Brouillard
de Michel Courseaux



La vieille femme assise sur la chaise près de la fenêtre ne disait rien. Elle regardait la montagne les bras croisés en mettant de temps à autre la paume de sa main devant sa bouche. La montagne, elle la connaissait bien, mais depuis quelque temps elle ne sortait plus, avare de paroles, elle ne faisait que la regarder avec une sorte de crainte dans les yeux.

- Qu'as-tu donc à regarder la montagne comme ça ? lui demanda Henri, son fils unique.

La vieille femme ne répondit rien

- Laisse la donc, l'hiver approche et elle a crainte de sortir voilà tout. fit Emma son épouse.

La ferme des Buges n'était pas bien grande, une étable où se mêlaient des odeurs de foin frais et de purin, un poulailler où s'ébattaient des poules noires et blanches, un abattis pour entreposer du matériel agricole et le réservoir à grains. La maison était ancienne, très peu de fenêtres perçaient les murs de sorte qu'il fallait allumer la lampe dès le coucher du soleil. Henri et Emma avaient deux enfants à leur charge en plus de la vieille femme, Toine, l'aîné des Buges, un adolescent bien bâti qui préférait la vie au grand air plutôt que user ses pantalons sur les bancs de l'école, et Pierre Marie, le cadet, un garçonnet chétif qui se donnait beaucoup de mal à étudier pour mieux éviter les contraintes de la ferme qu'il dédaignait.

Assis à la lourde table, le corps épousant une droiture parfaite, Henri Buges roulait un tabac médiocre dans une feuille de papier à cigarette. C'était un homme de quarante ans au caractère bien trempé comme tous les paysans qui habitaient ce coté ci de la montagne il parlait peu mais toujours bien à propos. Sa terre et son troupeau étaient sa seule richesse et source d'intéressement. Au printemps il partait à la foire de St Julien pour y vendre ses plus belles génisses et quand les affaires tournaient bien, il entrait au bouge avec son ami Angelo le berger des Abruzzes, et payait la tournée générale.
Une fois roulée entre ses gros doigts, il la porta à sa bouche :

- Toine tu vas rentrer les bêtes à cette heure, le temps se gâte et il n'est pas bon de les faire pâturer.

- Pourquoi moi ? répondit Toine avec rébellion.

Il y eut un silence puis Buges monta le ton.

- Le maître ici c'est moi ! et je te dis d'aller rentrer les bêtes et ne t'avises pas de t'y opposer car sinon c'est à moi que tu auras à faire.

Contraint et forcé, Toine lança le bâton qu'il tenait dans le feu de la cheminée pour protester et s'exécuta.

Buges se tourna alors vers le cadet qui feignait de lire un livre d'école assis près de lui mais celui ne leva même pas les yeux, il savait qu'il n'avait rien à craindre du père.

La vieille femme regardait encore la montagne qui s'encapuchonnait de vapeur grise et épaisse.

Un long moment se passa et le brouillard descendit lentement dans la vallée. Bientôt les arbres disparurent. Derrière le rideau de froidure, on ne distingua plus la montagne, il n'y eut plus de terre ni de ciel, seuls dans le lointain, on percevait le meuglement des vaches et le bruit lourd des sabots descendant la pâture.

La mère finissait d'éplucher quelques légumes qu'elle jeta dans la marmite qui chauffait sur le poêle ronronnant.

- Drôle de temps. grogna Buges en éteignant sa cigarette. Pierre Marie, le nez dans son livre, ne semblait pas donner d'importance à ce fait, ses yeux roulaient de gauche à droite sur les illustrations colorées des pages.

Quelque temps après,

La mère alla chercher cinq assiettes creuses dans le bahut qu'elles disposa autour de la table suivant un ordre bien précis. D'abord, elle posa celle du maître en bout de table, de manière à ce qu'il puisse voir tout le monde, une de chaque coté de la table pour l'aîné et la vieille femme, enfin la sienne et celle du cadet. Elle porta la grosse miche de pain gris da la huche et le pichet de vin qu'elle déposa devant l'assiette du maître.

Toine entra en laissant s'engouffrer un filet de brouillard.

- Quel froid de canard ! lança t il en se frottant les mains, mais personne ne répondit.

Il se défit de sa cape et s'assit à la grande table.

Henri qui n'avait pas relevé les yeux commença la cérémonie, il prit le pain à l'envers et traça une croix franche à l'aide de son couteau de poche. Il en coupa plusieurs tranches qu'il laissa en tas au milieu de la table.

La vieille femme s'assit à la table sans rien dire, le cadet posa son livre à coté de lui et se servit une belle tranche de pain gris.

- Non, ce temps-là me dit rien de bon fit Buges

- Nous n'avons plus rien à craindre du temps à présent, les blés sont coupés, on ne manquera pas de foin pour les bêtes cet hiver ajouta la mère en servant le vin.

