Noël désormais...
de Marybé

 

Depuis quelques jours, il flotte des accents d'une fébrilité incongrue au cœur de l'ambiance. Serait-ce le climat ou quelques autres raisons ? Il semble qu'un soleil frileux épouse un ciel neigeux. Les nuages, quant à eux, paraissent grelotter sous le souffle d'un vent puissant. Tout s'explique lorsque je prends conscience que nous voici déjà à l'aube de décembre. D'ici peu, les douze mois complétés, c'est une année entière qui va être archivée.

Mais, bien sûr, cet archivage doit se faire dans les règles de l'art. Traditions obligent, il faut s'y tenir. Il conviendra donc de fêter dignement d'abord la naissance d'un enfant, ensuite celle de l'année nouvelle. Ces deux jours fêtes vont être l'occasion et servir de prétextes à grand nombre de réunions et de cérémonies diverses. Ce n'est pas que les fêtes soient pour me déplaire, mais elles me donnent parfois l'impression que je suis emportée au cœur d'un tourbillon. Que finalement je ne suis plus qu'un pion servant avec fidélité notre système basé sur la consommation.

Diriez-vous que j'ai tort ? Avez-vous remarqué comment, dès les premiers jours de décembre, nous sommes agressés de tous les côtés par moult et diverses publicités ? Certaines vantent les mérites de recettes infaillibles pour la cuisson d'appétissants jambons, de pâtés aux oignons ou encore de dinde farcie à la purée de marrons. D'autres, images à l'appui, nous indiquent même le stratagème pour réaliser un dessert, une bûche à la crème d'une parfaite imitation. Bien sûr un bon repas fait partie d'une fête et je ne vois pas là raison à m'objecter. Un repas soigné qui sort de l'ordinaire que l'on partagera avec tous ceux qu'on aime c'est sûrement un moment précieux de bonheur savoureux.

Mais ce qui me semble être une concession faite à un système basé sur la stricte loi du règne monétaire, c'est cette course effrénée, cette chasse aux cadeaux qu'il faut, à ce qu'on dit, absolument faire. Ces cadeaux qui se voient confier l'importante mission de traduire les sentiments d'affection sincère.

Alors commence le tourment, l'infernale fatigue ; la ruée pour trouver les objets adéquats. Il y a un cadeau à trouver pour cette chère Tante Germaine que l'on ne connaît pas vraiment. En effet on ne la voit jamais plus qu'une fois par an. Ensuite, il convient de trouver un petit quelque chose pour cette cousine lointaine ou encore le cousin revenu récemment de la terre de Baffin. Et puis, il faut prendre garde d'oublier le petit de la voisine Irène. Et c'est de cette manière que des noms s'ajoutent à d'autres noms. La liste des récipiendaires s'allonge dangereusement. La tradition étant, on s'épuise dans de multiples courreries bravant la cohue qui se rue, espérant comme nous dénicher, sans trop y croire vraiment, le cadeau qui sera apprécié. Ce dernier devra, en principe, remplir le bon office et être le témoin de l'affection ou l'amitié que l'on doit ou que l'on est supposé éprouver.

Les règles sont faussées. L'artifice est très souvent le maître. De plus, durant ces temps de fête, il arrive aussi que l'on fasse des choses vraiment impardonnables. Qui de vous peut jurer ne pas avoir un jour, pris de court par les circonstances, offert à une personne malencontreusement oubliée, un objet reçu précédemment tout en disant d'une voix ingénue : "j'espère que ce petit quelque chose va vous plaire, je l'ai choisi expressément pour vous." J'ai, pour ma part, un jour commis ce sacrilège dont je me repens bien sûr depuis ce temps. Mais l'infamie commise voilà bien des années revient invariablement me hanter et troubler ma conscience.

Dans tout ce déploiement, comment départager les sentiments sincères de ceux qui ne sont dictés que par les convenances ? Je milite pour que l'on mette fin à toutes les offrandes, du moins celles que l'on fait juste par obligation ou encore par souci des traditions.

J'ai pris quant à moi, une résolution et je vais m'y tenir. Désormais je refuse ces Noëls tourments semant dans leur sillage ces graines d'hypocrisies. Ils grugent mes énergies et me forcent à jouer une étrange comédie. De plus, ils hypothèquent lourdement le budget des semaines à venir. Non, ce que je veux désormais c'est inaugurer un Noël paisible et vrai. Une fête de Noël joyeuse, sans affolements ; enfin une fête qui aura retrouvé sa signification profonde. Un Noël qui remette au cœur de ma mémoire ce fait ; qu'il y a de cela longtemps, un tout petit enfant est né qui se disait le sauveur du monde. Cette histoire est jolie et il faut s'en souvenir. Retrouver l'authenticité des Noëls d'antan et les simples bonheurs ; le bonheur de veiller et de chanter ensemble.

Le monde où nous vivons a une fâcheuse tendance. Il veut absolument à nous faire croire que le bonheur tient dans toutes ces multiples choses que l'on peut acquérir. Il laisse supposer que tout peut s'obtenir, qu'il suffit de payer. Pour ma part, je ne peux me rallier à cette croyance.

Non, je sais que le bonheur, l'authentique, le sincère, le profond ne s'achète dans aucun marché. Je sais qu'il est ailleurs. Je sais qu'il se loge au profond du cœur. Il est dans l'accueil ; il est dans le partage ; il est dans le regard émerveillé que l'on porte à la vie.
Fin

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