Le départ
de Martin Benoit

I


Demain, c'est le grand jour. Le jour ou tout va changer. Combien est on dans ce cas, à quitter nos familles, nos amis, nos vies. Combien en reviendrons ?
Et tout ca pour quoi ? Quelques hommes peuvent-il décider de ce suicide collectif ? Quelle cause est assez juste pour voit tant d'hommes mourir, laissant tant de gens dans la souffrance.
Et dire que demain je fête mes 22 ans. En allumant la télévision, je remarque que toutes les chaînes en parlent. Ils montrent tous ces cercueils de retour de la bas, habillés du drapeau national. Serais-je comme ca moi aussi, est ce que ca sera ca mon billet retour, en première classe au frais de l'état.
En m'endormant, je me rends compte que tout cette vie va me manquer. Toute la monotonie qui anime mon existence, et, dont je me plaignais sera sans doute ma seule force la bas, dans ce pays inconnu. Et elle, myrlene, sera l'unique flambeau qui éclairera mes nuits.

J'ai rencontré Myrlene il y a trois ans, je sortais alors de l'école et un grand avenir s'offrait à moi. Je recevais des offres d'emploi de tout le pays, n'ayant que l'embarras du choix. Un jour, alors que je prenais le métro, je tomba sur elle, et plus rien n'eut de sens.
A partir de la, seul les gens ayant connus ce sentiment me comprendront. Elle sut faire fondre l'armure que toutes ses années d'études avaient construit. Son seul visage semblait justifier toutes les guerres, les maladies de ce monde. Ses cheveux, d'un blond étincelant tombais sur son dos en un dessin parfait, et, son visage d'une rondeur d'enfant exprimait toute la beauté et la fragilité d'un paysage d'automne. Je pris mon courage à deux mains et l'invita ; La suite est très classique.
Trois mois plus tard, nous aménagions ensemble et, en plus d'un bon travail grassement payer, je possedai une femme qui me rendait heureux.
Mais, comme c'est le cas dans ce genre d'histoire, ce bonheur de l'instant tomba dans la monotonie du quotidien. D'ange, elle se transforma petit a petit en fée du logis puis en femme du logis. Mon travail me prenait tout mon temps et, si l'argent affluait, quelque chose mourrait petit à petit, et les journées se répétaient inlassablement. Bien sur, vu de maintenant, tout cela me semble d'une délicieuse protection, mais alors, je pensai tomber dans une spirale descendante qui tuai notre relation à petit feu.
Au niveau sexuel, les feux d'artifices du début, laissèrent la place à des relations semblable au frottement d'une allumette qui s'allume, la sacro-sainte partie de jambe en l'air du samedi soir, certainement chère à nos amis du gouvernement qui se moque bien de notre gigantesque cimetière qu'est devenu ce pays lointain, à l'autre bout du monde.
Au début personne n'en parlait, chacun pris dans ses occupations journalières ; lever 5h30 puis déjeuner seul, retour le soir a 21h, repas (viande le mardi et jeudi et légumes le reste du temps) puis coucher à 22h. Le week-end, repas chez les beaux-parents avec les éternelles questions sur le futur petit-fils.
Je vous l'accorde, ce n'était pas réjouissant, mais quand je pense à ce qu'il m'attend la bas, cela ressemble fortement à une idée du paradis.
Bien sur, cela a craquer un jour et elle est partie. Mais, dans la suite logique de l'histoire, elle ait finalement revenu. Vie normale, travail normale, que cette musique semble douce en ce dernier soir de paix.
Comble de cette histoire ordinaire, j'ai eut une maîtresse, une secrétaire sexy comme on en voit dans les films, blonde pulpeuse, rattrapant dans son décolleté, le manque qu'elle avait dans la cervelle.
Finalement un an et demi plus tard, je perdis mon job, et resta au «vacance forcer » quelques semaines, qui fut le paroxysme de l'ennui. Elle avait l'impression d'avoir hériter d'un objet encombrant, inutile. Moi, je pris cette nouvelle comme la fin du monde et tomba en déprime. Je ne servais plus à rien et me laissai vivre. A aucun moment, j'aida myrlene dans ses taches, jouant juste mon rôle involontaire de poids inutile.
Et la guerre éclata. A 6500 kilomètres d'ici, des soldats du contingent tombèrent dans un guet-apens. Bilan lourd : 45 morts, 300 blessés. Notre gouvernement fraîchement élus, décida de faire du zèle, et le temps du pacifisme fut révolu. Bien sur, à aucun moment les gens d'en haut ne se demandèrent qu'avait put faire des soldats français dans un pays inconnu, et que, à force, peut être tout ceci aurait put arriver.
Et comme à l'accoutumer, ce sont les gens du peuple qui durent partir la bas. Au bout de six mois, alors que les cercueils des soldats revenaient de plus en plus nombreux, des voix dissidentes se firent entendre, vite maté par le gouvernement. Depuis, qui est contre la guerre est contre le pays, et les traîtres sont mal vues dans ce genre de situation.
De mon coté, j'avais retrouvé du travail, très bien payé lui aussi. Et tous ces événements paraissaient lointains et hors de nos vies. Je restai simplement dans notre bulle lisse, parfaite, d'un ennui terrible et avilissant. Puis, cette lettre est arrivée. On manque de force nouvelle la bas, et suivant les nouvelles loies en vigueur, quiconque pouvait être appeler, et je fis parti de ce quiconque.
Le dernier jour avant mon départ, je bu avec volupté toutes ces choses, ces petits rien qui font la vie. Je me nourrissais de ce que, plus tard, las bas, deviendrai mon unique nourriture.
Le bruit de l'aspirateur devint une symphonie de Mozart, et, le repas devint le vin des dieux de l'olympe. A chaque instant je tentais de garder en souvenir tous ces bruits familiers que je n'avais jamais entendus auparavant.
Je n'ai pas tout de suite montrée la lettre à Myrlene, et, quand je pris le courage de lui dire, elle ne réagit pas du tout comme je lavais penser.
Elle me demanda simplement quand je reviendrai. Voit-elle toutes ses images de la bas, les corps mutilés, meurtris de ces hommes de mon âge ? . Peut être, l'un d'eux, travaille au même endroit que moi, un autre est peut être sur le point de trouver un vaccin contre le sida et, la, devant les cameras du monde entier, il souffre le martyr sur ce morceau de jambes qui lui reste. Au fond, je la comprend, les médias ne répètent t il pas toujours que tout va bien, que ses hommes morts ne sont que des dommages collatéraux… ?.