- Hum ! rien à craindre c'est toi qui le dit la mère grogna Buges, rappelle-toi en 29 tout le monde a cru que l'hiver était bien fini et il nous a gelé les semis au printemps.

- Ce brouillard aura raison de nous tous ! grommela la vieille femme entre ses mâchoires édentées

- De quoi tu causes Mémé ? hum ! toujours avec tes histoires de l'ancien temps hein !

- Je le dis comme Jésus devant ses disciples, la colère du Seigneur sera terrible si nous ne restons les bras croisés.

La mère Buges qui avait au préalable rempli les assiettes se signa.

- Des histoires je te dis, des trucs de vielle femme, cela fait quarante ans qu'elle dit la même chose, ce n'est que du brouillard… rien de plus normal que du brouillard dit Buges en mâchonnant son pain trempé de soupe.

Tout à coup on frappa à la porte. Buges lança un regard interrogateur à sa femme. Emma se leva pour ouvrir.

- Ah c'est toi Firmin ! d' un signe de la main Buges lui demanda d'entrer.

- C'est que… fit Firmin qui n'osait pas mettre un pied dans la maison. En se décoiffant, sa lourde casquette fit jaillir deux grosses grappes de cheveux noirs bouclés et deux oreilles pointues d'écureuil. il portait un gros pull de laine sous une veste brune qui lui allait de guingois.

- C'est Monsieur le maire qui m'envoie… il y a eu du grabuge dans la montagne dit il d'un ton mal assuré.

- Mais entre donc Firmin ! réitéra Buges assieds toi et raconte. La mère apporte une autre assiette, tu vas manger un bout avec nous.

- Oh !Merci Monsieur Buges merci bien mais… c'est déjà fait dit il en savourant des yeux le ragoût qui remplissait les assiettes fumantes.

- Alors assieds toi. La mère ! amène nous un autre verre.

La mère Buges s'exécuta.

- Dans la montagne tu dis ? fit Buges en le regardant droit dans les yeux.

Les deux gamins écoutaient avec grande attention tout en dégustant le ragoût à grandes lampées.

- Oui, c'est Vincenot dit Firmin en rapprochant sa chaise.

- Le berger ?

- Oui le berger, avec ce brouillard qu'on y voit rien il a dégringolé la montagne

- Oh ! BOUDIOU ! et ça c'est passé quand ?

- Ce matin. dans l'alpage de l'Adret.

- La vengeance du Seigneur sera terrible » dit la vieille femme qui avait écouté du coin de l'oreille les propos de Firmin

Buges la fixa d'un regard noir, tandis que Firmin l'œil en coin, sifflait d'un trait son verre de vin

- On y va coupa Buges.

Il se leva de la table sans finir son ragoût, attrapa son gros manteau de laine, prit une lampe tempête qu'il alluma et les deux hommes s'engouffrèrent dans le rideau humide et laiteux.
Très prudemment ils marchèrent jusqu'au café du village où les attendait le maire Monsieur Chanes.
Les rues du village étaient désertes, pas le moindre signe de vie, seules, les fenêtres du café Dubosc étaient éclairées. Buges poussa la porte le premier en se décrottant les bottes sur le grattoir.

Chanes, le maire était présent, accompagné d'un petit groupe de personnes assises autour des tables enfumées Buges les salua.

- Firmin t'as tout dit ? Vincenot le berger a fait une chute mortelle dans le trou du Cerf il faut aller le chercher, pour cela nous avons besoin de toutes les lampes disponibles, le brouillard est si dense dans la montagne qu'on ne voit pas celui qui vous précède.

- Et les bêtes…. ? coupa Buges

- Angelo m'a dit qu'elles sont à l'abri dans la montagne avec JO le berger de Tronninges. Alors voici comment on va procéder, on va se séparer en deux groupes l'un passera par le sentier du haut et l'autre prendra le sentier du trou du cerf. Quant à toi Angelo tu connais bien l'alpage, alors tu iras avec JO rassembler les bêtes près de la cabane de l'Adret c'est entendu ?

En vrai commandant de troupes, Chanes le maire distribua ses instructions de sorte que chacun au sortir du café, savait précisément ce qu'il devait faire, et les deux groupes prirent le chemin de la montagne. Ce n'est que qu'en début de soirée que les deux groupes revinrent avec le corps du malheureux berger étendu sur une civière de branchages improvisée. Le café des Dubosc était encore ouvert ils entrèrent en déposant la dépouille sur la grande table du fond. Tous avaient le visage grave, pas un mot ne sortaient de leurs bouches, décoiffés de leurs couvre-chefs, ils entouraient la dépouille comme les bergers entouraient Jésus à BETHLEEM.

- Il faut penser à prévenir sa famille coupa Buges.

