Western Picasso
de Michel Rans



Combat..

Sous ses doigts le fusain voletait sur la toile dans des crissements pénibles déchirant par moments le silence de la pièce.
Parfois il quittait sa place et s’approchait du modèle comme un chat devant un oiseau, puis précipitamment rejoignait l’esquisse et retouchait un trait, une ombre, une courbe.
Le corps nu sur le sol, torturé, incongru, recroquevillé dans une pose douloureuse exprimait sa vie sur la jute glauque.
L’atmosphère de l’atelier sentait la souffrance, la sueur et la peine. Par terre contre les murs, faces invisibles, des tableaux reposaient enfin.
Lorsque repu de son modèle, imbibé de sa chair et de son âme il posait le fusain, il changeait l’esquisse contre une toile nouvelle, vierge et soumise. Et prenant ses pinceaux il travaillait sans mollesse, mélangeant les couleurs, étendant la pâte en couches précises, sculptant les détails, allant jusqu’au bout de son art. Il puisait dans ses ressources la force de peindre. Chaque geste comptant pour saisir toute une vie, comme quelque chose d’impudique il rendait ce corps à son impression première.
Dans ce combat entre l’homme et la toile, pas de place pour le doute, la main était sure et la matière rebelle. Et lorsque épuisé, le modèle évaporé il retombait lourd sur son fauteuil déchiré, la toile recouverte d’un linceul nuptial prenait son vrai nom : …Une œuvre.
                                                                     Toussaint Sbreccia

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