Les étriers du roi
de Martin Benoit


I

Fait à Lyon, le 20 janvier 2004,


Monsieur le professeur,
Comme vous m'aviez demandé, je me permets de vous écrire. Je travaille en ce moment sur mon mémoire qui portera sur une légende urbaine, celle de François Ferdinand Lemot, l'architecte de la fameuse sculpture du cheval de bronze de Louis XIV, qui se situe place Bellecour à Lyon.
On raconte qu'il se serait suicidé en se rendant compte qu'il avait oublié de sculpter les étriers de louis XIV. En faisant mes recherches, je suis tombé sur une correspondance entre son frère et un homme de science datant de 1827, l'année de la mort du sculpteur. Ce document me laisse perplexe. Je vous le joins afin que vous puissiez l'étudier.
salutations
Mickael lemat

II

12 mars 1827.

Cher ami,
Tout d'abord merci pour ta lettre de condoléances, elle me réconforte dans mes moments de solitude. Il est bien, dans ces moments de tel gravité, de savoir qu'un ami est la, et pense à vous ; mon frère aurait certainement aimé. Je souhaite comme toi, que les gens n'oublie pas tout ce qu'il à fait au cour de sa vie, mais, vois tu, je ne vois pas en l'avenir un monde propice au goût de la sculpture, ou toute forme d'art, plutôt un futur sombre, fait de guerre et de destruction. Sans doute me diras-tu (avec ton humour qui me manque bien), qu'un homme dans ma situation ne peut voir le monde différemment, et tu as sans doute raison.
En effet, voici trois mois que le célèbre sculpteur François Ferdinand lemot nous a quitter, et je dois te dire que les lettre d'hommage commence à se raréfier. C'était mon seul passe temps pourtant, et le fait de répondre à tous ces gens m'empêchaient de trop en souffrir. Aujourd'hui, je commence à étudier ses œuvres, seul témoignage de sa vie passé.
En attendant, sache que mes pensées, ainsi que celle de mon frère, j 'en suis sur, te sont destinées.
Louis Ferdinand Lemot

28 Avril 1827

Cher ami,
Au cours de notre dernière correspondance, je t'ai parler de ma nouvelle occupation pour les œuvres de mon frère. Comme tu le sais, je n'ai jamais partagé son goût pour les arts, étant plus attiré par une vie fait de voyage et d'aventure. Mais, une œuvre m'a particulièrement fasciné, celle de la reconstruction de la fameuse statue de bronze qu'il a faite un an avant sa mort, et, qui se trouve au centre de Lyon. Etant lyonnais de naissance, je connaissais son existence.
Alors que je mis rendis, je surpris la conversation de deux soldats de Charles X, ayant pour objet la fameuse statue. Elle portait essentiellement sur la mort de François Ferdinand. N'osant point m'en mêlé, je ne put comprendre que quelques mots épars. L'un d'eux, raconta que mon frère ne serait pas mort naturellement, mais qu'il se serait suicidé à cause d'étriers qu'il aurait oublier d'apposer au bas de la statue.
Et c'est vrai, il manque les étriers à cette statue, mais aurait-elle pousser mon frère au suicide ? , et si oui, pourquoi a-t-on parler de mort naturelle ? .
En elle-même, la statue est majestueuse. De couleur vert cassé et trônant au milieux de ruines (les plaies restantes de l'insurrection des jésuites il y a un an), elle semble régné sur la ville. En m'approchant, je remarqua néanmoins les restes d'une phrase effacée. Cela semble être du latin ou du grecque et ressemble à une prière. Je t'envoie en double ce que j'ai pu retranscrire. Peut être pourras-tu m'aider à le déchiffrer ? As-tu entendu parlé de ses étriers ?
Louis Ferdinand Lemot

1er juin 1827

Cher ami,
À mesure que se développent mes recherches, la situation devient de plus en plus mystérieuse. Apres trois jours de recherche dans les affaires de mon frère, je décida, bon gré mal gré de rendre personnellement visite au médecin qui pris acte de sa mort. C'est un homme froid, de grande taille, qu'on doute plus habile avec les outils de médecine, qu'avec les sentiments humains.
Il me parla d'une voix rocailleuse, sans détour. Pour lui, la mort naturelle n'était qu'une hypothèse, et rien ne devait être écarté, même pas le suicide. Il me parla aussi d'un dessin sur son omoplate droit désignant une croix païenne et deux étriers. Je te laisse imaginé ma surprise quand à ce dessin.
Plus tard, alors que je poursuivrai mes investigations dans ses affaires personnelles, je tomba sur un tableau qui me fit froid dans le dos : il représente trois personnages, dont deux sont agenouillés, et semble attendre une sentence de mort. Dans leurs regards, on ne lis aucune crainte, une sorte d'admiration sans limite, malsaine semble les habiter, comme s'ils voulaient se donner en offrande. Des étriers leur lacéraient le cou. Tous deux sont habillés comme les esclaves du XVII eme siècle. Le troisième, debout devant eux, porte des vêtements majestueux, que seulement quelques hommes de grande puissance ont du porter dans l'histoire. L'ensemble brille comme un soleil, et donne l'impression d'une aura immense autour de Alors que je m'approcha un peu plus, un détail me fit arrêté de respirer. Les deux personnages à genoux n'étaient autres que moi et mon frère, alors que le troisième était louis XIV. Il me fallut près de dix minutes pour reprendre mes esprits, et quand mes yeux se retournèrent vers le tableau, un autre détail qui m'avait échappé la première fois, me sautèrent aux yeux. En arrière plan, un quatrième personnage nous observait, il semblait jeune, sorti d'une autre époque, d'un lointain futur. Les couleurs de ses vêtements étaient criardes, d'un rouge vif, avec comme écusson une virgule.
Voilà, tout cela prend une tournure inquiétante.
Louis Ferdinand lemot