- Sa famille répondit Chanes le malheureux il n'en a plus. Je ne lui ai connu qu'un frère et il est mort en 17 dans les tranchées de Verdun. On va prévenir le curé et on lui fera une belle messe je crois que c'est tout ce qu'on peut faire de mieux pour lui à présent.

- Vous croyez qu'avec ce temps de chien Monsieur le curé va monter jusqu'ici ? dit un villageois en s'adressant au maire

- Eh bien, si ce temps dure on va devoir garder le corps à l'église je n'ai pas d'autre solution. Mais je vais quand même le prévenir au téléphone. Patron ! Sers donc une fine à chacun cria le maire.

Le poêle ronflait en refoulant un peu de fumée, la buée suintait aux fenêtres. Tout le monde s'accordait à dire que ce brouillard leur rendait la vie difficile mais qu'il n'y avait qu'a attendre.

Deux jours plus tard, le brouillard avait étalé ses filets, retenant les villageois prisonniers. Il planait sournoisement dans la cour des fermes, léchait les murs des maisons.

Au café Dubosc la tension montait.

- Mes chers amis, je vous ai réunis ce jour pour discuter d'un problème grave. Voilà… vous savez comme moi que ce mauvais temps persiste, et personne ne peut dire ce qu'il va en être demain. Je vous laisse le soin d'imaginer ce qu'il pourrait engendrer si le beau temps ne revenait pas dans les prochains jours. Je vous le dis tout franc, il nous faudra serrer les coudes, nous avons de quoi nous nourrir nous et les bêtes pendant quelques temps mais sans pour autant gaspiller. Les …. Camions de ravitaillement ne pourront plus monter à Vutrelles je suis navré de vous l'apprendre mais nous devrons nous partager ce que nous possédons jusqu'au jour où la situation redevienne…. normale.
J'ai aussi appelé le curé Boudoux pour ce pauvre Vincenot mais il m'a dit qu'il lui serait impossible de monter ici en même en voiture.. mais il fera dire des prières pour son âme.

- Vous voyez, même l'église nous abandonne s éleva une voix dans l'assistance.

- J'ai fait prendre des dispositions pour que le corps soit rapidement enterré. Ce sera un enterrement civil et je procéderai moi même à la cérémonie pour cela je serai aidé de Jacques Marcy et Angelo répondit le maire d'un ton agacé.

- Tout ça c'est très bien Monsieur le maire mais qu'est ce qu'il va advenir de nous quand on aura épuisé tout notre garde-manger. Est ce que ce serait pas mieux de descendre dans la vallée pour demander de l'aide ? dit Buges

- Oui et on pourra acheter des provisions dit un autre.

- Partir dans la vallée en voiture serait un vrai suicide même à pied répondit le maire, les chemins sont incertains non, croyez moi,la seule chose que nous ayons à faire est d'attendre que les choses redeviennent normales.

- Et qui va faire notre travail dans les champs ?c'est vous Monsieur le maire ? dit un autre.

- Tu sais que je ne peux pas répondre à cette question Remini je sais comme vous qu'il y a tant à faire aux champs mais il y a danger de partir au chant du coq et de revenir à la tombée de la nuit. nous devons tous rester chez nous pour le moment et la seule chose à faire est espérer. La discussion est close pour aujourd'hui mais la réunion à la municipalité est toujours maintenue pour ce mardi.
S'il y a des questions celles ci devront être inscrites à l'ordre du jour dès maintenant.

La réunion au café Dubosc prit fin et chacun s'en retourna avec ses propres convictions. L'opinion était partagée, les uns se rangeaient à l'avis du maire, les autres pensaient qu'il serait plus sage de tenter une incursion dans les villages du bas.

Buges lui avait prit sa décision, il avait engrangé et tout ce qu'il lui appartenait ne serait en aucun cas profitable à autrui.

- Tu m'entends bien la mère, il n'est pas question que l'on donne c'qu'on a. j'ai trimé dur tout l'été et je compte bien profité de mon avoir. Que je ne te vois pas donner du pain a ces malandrins qui sont du coté du maire dit il d'une voix persuasive.

La mère Buges désapprouvait cette dictature de son mari mais elle ne disait rien pour ne pas avoir à s'y opposer. Les deux fils Buges travaillaient à l'étable, grand-mère Buges était installée là sur sa chaise près de la fenêtre, elle semblait voir dans ce grand désordre du temps des choses que personne ne put comprendre.
Dans l'après midi celle ci s'absenta. Elle alla à l'église et, par une porte dérobée, se glissa à l'intérieur du transept elle se signa à genoux quatre fois devant l'autel en murmurant des paroles incompréhensibles.

Une vieille dame qui se tenait dans l'ombre l'entendit faire d'étranges incantations :

« Oh Seigneur ! dans votre grande bonté pardonnez leur ignorance Jésus, Sainte Marie, Joseph ceux ne sont que des pauvres pêcheurs, j'implore votre clémence « et la vieille femme se signa une nouvelle fois avant de repasser par la porte dérobée.

