
Pas tellement « belle », dans ce que le mot a de spectaculaire, mais jolie, naturelle, racée.
Cela fait une plombe, au moins, que je l'observe du coin le plus sombre et le plus reculé de la discothèque
(Il faut dire qu'enfant, j'ai collectionné les otites et les parasynthèses, alors maintenant, j'ai le tympan fragile !) Les « bong bong bong» de la musique techno, amplifiés par une sono à la limite de l'explosion, me vrillent le crâne. Je supporte mal. D'ailleurs je me demande ce que je suis venu faire ici. Suivre mes potes en mal de drague, probablement. Ils ont fini par me convaincre de les accompagner. Un anniversaire, ça se fête, d'accord, mais j'aurais préfèré lever mon verre à la santé de Machin-Truc-Chose, dans le silence relatif de son studio.

Je suis donc recroquevillé dans un coin, à cent années lumière des amplis, et j'observe, telle l'araignée dans sa toile. Devant moi, la conso fétiche de la boîte : Cocktail bleu-lagon, dans un verre évasé au pied interminable, la classe, quoi ! Par contre ils n'ont pas forcé côté alcool Ce n'est pas avec leur mixture que je vais décoller. Mais bon…A un mètre de moi, le cageot de la bande. Sympa, affectueuse, la bonne copine dans toute sa splendeur, mais que personne ne se décide à mettre dans son lit. C'est bien simple, on peut pas ! Elle sirote son cocktail les yeux dans le vague. Ce n'est pas encore ce soir qu'elle va trouver son prince charmant ! Elle rentrera bredouille, comme d'habitude. La pauvre ! Pas la peine de lui adresser la parole : dans ce vacarme, on ne s'entend et ne se comprend pas ! Dans ce cas là, c'est pratique.

Bong bong bong…. J'ai le cerveau en ébullition . On m'enfonce des clous dans la tête . Un peu plus loin, sur la piste de danse, mes potes ressemblent à des robots traversés de violentes décharges électriques . Rien de coulé, de glissé, de moëlleux . Que des mouvements désordonnés . Et je te lance un bras, une jambe… Quel ridicule ! Ils suent à grosses gouttes, yeux clos, visages fermés, pénétrés par cette musique au rythme saccadé , ces « bong bong bong » venus du fond des âges . L'homme préhistorique, tapant sur des crânes d'ours évidés devait ressentir cette frénésie viscérale . J'ai lu un livre là-dessus . Le mélange datura plus musique, faisait décoller nos ancêtres vers les sommets vertigineux où hommes et dieux étaient censés se confondre.

Là bas, les descendants de Cro-Magnon se déhanchent , gesticulent , s'agitent en tout sens . Le bruit les enveloppe, les engloutit littéralement . Bong bong bong .Ils sont pour ainsi dire en transe .Je n'en peux plus ….

Par chance , la super nana que j'ai aperçue tout à l'heure est venue s'asseoir à la table voisine .Je peux la dévorer des yeux tout mon soûl . Jamais vu cette fille là .On dirait qu'elle est seule . Va pas le rester longtemps … Elle a une classe folle : physique, fringues, rien ne cloche .Pourtant elle se fait toute petite , comme si elle voulait qu'on l'oublie !

Mes yeux caressent sa nuque frêle , si blanche, si délicate , puis ses cheveux très courts savamment ébouriffés . Elle porte une tunique légère qui met en valeur la gracilité de ses formes . Elle est incroyablement menue et ses attaches paraissent si fines qu'une étreinte pourrait la briser . (Le genre d'œuvre d'art à transporter dans un coffret capitonné , avec des étiquettes « fragile » « handle with care » « haut » et « bas ») .Elle vient d'allumer une cigarette (tiens, elle fume, j'aurais pas cru !) et son geste a souligné la perfection de son bras . Un long bras gracieux de danseuse . Je les imagine autour de mon cou et je me sens tout chose .

Elle est extraordinairement mince . Les magazines appellent ça « le look androgyne » (.Androgyne ? Tu parles ! … jamais vu plus féminine que cette fille là !) Elle porte un pantalon noir, taille basse . Entre son petit haut et son pantalon, j'aperçois une bande de chair laiteuse, un espace nacré sur lequel je laisserais bien traîner ma bouche . Petit cul, ventre plat, tout ce qui me fait rêver .Elle ne sait même pas que je la regarde, alors j'en profite sauvagement. En douce. J'accompagne chacun de ses gestes, je la frôle du regard .

………….Bong bong bong …c'est moi qui suis en transe ! Elle vient de se lever pour ramasser quelque chose et, sous la tunique, j'ai aperçu en transparence deux aréoles foncées ; coiffant des seins minuscules, petites mamelles à peine gonflées de chatte gravide . (J'ai chaud, tout d'un coup) ! Des seins adorables. Je les tète de loin, je les lèche, les aspire goulûment, je sens pratiquement ses mamelons saillir sous ma langue …

. Bong bong bong, je m'épanouis sous la table. C'est plus fort que moi. Personne ne peut me voir, heureusement ! J'aurais l'air malin ! Il n'empêche que je la serrerais bien contre moi, que je ferais glisser son petit pantalon pour découvrir ses longues jambes et le reste. Surtout le reste... Le fameux petit triangle noir, frisé, en delta au-dessus de ses cuisses. Et ma bouche dessus, se frayant un chemin entre des lèvres aux couleurs de rose, cherchant sa route vers le haut lieu de son plaisir.

Bong bong bong . Je vais exploser …

Elle vient de tourner son visage vers l'entrée. J'ai croisé son regard. Bleu glacier. J'aurais voulu y lire un intérêt quelconque, mais je suis transparent. Elle ne me voit pas. Elle ignore même que je suis là L'obscurité où je me suis réfugié est devenue une arme à double tranchant. Et si je m'approchais pour qu'elle me voie enfin ? Et si je lui disais tout de go qu'elle me fait..

Elle se lève d'un bond, rayonnante, pour accueillir une fille qui vient de franchir la porte. Mais qu'est-ce-que c'est que cette espèce de musaraigne qui file toutes voiles dehors vers sa table ? De ma place, j'aperçois une masse de cheveux frisés, un museau pointu et un visage très bronzé. Elle se précipite vers ma belle inconnue, la prend dans ses bras et lui roule un patin passionné. Donné-rendu. L'autre se liquéfie littéralement sous mes yeux.

Merde, j'le crois pas ! … des gouines !


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