Jalousie
de Louise Oudin



J’ai gardé au dernier moment les enfants d’une amie.
Sitôt la porte claquée, moi débonnaire, elle me regardant par en dessous, nous nous sommes observées l’aînée et moi.
En reculant doucement elle est allée s’asseoir sur son frère qui dormait sur le canapé.
Le bébé disparaissait complètement sous elle.
La jalousie et l’angoisse étaient palpables dans la pièce.
Moi aussi, mais autre fois, un jour, j’ai joué pour voir à tuer mon frère.
J’ai connu cette douleur qu’il faut distraire en cherchant ce qui peut nuire.
Longtemps je n’ai pu que me taire et ma jalousie s’est dilatée dans le silence.
Longtemps je n’ai pu qu’agir, que m’agiter captive de la rivalité.
Jalouse, j’ai envié même les malheurs de mon frère.
Dans une seule journée, une infinité de détails insignifiants grossis comme dans un miroir déformant me poussaient à chercher et je trouvais toujours plus.
Quand il n’était pas là il m’embêtait encore.
Et puis un jour finalement j’ai posé les armes et tout effacé.
L’indifférence m’a désarmée quand j’entrais dans la chambre de ma sœur vielle de 9 jours.
La veille, rivale méchante, j’ai vu ma mère tendre l’oreille vers ma sœur dans une tension particulière.
Ce jour-là, pacifiée j’ai pu m’émouvoir. Je le sais : « Elle a fait pareil avec moi ».
Ce jour-là, j’ai perdu méchanceté et envie.
Ma mère est à ma sœur, à mon frère, mais je n’en souffre pas puisqu’elle est aussi mienne.
Ils sont mes semblables et je suis leur égale.
Aujourd’hui clémente, leur image n’est plus une blessure pour mon amour-propre.
Bénie des dieux, je marche dans la vie, bonne enfant, débonnaire pour toujours


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