Fuir
de Lucile Grandjean



Le soleil venait de se lever, et un brouillard opaque s'étendait sur les champs. Un homme avançait. Courbé et boitant, ses habits étaient déchirés et très sales. Les traits de son visage semblaient tirés, et l'homme paraissait exténué. La veille, il avait fui, couru à travers la région. Cette nuit, il avait volé un pain puis était reparti, dans les champs. Depuis, tout autour de lui, des champs, des champs, des champs. Toujours des champs. Une étendue plane, mais constamment sous le brouillard, qui suffirait sans doute à le cacher de ceux qu'il avait fui.

Ces êtres horribles, ne pensant qu'à faire du mal, et à écraser toute résistance à leur pouvoir. Ces personnes qui finiraient par le tuer, s'il ne résistait pas ! Il devait à tout prix leur échapper.

Soudain, l'homme entendit le galop d'un cheval. Ne discernant pas d'où venait ce bruit, il s'arrêta et se retourna, effrayé. Le bruit se rapprocha. L'homme se retourna encore, terrifié. Non, ce serait trop idiot, trop décevant de se faire attraper ainsi, après deux jours d'efforts pour leur échapper ! Il fallait agir, ne pas rester là comme une proie facile !

L'homme se mit à courir, désespéré. Il tituba, tomba. Le bruit était maintenant tout proche. L'homme tenta de se relever, de s'enfuir, s'en aller, loin de ces monstres ... il trébucha et retomba dans la poussière.

Relevant la tête, il aperçut deux chevaux qui arrivaient sur lui au galop, portant sur leur dos les deux personnes que l'homme aurait voulu oublier à jamais. Non, il ne pouvait pas se laisser prendre. Pas maintenant ... Résolu, dans un dernier effort de volonté, alors que les cavaliers arrivaient, il se jeta sous les sabots des chevaux.

Le premier des cavaliers s'arrêta et descendit de sa monture. Examinant le corps décapité de l'homme, il s'adressa à l'autre:
— Préviens le chef: le malade échappé a enfin été retrouvé, mais il ne payera plus pour ses crimes.


Retour au sommaire