La nouvelle fit le tour du village ce qui mit Buges hors de lui.

- Tu ne te rends pas compte, tu nous fais tous passer pour des imbéciles ! dit il à la vieille femme qui ne répondait pas.
Laisse l'église hors de ça, ce n'est pas son affaire. Je ne veux plus te revoir dans cette église, je ne veux plus qu'on dise que nous sommes devenus fous comprends tu ça ?

La vieille femme ne répondait toujours comme si elle avait attendu que la foudre passe sans la blesser. Il y eut un moment de silence puis le maître intervint :

- Bon ! maintenant je voudrais savoir qui a pris le jambon que j'avais accroché au saloir ?

Comme personne ne répondit il répéta la question

- Y aurait il des voleurs sous mon toit ? s'exclama t il d'un œil noir. Eh ben…, j'attends fit il en passant et repassant la main sur la table de la cuisine comme pour rassembler des miettes imaginaires.

- C'est toi mon cadet ?

- Ah ça non alors. Répondit bruyamment Pierre Mariepuis il y eut un silence et Buges reprit

- Toine ?

- J'ai vu le jambon ce matin pendu au saloir mais je n'y ai pas touché. J'ai nettoyé l'étable et nourri les bêtes toute la matinée et c'est quand…

- C'est quand quoi ? demanda le père

- C'est quand j'y suis repassé j'ai vu qu'il n'y était plus. Buges s'emporta.

- Ça c'est trop fort ! un jambon de 12 livres disparaît comme ça, à notre nez et à notre barbe sans que personne s'en aperçoive et toi la mère tu n'as rien vu non plus ?

- Non je n'ai pas bougé de la cuisine répondit elle un peu gênée.

Buges jeta un regard dubitatif sur la famille

- En tous cas s'il y a un maraudeur par ici soyez certains qu'il va goûter sans tarder à la poudre de mes cartouches.

A partir de ce jour Buges se coucha toutes les nuits avec le fusil chargé posé contre le mur de la chambre.

Plusieurs jours passèrent et le brouillard n'en finissait pas de stagner au ras du sol. les villageois inquiets, commençaient à chercher les raisons de cette plaie qui les damnaient. Au café Dubosc qui s'était reconvertit pour la circonstance en salle de mairie à cause d'une panne d'électricité, les commentaires fusaient de toutes parts.

« Tout ça c'est pas normal un brouillard qui dure depuis plus de quinze jours, c'est pas normal… »

« Les bêtes meuglent toute la journée à l'étable je ne vais pas pouvoir les retenir plus longtemps, elles sentent l'herbe tendre dans les pâtures si cela continue elles vont devenir folles »

« Qu'est ce qu'on va devenir ? la nourriture commence à manquer, a l'épicerie Dubosc les denrées sont épuisées, on a déjà bien entamé les réserves de l'hiver, le cochon de l'an passé et les gens de la vallée se moquent bien de nous et de notre devenir. Même le curé Boudoux… «

« Si on avait su, on aurait pas écouté le maire et à l'heure qu'il est il y aurait de la nourriture plein le garde-manger. »

Monsieur le maire entra à ce moment en se raclant les bottes sur le grattoir.

Le visage grave ? d'un pas lent il alla s'asseoir à la grande table du fond, celle qui avait servi de réceptacle à ce pauvre berger VINCENOT, on entendit quelques chuchotements et le maire parla avec solennité :

- Messieurs, Mesdames, comme vous savez, cela fait déjà plus de quinze jours que ce brouillard nous perturbe la vie. Comme vous le savez nous avons fait le nécessaire pour enterrer en bon chrétien le berger VINCENOT. Je ne suis pas insensible à vos souffrances et j'avais demandé à tous de se serrer les coudes pour nous tirer de cette épreuve. J'estime avoir tout fait pour que notre village ne meurt pas sous ce coup du sort, aussi je remercie vivement tous ceux qui m'ont fait confiance mais il faut se rendre à l'évidence… et j'ai un peu honte à vous l'avouer aujourd'hui … je me suis trompé, je me sens un peu coupable de ne pas avoir accréditer votre intention de descendre dans la vallée pour y chercher du secours alors… fit il la voix chargée d'émotion, pas plus tard que samedi vous aurez ma lettre de démission sur cette table. Voilà ce que j'avais à dire aujourd'hui.

Le maire se leva et s'en alla du même pas lent et solennel dans le brouillard qui le happa. L'assistance fut stupéfaite de l'annonce du maire, encore plus partagée sur l'indénouable dilemme.