II

Cette nuit, j'ai fait un rêve. Je me trouvais dans un tranché, le feu adverse était intense. Tout a coup, une personne sort du camp adverse, les bras tendus, je tire… Myrlene s'effondre dans la poussière, un unique trou sur son front. M'y précipitant, je la vis, Son visage était blême et, dans ses yeux, on pouvait y voir toute la surprise de ces moments la, de ceux qui ne savent pas que la fin du voyage est proche.
Et cette question en suspend sur ses lèvres : pourquoi ?
Je sursauta, tentant de reprendre mes esprits. Tout était calme dans la chambre, un silence de mort. Myrlene dormait profondément, son visage, n'exprimant que le calme, la quiétude. Se rendrait-elle compte de ce qui allait arriver ? Je ne pense pas et, finalement, j'espérai qu'elle ne s'en rendrait jamais compte. N'arrivant plus a fermer l'œil, je me remémora de vieux souvenirs.

Dans le flot de mes pensées, alors que mon départ aurait lieu dans 6 heures, je revis le visage de ma mère. Elle était froide, dure mais toujours juste. Son physique ressemblait à toutes ses femmes qui ont travailler toutes leurs vies pour un mince salaire. Cette dureté a rejaillit dans son caractère. Elle n'a jamais sut témoignée du moindre amour envers moi, et ses gestes de tendresse étaient très rares. Je sais, néemoins qu'elle a toujours fait de son mieux, m'éduquant comme elle put. Il y a trois ans, le poids de toutes ses heures de travail eurent raison d'elle, et elle mourra d'une crise cardiaque. Je pense qu'elle aurait été fière que je sois appeler, elle, qui grandit pendant une autre guerre, géographiquement très proche celle ci. Je n'ai jamais connu mon père, la légende veut qu'il ait disparut un jour, sans doute effrayer à l'idée de voir sa femme enceinte. Comme disait maman, dans ces rares moments de discussion, il ait parti au tabac, on l'attend toujours. Peut être, y a t elle-même crut à un moment.

III

Ne pouvant plus de rester allonger et laissant mes pensées naviguer, tels les drakkars nordiques, je décida de me lever, explorer une dernière fois ce lieu si commun pour moi. Arriver à la cuisine, mon regard fut attiré par la boite à pharmacie. Dedans, se trouvent des dizaines de pilule différentes, seul moyen sans doute, que myrlene ai trouver pour tenir, enfermer dans cette tour d'ivoire. Pris dans mes pensées, je tomba sur une boite au nom inconnu : balium.
A première vue, on dirait une boite d'aspirine commune au autre mais, en regardant de plus prêt, je me rends compte que c'est un puissant somnifère. Quelque dizaine seulement tuerait un éléphant dans la force de l'âge. Une image me vient. Moi, tuant un enfant innocent, juste une victime, né au mauvais moment et au mauvais endroit. Pourrais-je subir ca, je préférerai retourner l'arme contre moi. Une douleur intense m'envahit, et cette certitude que je ne partirai pas, ce n'etai pas ma guerre ni ma cause.
La guerre avait pris une mauvaise tournure pour nous à ce moment la, et l'état d'urgence fut décréter, donnant les pleins pouvoirs aux gens d'en haut. Première lois, la désertion devenait passible de la peine de mort et, dans les sondages, le peuple était d'accord, enfin le peuple qui ne partait pas.

Sans y penser, je mis cette boite dans ma poche, et alla dans la salle de séjour. C'est une grande salle, neutre, impersonnelle, seulement composée d'un grand sofa, d'une petite table et d'un home cinéma, que d'espace gâché. Je m'y installa.
Non, je ne peux pas partir, ce sera au-dessus de mes forces. Je ne pourrais quitter cette maison. A chaque recoin, je remarque un détail nouveau qui me fait redecouvrir ce lieu. En regardant autour de moi, je commence inconsciemment à prendre les pilules, l'une âpres l'autre. Puis, je lâche la boite et commence à sombrer.
Non, je ne pourrais pas y aller, et alors que je sens mes forces décroître, je me sens heureux, en paix. Heureux de penser à tous ses moments passés, ces petits riens.10892

FIN


Retour au sommaire