Suspense
de Michaël Dupont


Bonjour lecteurs et lectrices de tout poil ! Merci de me lire!
Voilà. Je vais vous raconter… comment dire… mon histoire. MON histoire. Mais ce n'est pas une autobiographie. Ce qui est difficile, quand on écrit une histoire, surtout si c'est la sienne, c'est de trouver le début et la fin. Mais je ne sais pas par où commencer la mienne. Voyons… par où pourrais-je commencer ? Je pourrais commencer l'histoire à partir de ma conception, mais ce serait trop long, et assez dénué d'intérêt surtout. Et savoir comment je fus conçu, cela vous vous en fichez, n'est-ce pas ? Donc, il faudrait trouver un moment plus propice de ma vie pour débuter mon histoire. Nous allons par conséquent nous placer un peu plus loin que l'origine sur le fil de ma vie. À ce moment…

Ah oui ! Au fait ! J'espère que vous avez apprécié ma préface, vous ne savez pas comme c'est compliqué à écrire ! Désolé de cette interruption. Reprenons. À ce moment…

J'espère que vous avez bien compris, il ne s'agit pas d'une autobiographie. Non, mais on ne sait jamais… Si quelqu'un a lu un peu vite… Enfin, bon. Il ne faut pas lire ce texte comme une autobiographie. Enfin… vous verrez bien. Prenez le texte comme il vient et laissez-vous entraîner dans l'histoire. Devenez moi pendant le temps d'une lecture. Cette histoire, je vous préviens tout de suite, n'est pas gaie. Elle…Bon ! Lisez et vous vous rendrez compte. Ma préface se termine, je vous souhaite bonne lecture ! Nous disions donc : À ce moment…


Je me trouve dans une boîte. Une boîte où il fait noir. Totalement noir. Moi et plusieurs de mes congénères sommes à l'intérieur. Il n'y a pas beaucoup d'espace. Le silence est omniprésent. Pas un bruit, rien. Tout est immobile. Soudain, je sens que l'on bouge. Cela me sort un peu de ma léthargie, et j'écoute attentivement pour essayer de comprendre ce qui se passe. Je crois entendre des bribes de conversation, mais je n'en comprends pas les paroles. Ah ! Cette satanée mousse ! Elle étouffe les bruits ! Elle les étouffe si bien que ceux qui parviennent jusqu'à nous sont totalement essoufflés, et n'arrivent pas à nous dire quoi que ce soit. Enfin... bon (oui, je sais ! Mais j'aime bien cette expression. C'est comme un tic.).

Nous avons stoppé un moment, puis le brinquebalage a repris. Oh ! Il ne faut pas croire que le déplacement de la boîte, et par conséquent, de nous, de moi, était effectué avec délicatesse. Jeté (Là, j'ai mis le masculin, mais j'aurais aussi bien pu mettre le féminin. On me donne plusieurs noms chez vous. Certains masculins, d'autres féminins. Quant à moi, eh bien, je n'ai pas de sexe, je m'en fiche, je ne suis ni mâle, ni femelle, mais il n'y a pas de terminaison dans votre langue qui convienne à ma situation. Il est vrai que peu de nous écrivent. Enfin, bon. J'ai mis le masculin parce que c'était moins long à écrire. Voilà tout.), secoué dans tous les sens, balancé, je ne pouvais qu'attendre, et espérer que le voyage sera de courte durée.

Malheureusement, il n'en fut rien. Après une durée incalculable, le calvaire prit fin. Je sentis un choc. Nous avions été "posés", si l'on peut dire, sur le sol, à en croire la durée de la chute. J'attendis encore quelques instants, puis le couvercle de la boîte se souleva. J'eus peur d'être aveuglé par les rayons du soleil, moi qui avais passé tant de temps dans l'obscurité. Eh bien, non. Il ne se produisit heureusement pas la brûlure que j'avais prévue et appréhendée. Alors, je compris. Nous étions dans un sous-bois. Les rayons du soleil étaient arrêtés par un écran de feuilles et de branches. De plus, le soir tombait. Je fis une découverte. Pas de celles qui sont importantes, non. Cela pourrait même être qualifié de détail. Une découverte pour moi. La boîte, dans laquelle j'avais passé une part si importante de ma vie, était verte. D'un vert sombre.