Sans l'autorité d'un maire, le village était livré à lui même. La peur avait pris ses quartiers et chacun se sentant menacé avait bâti à sa manière, son camp retranché à l'intérieur des maisons.
Une nuit Buges entendit du bruit au dehors, il se leva d'un trait et enfila son pantalon à bretelles par dessus sa chemise de nuit. L'œil mauvais il prit son fusil et descendit sans bruit l'escalier, la nuit était aussi noire que l'antre d'un ours. Mais la bûche du soir crépitait encore dans la cheminée, distribuant dans la pièce une lumière rougeâtre. En s'aidant de la grande table il sortit à tâtons, le froid du matin le saisit jusqu'aux os. Il n'y voyait pas à un mètre. Grâce aux gloussements terrorisés des poules, il sut que le larcin se passait au poulailler. Arrivé devant celui ci il vit une ombre qui tentait de s'y faufiler il épaula son fusil de chasse.

- Arrête ! malotru ou je te perce la bedaine cria t il.

L'ombre essaya de se tirer de ce piège mais Buges rendu nerveux appuya sur la gâchette et fit feu presque à bout portant

Deux coups résonnèrent dans la nuit et l'ombre d'un corps s'effondra sur le sol humide.

Buges se précipita vers la victime.

- Angelo ! non pas toi s'écria Buges désemparé, il se pencha sur la poitrine du malheureux pour écouter si son cœur battait encore. Mais il ne donnait plus signe de vie. Les bras en croix, Angelo ressemblait à un gros ballon de baudruche percé de deux trous par où s'échappaient des flots de sang chaud et poisseux.

Du village, les gens arrivèrent et virent la silhouette de Buges tenant son arme encore chaude à la main

- Je n'ai pas voulu ça fit Buges je n'ai pas voulu ça…je ne suis pas un assassin, il n'avait qu'a me le dire s'il n'avais pas de quoi se nourrir..je ne suis pas un assassin il ne cessait de répéter.

Chanes le maire lui prit le fusil et lui passa la main sur l'épaule en marque d'amitié:

- Je sais que tu n'es pas un assassin Buges mais je suis encore le maire de ce village et j'ai l'obligation de prévenir la gendarmerie de ST Julien.

- Eh ben…fais ce que tu dois Chanes. J'ai tué mon meilleur ami dit il dépité et je m'en remets à la justice.

La mère Buges pleurait devant l'évier en pierre, quant aux deux gamins ils songeaient devant la cheminée presque éteinte. Un long moment se passa.

- Voilà, dit Buges j'ai fait mon baluchon, je te suis. Il jeta un dernier regard vers ses deux fils et ajouta :

- Adieu la mère, sache que je ne suis pas un assassin… et les deux hommes sortirent.

Quelques jours se passèrent et le brouillard répandait encore ses odeurs de mort. Buges était consigné dans la grande salle de la mairie éclairée à la chandelle.
Deux morts faisaient déjà de trop et tout ça à cause de cet horrible brouillard. On commença à croire au sortilèges. Dans les maisonnées, on évoquait l'esprit de Wilhem le grand sorcier du village de Serres qui tenait un vieux contentieux avec Vutrelles. on cru voir son image partout, tantôt on l'entendait rire aux fenêtres, tantôt on l'entendait marcher sur les toits, on jetait du sel dans l'âtre des cheminées, on aspergeait les bêtes de l'eau bénite de l'église, on clouait les chouettes et corbeaux malfaisants sur les portes des habitations. On ne croyait ni à Dieu ni au Diable mais les deux étaient invoqués comme s'ils s'étaient alliés pour en finir avec leur création.

Un soir, au cours d'une veillée dans la grande ferme des Engrand, la mère Buges était assise près de la cheminée, elle observait les étincelles qui jaillissaient en craquant de la grosse bûche de nuit.

- Tout cela n'a rien à voir avec la sorcellerie

- Comment ça ? Qu'est ce que tu veux dire par là ? lui demanda sa bru

- Rien que la vérité, j'ai essayé de vous mettre en garde mais vous ne m'avez pas cru, et toi, ton mari m'a même fait passer pour une folle alors que j'allais dire les prières dans la maison du bon Dieu dit elle en s'adressant à Emma.

- Sais tu quelque chose sur ce brouillard ? lui demanda cette dernière

- Si vous tous m'aviez fait confiance, aujourd'hui ton mari ne serait pas emprisonné. Maintenant tu me demandes si je sais quelque chose …eh ben oui, je sais, le temps est venu pour moi de vous révéler la vérité.

- De quelle vérité parles tu mémé ?

- La vérité sur ce village Seigneur Jésus dit elle en se signant

- Tu sais bien que le Seigneur nous a abandonnés dit le père Chabadu faisant référence au curé Boudoux qui n'avait pas daigné monter au village pour enterrer le pauvre berger Vincenot.

- Le Seigneur ne peut pas nous abandonner si nous croyons en lui et si nous lui obéissons.

Devant les mines perplexes la vieille femme commença son récit en ne lâchant pas des yeux la grosse bûche.

