Pelle du Luxembourg
de Michele Levy



C'était un de ces jours de pré-printemps où le ciel parisien ressemble à une palette de peinture où le bleu clair est noyé dans le blanc, strié de fils qui font que les nuages ressemblent à des filaments de coton étirés, laissant passer ce
bleu si pur quand le soleil brille à Paris.
Ce jour là, accompagnée de mon amie, nous avions fait le chemin par le bus 27 du quartier de la place d’Italie au bld st Michel.
Promenade lèche vitrine, le long du bd st Michel de boutique de mode en bouquiniste, le temps frais donnant envie de presser le pas, mais qu'il fait bon de se sentir partie prenant de cette ville, le soleil jouant à cache-cache, accompagnant nos bavardages égrenés de fous rire, souvent bêtes, il faut dire que souvent ce qui fait rire n'est que le reflet de moquerie gentille, gaminerie, qui font friser l’œil à tout âge.
Courte après midi, le fond de l'air devenant plus frais en cette fin d'après midi de samedi, nous décidons de rentrer.
Le bus ayant un arrêt prés du jardin du Luxembourg, me vient l'idée d'y aller faire un tour. Mon amie préfère rentrer chez elle, je lui dis au revoir et me dirige vers le jardin. Il est environ 17h, les nuages s'étirent de plus en plus laissant la place au soleil. Le marchand de glaces et friandises à l'entrée du parc rassemble du monde.
Je me dirige vers l'entrée et prends la direction du bassin. Il Y a comme d'habitude beaucoup de promeneurs et beaucoup d'enfants; Le parc est décoré d'immenses statues en bois, représentant l'amour, il me semble, situation de couple. J’ai oublié l'auteur ne gardant que l'originalité des personnages si grands et si minces.
Mes pas me mènent vers le bassin où, comme d'habitude, petits et grands guident leur bateau avec une perche en bois ou par manette électrique.
Je passe devant un petit groupe entourant un jeune homme armé d'un bâton qui cherche à
attraper une chose à travers une grille au sol.
Rien de bien particulier qui retient le regard, sinon le fait que ce jeune homme, en jean et pull crème, en basket et casquette à l'envers sur le front, est agrippé par la jambe par un petit bout d'homme, de moins de 2 ans, il me semble, vacillant sur ses petites jambes et pleurant à chaudes larmes, en réclamant l'objet que son papa s'escrime à rattraper. C'est ce tableau qui fait s'arrêter les passants, et sourire aussi devant l'insistance de ce bruyant garçon qui ne fait qu'accentuer l'énervement du papa qui commence à s'impatienter.
Devant ce tableau, jeune homme charmant, blond aux yeux bleus souriants et très jeune comme papa, environ 25 ans, je ralentis mes pas, curieuse de connaître l'objet de tant de convoitise!! Me penchant, je remarque , sous la grille, une pelle rouge en plastique, de celles qui servent à faire des châteaux de sable. Je me permets une remarque, disant qu'un crochet ferait mieux l'affaire.
Le jeune homme hoche la tête, toujours tiraillé par son garçon. Je lui souhaite bon courage et poursuis ma promenade. Quelques instants plus tard, j'aperçois le même jeune homme venant dans ma direction, cette fois ci tenant dans sa main une longue perche équipée d'un crochet au bout. Il passe prés de moi et me montrant l'objet en riant l'air triomphant, et retourne vers sa grille.
Ayant fait le tour du jardin, je me dirige à nouveau vers le bassin, pour rejoindre la sortie. Surprise de revoir encore ce jeune papa au-dessus de sa grille. Je m'arrête au moment où il se penche au-dessus de la grille, essayant encore d'accrocher la pelle.
Mais voila, que son portable rangé dans la poche-poitrine de sa chemise, glisse à travers la grille. Perdant patience, et essayant de calmer son garçon encore énervé, je le vois se diriger vers une rangée de chaise où une très jeune femme, se lève et vient prendre dans ses bras l'enfant. Je suppose la maman. Au courant de l'incident, la pelle et le portable, ce dernier posant plus de problème au papa désormais, la maman essaie de trouver une solution.
Essais infructueux avec le crochet, le papa à l'idée de tirer sur la grille, qui à la surprise de tous, il ôte facilement, avec des hochements de tête significatifs, un peu pour dire tout ça pour ça, depuis 1h!! Mais bon tout le monde est content, enfant avec sa pelle et adulte avec son mobile!!
Je regardais tout cela assise sur le bord du bassin, au soleil. Quelle n'est pas ma surprise de voir le bout de chou échappant à la surveillance de ses parents, la pelle à la main, se diriger
vers le bassin d’un pas bien décidé.
Je me précipite, le voyant déjà passer par-dessus bord. Je le stoppe d'un bras, mais il jette d'un coup sa pelle dans le bassin, en éclatant de rire. Sa maman, l'apercevant vient le récupérer. J'ai juste le temps de me pencher et mon bras prolongé de mes lunettes de soleil, arrive du bout d'une branche à récupérer la pelle, objet de tant de tracas en cet après midi de mars.

La maman, suivant mes gestes, me remercie, se montrent désolée, le petit enfant gesticulant, car jeter la pelle dans l'eau lui à bien plu, il est prêt à récidiver!!!
Le papa nous rejoint et mis au courant de la suite des évènements, s'excuse à son tour.
Décidément, leur dis-je, cette pelle aura eu son histoire et sera un souvenir qui s'ajoutera à ceux que vous raconterez à vos amis.
Et c'est cette histoire que j'ai eu envie de vous conter, et qui vous donnera, qui sait, l’envie, de faire un détour par le jardin du Luxembourg, un jour de printemps, à Paris.


Retour au sommaire