Je ne pus pas poursuivre plus loin mes investigations, car je fus saisi par une main immense (mais toute main est immense à mon échelle) et placé à l'intérieur d'un appareil étrange, que je n'avais jamais vu, mais que je reconnus instinctivement. Je crois que chez vous cela peut s'appeler "pistolet" ou "flingue" et peut-être d'autres noms encore. Donc, je fus introduit dans le "flingue", de nouveau plongé dans la nuit, mais cette fois je m'y sentis immédiatement à l'aise, comme si moi et le "flingue" aurions dû être ensemble depuis longtemps. J'avais envie de rester à cette place indéfiniment. J'avais trouvé l'autre moitié, j'avais trouvé ma place. Je crois que chez vous aussi il se produit un phénomène similaire. Vous appelez cela l'"amour", je crois. Quoi que ce soit, j'étais bien. Je fus, ou plutôt nous fûmes déplacés une nouvelle fois, mais cette fois, les cahots m'incommodaient moins, pourtant la situation n'était pas meilleure : le noir, peu d'espace et de bruit. D'ailleurs, à mesure que nous avancions, le faible bruit se faisait encore moindre comme s'il eût voulu disparaître, et les déplacements se faisaient plus doux, plus coulés.

Cela me berçait, et je me serais endormi si nous n'avions pas stoppé subitement. J'essayai d'apercevoir quelque chose par le trou au bout de la partie du "flingue" que vous appelez je crois "canon" (pas facile), et je vis un être humain, comme vous. Il était petit, de ceux que vous nommez les "enfants". Lui ne nous vit pas, il avait le dos tourné et semblait chercher quelque chose tombé à terre. Je réfléchis. Si le "canon" était pointé sur l'"enfant", cela voulait dire que l'être humain qui tenait le "flingue" le visait.

- Cette fois, je vais t'avoir. Et tu ne verras même pas d'où ça vient. J'ai réussi à ne pas me faire entendre. Il s'agit de bien viser, il ne faut pas que je le manque, pensa Pierre. J'ai bien mis les bons projectiles… Attention ! A trois ! Un… deux…

Je sentais instinctivement qu'il allait arriver quelque chose. Une nouvelle fois, mon instinct ne se trompa pas.

- Trois !

Je fus projeté à une vitesse inimaginable en direction de l'"enfant". Ce fut la plus grande peur, et la dernière, de ma vie. Je touchai l'enfant dans le dos, causant une tache rouge sur son T-shirt. La dernière chose que je vis fut une feuille morte qui tombait, prémices d'un automne approchant. L'enfant poussa un cri et tomba sur le sol encore humide d'une récente averse. Une voiture apparut sur le chemin, une femme en sortit. Elle aussi poussa un cri, en apercevant l'enfant.

Je me permets d'interrompre mon histoire un moment. Après tout, c'est MON histoire. J'ai plusieurs choses à dire. Déjà, je suis sûr que certains d'entre vous se disent : "mais comment peut-il raconter son histoire s'il est mort ?" ou encore, ceux qui croient avoir deviné ce que je suis : "mais il lui est impossible d'écrire, même de penser". Bon. Ceux qui ne me croient pas, vous pouvez arrêter là la lecture, les autres resteront et connaîtront le fin mot de l'histoire. Légèrement en rapport avec ce qui est dit précédemment, quand je parle de ceux qui croient avoir deviné ce que je suis. Je suis confus, je viens de me rendre compte que j'ai oublié de vous dire ce que je suis. Il faut me comprendre aussi ! Pour moi, ça tombe sous le coup de l'évidence, mais pour vous... Est-ce que vous précisez, vous, qu'il s'agit d'êtres humains, dans vos histoires ? Non ! Pourquoi ? Parce que pour vous cela tombe sous le coup de l'évidence ! Evidemment, si vous ne savez pas qui je suis, cela complique un peu les choses. Enfin, bon. Je vais vous dire qui je suis.

La mère courut vers son fils affalé sur le sol en lui invectivant de se relever. Elle le prit par le bras et le gronda.
- Mon dieu ! Frédéric ! Regarde dans quel état tu es ! Et on doit partir chez grand-mère dans 5 minutes ! Qu'est-ce que tu faisais ici ? Je me doutais bien que tu y étais, comme d'habitude !
- Mais maman, dit le garçon au T-shirt sali, c'est pas ma faute, c'est mon copain Pierre ! Il m'a tiré dessus avec son pistolet de paint-ball, ça m'a surpris, je me suis pris les pieds dans une racine et je suis tombé ! C'est pas ma faute maman !
- Jouer au paint-ball ! Mais tu n'aurais pas d'autres choses plus importantes à faire ! J'espère que ça part, au moins, cette peinture. Sinon tu va te retrouver avec un chiffon au lieu d'un T-shirt ! Pierre !
- Oui madame ?
- Je n'ai rien contre le fait que vous jouiez au paint-ball, toi et mon fils, mais nous devons aller chez sa grand-mère, alors fais attention à l'avenir ! Dis donc, elle part cette peinture ?
- Oui c'est de la peinture à l'eau.
- Ouf ! Heureusement ! Aller, rentre chez toi, ta mère va s'inquiéter. Frédéric !
- Oui maman ?
- Aller, dépêche-toi ! File te changer en vitesse !

Je suis une balle, une bille, un projectile de paint-ball.

- Oui maman !
© Michaël DUPONT 2001
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