- Ce que j'ai à vous dire, je le tiens de ma mère à qui un jour le secret lui a été confié par son arrière grand mère la femme du grand Gustave. Tout ça a commencé dans les années 1785 –1786 je ne sais plus précisément. Par une terrible nuit d'hiver, une inconnue est venue au village, elle était jeune, très jeune… un fermier l'aperçue en bas de la côte des Ardents, elle portait une sorte de hotte accrochée à ses épaules elle semblait lasse d'avoir marché sur les chemins caillouteux. Le village était désert mais la fumée bleue qui s'échappait des toits des maisons témoignait de la présence des villageois. Elle frappa à la porte de la première maison …

- Qui va là ? lui demanda une voix d'homme vigoureuse.

- je m'appelle Justine je viens de l'autre coté de la montagne répondit elle

- De quelle montagne ?

- De Serres.

- De Serres ! alors tu dois être une de ces sorcières ? va t en d'ici ! ne reste pas devant ma porte

- Aidez moi s'il vous plait … j'ai marché plus de dix lieues avant d'arriver ici et j'ai froid et faim.

- Tu n'as donc pas de famille pour mendier ta nourriture ? lui demanda la voix derrière la porte.

- Ma famille … ma famille m'a bannie à tout jamais

- Qu'as tu donc fait ? tu as volé c'est ça ?

- Non monsieur.

- Alors quel crime as tu commis ?

- J'ai un petit avec moi, là dans ma hotte.

- Ah, je comprends…, je savais bien que tu me cachais quelque chose. Je ne veux pas de sorcière chez moi, même avec un enfant, entends tu ?

- Mais…

- N'insiste pas ou je lâche les chiens à tes trousses.

Désespérée, l'inconnue repartit trébuchant sur le sol gelé, elle frappa à la porte d'une autre maison, une masure de paysans ou des rires d'enfants résonnaient. Une jeune femme à la voix douce lui ouvrit et laissa la porte entrebâillée

- Que voulez vous ?

L'inconnue s'écarta de la jeune femme et vit dans la maison une bonne nichée d'enfants qui jouaient près de l'âtre, l'intérieur en était très rudimentaire quoique chaleureux « comme ils ont de la chance ces enfants là pensa t elle à rire d'un si bon cœur près d'un bon feu ». songeant un instant que son tout petit aurait pu être un de ceux là, elle reprit ses esprits :

- Par pitié.., Je viens de derrière la montagne et je n'ai pas dîné depuis deux jours, vous n'auriez pas un simple bol de soupe à me m'offrir, et une paillasse pour la nuit et demain je vous le promet vous n'entendrez plus parler de moi.

La jeune femme la regarda des pieds jusqu'à la tête.

- Qu'est ce que vous transportez comme ça ? demanda t elle en montrant du doigt la hotte qui lui collait dans le dos

- Ca c'est juste…

A ce moment le petit commença à glousser au fond de la hotte.

- Un enfant ? s'exclama la jeune femme surprise

- Oui fit l'inconnue en baissant les yeux.

- Mais..mais entre donc je ne peux pas vous laisser toi et ton enfant par un froid pareil et il a sûrement besoin de lait ton petit.

- Oui madame.répondit l'inconnue

Comme elle s'apprêtait à entrer, une main rude et puissante arrêta net l'élan de la porte. les enfants cessèrent de rire et regardaient l'inconnue comme un animal sauvage. La silhouette massive d'un homme s'interposa

- Attends, dit une voix rude. D'abord nous ne savons pas qui tu es ? d'où tu viens, et quelles sont tes intentions. Et de toute façon, je n'ai pas les moyens de nourrir deux bouches en plus, j'ai déjà plus qu'il n'en faut. Regarde … mon dernier n'a que six mois, il est malade et je n'ai pas de quoi lui procurer les remèdes.

L'inconnue comprit qu'elle n'aurait pas l'hospitalité sous ce toit, elle décida, le cœur serré de s'en aller. La jeune femme la regarda faire demi-tour avec désolation, en murmurant « Pauvre petite, soyez bénis par notre Seigneur » et, à regrets, elle referma le loquet de la porte.

Le vent glacé de l'Est s'était levé, la lune était pleine et haute dans le ciel garni de millions d'étoiles Ses mains et ses pieds lui faisaient horriblement mal mais elle se demandait si l'enfant, malgré tout le soin qu'elle avait pu mettre en l'emmaillotant de vêtements chauds, allait survivre au fond de son nid d'osier. Elle s'assit sur un petit muret en ruine et se défit de son précieux fardeau, ses doigts meurtris par le froid intense avaient du mal à saisir la couverture chaude qui entourait le bébé, délicatement elle y parvint et vit la petite frimousse rosie du tout petit qui respirait encore « Dieu du ciel ! » murmura t elle il vit. Je sais que tu as faim mon bébé, je suis sure que le Seigneur ne nous a pas abandonnés, il va faire un miracle je sais que tu as besoin de ce lait, il nous entendra j'en suis sure…lui dit elle en posant sa joue contre sa petite tête.

