Le témoin
de Louis



Je contemplais l'eau, que le vent creusait par endroits. Il faisait froid, et je pensais à la mer que je n'avais pas vue depuis longtemps. Une barque attira mon attention, venant de passer sous le pont elle en sortait maintenant comme une souris de son trou. Alors je la vis s'enfoncer avec l'homme qui s'y trouvait. Visiblement celui-ci ne savait pas nager. Je regardais autour de moi un peu affolé, un individu longeait la berge. Je lui fis signe en criant, mais il était trop éloigné et ne regardait pas dans ma direction. Il avait dû voir ce qui s'était passé, assurément il allait plonger. J'avais beau chercher du regard, personne d'autre… La berge était déserte à cette heure matinale. Mais lorsque mes yeux se portèrent à nouveau sur lui, je le vis qui reprenait sa marche en pressant le pas. Pourquoi ne portait-il pas secours ? Comment pouvait-il rester indifférent à ce qui se passait : était-ce un lâche ?
J'étais le témoin passif d'un drame, dans tout le (relatif) confort de ma situation. J'avais tout loisir de juger de ce que cet homme devait faire, mais pas vraiment, je l'avoue, de ce que j'aurais fait à sa place…

Le drame était joué, les deux hommes avaient disparus. L'un dans ces eaux sombres que le vent creusait toujours, comme pour y chercher le corps du premier. Tandis qu'il poussait l'autre dans sa fuite.

Un peu plus tard, j'aperçus la silhouette de Céline qui venait me chercher. Je lui avais demandé de me laisser un peu seul pour méditer. Après ce qui s'était passé, j'avais matière à philosopher sur ce qui pousse un homme à fuir devant la détresse d'un autre, et de la facilité d'en juger pour celui qui en est le simple spectateur.
Elle se pencha vers moi et m'embrassa.
— Qu'est-ce qui ne va pas, tu as l'air triste.
— Non…Simplement fatigué…On rentre ?
Alors elle poussa mon fauteuil, sans même se douter qu'elle véhiculait- là, un homme avec un terrible secret.



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