12 juillet 1827


Cher ami,
Cette recherche m'obsède de plus en plus. Hier, je suis tombé sur un carnet de note de mon frère. Ses deux dernières années, il semblait vouer un culte immense à Louis XIV. Dans chacune de ses notes il parle de lui, semble avoir fait beaucoup de recherche tant il connaît les moindres détails de sa vie et en fait sans cesse référence. De plus, il le couvre sans cesse de louanges. La partie la plus intéressante concerne les mois précèdent la réalisation de son œuvre. Il montre une excitation sans limite presque infantile à ce projet. Des idées lui affluent tout au long de ses écrits. Cela m'amuse et m'effraie en même temps. Comment peut-on admirer un homme a ce point ? Jusque ou l'identification peut-elle aller ? .
Vers la fin du carnet, j'ai trouver une phrase ressemblant à s'y méprendre à la phrase effacé sur le monument : A toi, ma lumière éternelle.
Connais-tu cet adage ? prends soi de toi
Louis Ferdinand lemot

20 octobre 1827

Cher ami,

Avant tout, accepte mes sincères excuses quant à mon silence de ces derniers mois. J'ai bien reçu tes derniers courriers et espère ne pas t'avoir trop inquiété. Pour ma part, les choses concernant notre affaire ont bien évolué. Suite à toutes ses découvertes dont je t'ai parler dans mon précédent courrier, mon attention s'est porté sur l'admiration et l'amour que mon frère portait au roi louis XIV.
En étudiant la vie de notre ancien roi, je me mis à comprendre l'amour que mon frère lui portait. Quel homme d'intelligence, la France d'alors eut bien de la chance d'avoir connu un tel roi, c'était réellement une personne d'une grande justice. Quant à mon frère, je suis persuadé qu'il a mis fin lui-même à ses jours.
Dans ses derniers écrits, il parle du malheur de cet oubli, et combien cela le détruit. Je te livre ses dernières lignes : « Mon roi, que faire pour me faire pardonner. Chaque seconde qui passe, je me maudis, on m'avait investi une mission, celle d 'honorer ta mémoire, et j'ai échoué. Ce matin, je me suis fait marquer au fer rouge ces étriers de malheurs. Cela me rappellera chaques jours ma faute et ma honte. Comment vais-je faire pour survivre ? »
À première vue, un tel remords pour si peu peut prêter à sourire, mais, petit a petit que j'avance dans mes connaissances sur louis XIV, je comprend la honte qu'il a put ressentir. Moi-même, je me sens en partie lié à ca. N'est ce pas mon sang, mon frère qui a fait un tel affront. Comprend moi, louis XIV fut un grand homme. Dieu que j'aurai aimer le côtoyer. Tout cela me travaille beaucoup, de sombres pensées viennent me hanter, et, la nuit, je me réveille souvent en sursaut, le visage baignant de larmes, et ces mots sortant de ma bouche : « A toi, ma lumière éternelle. ».
Jour après jour, une fatigue s'insinue en moi, m'enpéchant de vivre, et me laissant prostré dans la douleur. Suis-je malade ? je ne sais pas, mais il existe tant de remords, tant de peine dans mon être, que je me demande si je vais y survivre. Je ne sais de quoi mon avenir sera fait. Peut être cette lettre sera ma dernière, je ne sais pas.
Louis Ferdinand lemot

III


Extrait du journal France-Matin du 15 avril 2004

Sordide Suicide d'un jeune diplômé. De notre envoyé spécial
Tôt ce matin, alors que deux jeunes gens se rendaient à leur domicile en traversant la place bellecour à Lyon, leur regard furent attiré par un vêtement de couleur rouge vif. S'approchant, ils eurent la surprise de tomber nez à nez avec le corps sans vie d'un homme de jeune âge. Les secours ne purent que constater la mort de la jeune victime.
Même si la thèse du suicide est mise en avant, certains détails reste cependant troublant. En effet, le matin même, Mickael lemat, la victime, a été diplômé, suite à un mémoire ayant attrait au monument « le cheval de bronze de louis XIV », qui se trouve à trois mètres de l'endroit ou la victime a été découverte.. Sur lui, une lettre à été trouvé, avec ces quelques mots : A toi, ma lumière éternelle, et, plus bas, un étrier de cheval…1665


FIN


Retour au sommaire