Tout à coup, elle entendit un meuglement de l'autre coté de la rue.

- C'est la PROVIDENCE ! le Seigneur nous a entendus.. écoute mon tout petit, oui ce soir ton estomac sera rassasié, ce soir, tu boiras du bon lait frais elle recouvrit le petit dans sa cage d'osier et traversa la rue. La maison attenante à l'étable paraissait vide, aucune fumée bleuâtre ne sortait du toit, pas une lueur de chandelle était visible sous la porte ni par les volets fermés. La voie était libre pour le pis salvateur, après tout ce n'était pas un crime que de vouloir sauver son enfant de la faim. Subrepticement, elle se glissa dans l'étable par une petite porte grinçante, il y avaient deux vaches dans l'étable, rendues nerveuses par la présence humaine, un rayon de lune passant par les planches ajourées indiqua à l'inconnue un seau qui traînait dans un coin. Vite, elle enleva sa hotte et la posa avec délicatesse contre la porte de l'établ, elle s'empara du seau et s'accroupit au pis de la bête, mais celle ci ne voulut pas se laisser faire,

- Ne t'inquiètes pas ma belle je ne te veux aucun mal, je veux juste un peu de ton lait pour nourrir mon bébé et ensuite je te laisserai tranquille. Tu connais ça toi hein ! tu as eu sans doute un petit veau sous ton ventre murmura t elle.

Mais la bête inquiète meugla et frappa des sabots sur le sol
Devant cette vache bien récalcitrante, l'inconnue se releva et s'approcha de la l'autre bête qui paraissait plus compatissante.

- Très bien ma cocotte lui dit elle je ne vais pas te faire du mal je veux juste un peu de lait pour mon tout petit. Comme tu es gentille…

Le lait commençait à jaillir du pis et crépiter au fond du seau quand une porte s'ouvrit dans le fond de l'étable vers le mur attenant l'habitation. l'inconnue eut juste le temps de lâcher le seau qui se renversa et de se baisser pour se cacher sous le ventre de la vache qui piaffait. Elle vit les deux jambes d'un homme qui marchait vers elle, portant une lampe à mèche qu'il balançait de droite à gauche et d'un gros gourdin serré dans son poing :

- Qui va là ? cria l'homme. Si c'est toi le Jean Loup tout maraudeur que tu es, je te ferais donner du bâton.

l'homme arriva devant la vache qui piaffait, se voyant découverte, l'inconnue se releva.

- Sors de là ou je te fends le crâne de mon gourdin lui dit t il

L'homme vit la petite silhouette de l'inconnue effrayée par le gourdin qu'il serrait dans sa main droite prête à frapper.

- Qu'est ce que …? bougonna t il méchamment entre les dents

- Je voulais juste un peu de lait répondit l'inconnue d'une petite voix. S'il vous plait ! je vous en supplie, ne me battez pas.

L'homme ne répondit pas, il promenait la lampe de bas en haut sur les contours de la jeune fille.

- Toi tu n'es pas d'ici, tu n'es pas du village, je ne te connais pas.Tu n'as pas l'air d'une paysanne dis moi …tes cheveux sont propres, tes mains sont douces, on voit bien qu'elles n'ont pas travaillées la terre. Et tu es drôlement jolie dis moi…Que faisais tu dans mon étable… ? lui demanda t il d'un air pervers. Tu t'apprêtais à voler le lait de mes vaches…c'est ça hein !

- J'avais juste besoin d'un peu de lait.

- Vraiment rien qu'un peu de lait ? Sais tu que pour ça je pourrais avertir la maréchaussée et pour punition tu passerais toutes tes nuits en prison ! fit il en montant le ton

L'inconnue, inquiète pour le bébé ne cessait de regarder la porte où était posé la hotte mais fort heureusement l'homme ne le remarqua pas. Il posa tranquillement son gourdin sur le sol et amenant la lampe à la hauteur du visage de l'inconnue, lui toucha la chevelure blonde et bouclée de ses gros doigts cornés.
-
- c'est vrai que tu es drôlement jolie lui répéta t il puis il ajouta alors… si je ne préviens pas la maréchaussée, tu me seras redevable et si tu te montres gentille avec moi…

Comprenant l'odieuse intention du paysan, l'inconnue le repoussa si violemment qu'il tomba sur la paille défraîchie.
Vite, elle s'empara de la hotte posée contre la porte et, alors qu'elle s'apprêtait à fuir, elle reçut une volée de bâton à la ceinture.
Le coup la fit tressaillir, elle en eut le souffle coupé mais, rassemblant ses forces elle poussa la porte et s'enfuit.

- Oh ! après tout va au Diable sale petite garce grommela l'homme en la voyant disparaître dans la nuit glaciale.

L'inconnue courut vers le chemin de l'Adret. Du haut de son perchoir, la lune brillait encore au dessus des maisons blotties contre l'église, les toits fumants exhalaient en silence une odeur de bois brûlé. Elle s'arrêta, voyant que l'homme ne la suivait pas et vit le village en contre bas :

- la volonté du Seigneur sera faite. Un jour ils connaîtront son jugement.

Elle erra encore longtemps dans la montagne avec la hotte qui lui semblait de plus en plus lourde comme Jésus sur le chemin de croix. Elle ne sentait plus ses pieds ni ses mains, la faim lui tenaillait tout le ventre qu'elle faillit maintes fois tomber à terre. Arrivée au plus haut point, toutes les étoiles du ciel tournèrent dans ses yeux d'enfant et, à bout de forces, elle trébucha, et tomba avec la hotte accrochée a son dos, comme un arbre déraciné par la foudre, au fond du trou du cerf.

Au printemps, un berger qui cherchait des herbes dans le trou retrouva deux squelettes, celui de la jeune fille et du bébé qui était encore enveloppé dans la couverture chaude de la hotte. Il les enterra sous un vieux chêne et n'en dit mot à personne. Ce berger s'appelait Eloi Buges et il était mon ancêtre. Le secret est resté dans la famille pendant des générations. Pendant des générations on a craint qu'un jour la main du Seigneur ne frappe le village pour sa cupidité et son égoïsme. Quand j'ai vu ce brouillard qui descendait du ciel pour avaler la terre, j'ai tout de suite compris que ce jour était arrivé.

- Tu veux dire que notre destin est entre les mains du Seigneur à cette heure ? demanda Emma

- le Seigneur est bien exigent, deux morts ne lui suffisent donc point. Dit le grand père ENGRAND en joignant les mains sur le pommeau de sa canne.

- Ecoutez moi vous tous, si vous voulez sauver vos âmes, voici ce qu'il faut faire….

- Nous t'écoutons.

- Je suis une vieille femme et je crois avoir fait mon temps sur cette terre, ma fin est proche. Si le Seigneur accepte, je suis prête à rendre mon âme pour vous racheter de vos pêchés. Ainsi, la malédiction qui plane sur le village sera levée et vous pourrez vivre comme avant. Mais ce n'est pas tout, il vous faudra aller dans la montagne et ramener les corps de ces malheureux pour leur donner une grand messe et une vraie sépulture de chrétien au pays.

- Mais ça c'est impossible avec ce brouillard dit un paysan.

- Ayez confiance en le Seigneur et le sort disparaîtra.

Un matin la vieille femme se leva de très heure, bien avant le chant du coq, quelqu'un la vit entrer dans l'église par la grande porte car elle savait que personne ne la suivrait. Elle se signa quatre fois à genoux devant l'autel et murmura quelques incantations en tête à tête avec l'homme crucifié.
Puis elle rentra tranquillement à la ferme. Dans l'après midi elle choisit une robe de coton épais et s'allongea sur son lit, les mains jointes sur la poitrine, lui donnaient l'air d' un gisant de marbre. Le lendemain matin, avant que le jour se lève, on la retrouva morte, dans la même position. On brûla quelques bougies pour la guider dans son dernier voyage. La mère Buges agenouillée près du corps de noir vêtu récitait des prières, les deux enfants prenaient un air solennel. Tout à coup, un rayon de soleil doux et feutré éclaira la chambre obscure comme si l'arrivée d'un ange était imminente.

- Dieu soit loué ! s'écria Emma, Mémé Buges avait raison. Paix à son âme ! et elle se signa.

Le brouillard se levait enfin, on aperçut le clocher de l'église, les toits et les murs des maisons, puis les pâtures, la vallée en contre bas et les nuages se déchirèrent dans le ciel pour laisser place à un soleil majestueux.
Tout le monde se crut à l'aube d'un nouveau jour dans un nouvel ordre des choses.

Le village avait repris ses habitudes, le curé Boudoux arriva un jour au volant d'une nouvelle automobile et retrouva ses ouailles. On enterra mémé Buges et Angelo le berger après une belle messe où tout le monde était rassemblé.
Buges fut jugé pour homicide involontaire et fut condamné à cinq ans de prison malgré le témoignage du maire et des villageois. Le maire Chanes écarta définitivement toute idée de démission, il désigna une petite troupe qui prit le chemin du trou du cerf pour y exhumer les restes des deux victimes. Ils trouvèrent sous le vieux chêne, quelques ossements indistincts qu'ils mirent dans un cercueil de bois blanc qui ne portait pas de nom et le transportèrent jusqu'au petit cimetière à flanc de montagne dominant la vallée.

SI vous passez un jour près d'ici, allez donc faire un tour au cimetière, et là, bien à l'ombre d'un tremble vous songerez sans doute à ces deux êtres innocents que la méchanceté des hommes avait bannis.
Fin.

Michel Courseaux


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