Bad Guys
de Lord Vador


Introduction

Je reviens à moi. Je suis allongé sur une table. On m’a attaché. Alors je me rappelle que dans environ cinq minutes je vais être exécuté. Injection létale, ils ont dit. Je vois le médecin qui s’approche de moi, avec une longue seringue. Puis une piqûre. L’aiguille est grosse, ils vont pas faire dans la dentelle pour un condamné à mort. Je repense une dernière fois à l’affaire qui m’a valu d’être là, puis je me sens tomber dans un abîme…

I
Cinq ans plus tôt

Je vois le mec sortir du bar. Quatre jours que je le suis. Je fourre la main dans ma poche, histoire de vérifier que tout y est : flingue et silencieux. Il se presse. Je sors de la ruelle, j’avance à dix mètres derrière lui. J’accélère. Il se retourne, il a dû m’entendre. Alors je lève le bras. Une détonation, une autre, puis plus rien. Je traîne son corps dans les fourrés, pour pas qu’on le remarque tout de suite, puis je ramasse son porte-feuille et je me casse.
Arrivé chez moi, je prends une bonne douche et je me sors une bière. Je finis par me demander si tout ce que je fais en vaut bien la peine. Je chasse cette pensée. Bien sûr que ça en vaut la peine. Quand je pense à la vie que j’avais quand j’étais avocat. Mais il y a deux mois, j’ai gagné un procès contre un gars, Fredo Mancini. Un gros bonnet. Alors deux semaines plus tard, ma baraque n’était plus qu’un tas de pierres et de poussière encore fumant. Explosion due à une fuite de gaz, ont dit les experts, après avoir retrouvé ce qui restait de ma femme. Mon cul. Quand une semaine plus tard, j’ai revu l’homme qui aurait pu être mon client, il m’a dit « Et comment va votre femme ? Vous voyez, on ne gagne pas toujours…» avec un sourire de dingue. « Fuite de gaz ». J’aimerai savoir combien ils ont touché pour arriver à cette conclusion.
Je me suis retiré du milieu judiciaire. C’est fini le « maître Leroy Rourke ». Je finis par m’apercevoir que je suis devenu le même genre de racaille que ceux contre qui je me bats parfois. Maintenant je remonte le cartel. Aujourd’hui j’ai tué le fils de Mancelini. Quand on découvrira son corps, « papa » va être furax. Tant mieux. Grâce à mon ex boulot je connais les preuves dont on peut se servir pour inculper un gars, donc j’évite d’en semer de partout.
Mais comme tous les tueurs en série, on commet toujours une erreur. Une erreur qui nous est fatale un jour.
Je commence à fatiguer. Si je veux être en forme pour le programme de la semaine, je ferai mieux d’éviter les nuits blanches.

II

Je me réveille brusquement en attrapant le Beretta posé à côté de mon lit. Ce n’est que le clocher de l’église qui sonne les sept heures. On peut déjà apercevoir le soleil qui se lève. Je ne peux m’empêcher de penser « Belle journée pour mourir ».
Je ferai rien aujourd’hui. Presque rien. J’ai juste prévu d’aller sur la tombe de ma femme. Arrivé au cimetière, je vois un bulldozer qui s’acharne à l’endroit où elle est enterrée. Je cours jusqu’au monstre de métal, et gueule au conducteur pour lui demander ce qu’il fout. Il me répond qu’il a reçu l’ordre de creuser un nouveau trou pour son mari. Alors il sort un flingue et essaye de me canarder. Il me touche à l’épaule droite. Putain que j’ai mal ! Dans ma rage je sors mon flingue et lui en fout plein la gueule. Ma première balle lui touche le bide, la deuxième lui arrache l’oreille tandis que la troisième va lui arracher la mâchoire. Ce connard est encore vivant et me balance une pleine volée de balles dans le bras jusqu’à la jambe. Je l’achève de mon bras valide en lui tirant une dernière balle dans le crane. Je m’approche de lui et remarque qu’il lui manque l’arrière de la boîte crânienne ainsi qu’une bonne partie du cerveau. Comment ils ont pu savoir que c’est moi qui bute les leurs ? A force de me triturer la crâne, je comprends que quand on disparaît de la circulation comme je l’ai fait, les personnes qui veulent me chercher ont pas besoin d’aller bien loin pour remarquer que j’ai disparu. Les salauds.

III

Je change tout mon programme. Priorité absolue, liquider Mancini. Je sais que ça va être dur. Sa résidence est toujours entourée par une cinquantaine de mecs armés jusqu’au dents. Va falloir que je planifie ça et vite. Il faut surtout pas que cette crevure vive trop longtemps. Merde, j’entends les sirènes. Vaut mieux que je me tire d’ici. J’ai pas envie d’être interrogé sur la raison pour laquelle je porte un flingue. J’ai pas le permis de port d’arme. Je retourne en courant à ma bagnole, et je me tire en faisant bien gaffe de pas être suivi. Arrivé chez moi, je téléphone à un pote. Il est pilote de petits avions de tourisme. Je sais qu’il me posera pas de questions.
Le lendemain même, je suis dans les airs avec Stan. On ne parle presque pas. Ma femme était aussi sa meilleure amie. Mais je sais cependant qu’il ne l’aurait pas touchée. Je lui demande de survoler la grande baraque des Mancini et je prends quelques photos. On effectue un deuxième survol, mais dans le sens inverse pour voir si je n’ai rien raté d’important. Stan me demande si je désire un autre survol, mais ça serait faire dans l’indiscrétion cette fois. On rentre. Je le remercie, puis pendant que je retourne à ma bagnole, il me crie « Tu as changé, Leroy. On dirait que tu te prépares à mourir ». Je lui balance « alors si c’est le cas j’espère que je me trompe ».
De retour a mon appartement, j’observe les photos que j’ai prises, et j’établis un plan de la résidence d’un futur macchabée. Je passe plusieurs heures à repasser tout mon plan au peigne fin, puis me décide à l’appliquer. Il est alors 19h.
Je pars à pieds à la résidence des Mancinis et m’arrête devant le portail. Il est 23h
Demain, l’aube sera rouge…

IV

Je contourne le portail de fer forgé, et escalade le mur. Arrivé en haut, je me retrouve nez à nez avec des fils barbelés. J’ai prévu le coup. Je sors la pince coupante. J’ai vite fait de la ranger. J’atterris de l’autre côté. Pour l’instant, aucun garde en vue. Espérons que ça dure. Je trouve un escabeau pourri, mais qui fera l’affaire. Je le place en-dessous d’un balcon et grimpe. J’ai pas encore grimpé trois marches qu’il y en a une qui cède. Je me reprends et termine mon ascension sans autre encombre. Sur le balcon, je me trouve en face d’un des gardes du corps de Mancini. Je lui balance mon poing dans la gueule, et lui explose le pifs contre un mûr. Il est inconscient, et je l’achève avec mon flingue équipé du silencieux. La porte coulissante est ouverte. Je me glisse à l’intérieur. Je suis dans la chambre de Fredo. Je fouille dans ses tiroirs et je finis par trouver la « facture » du type qui a fait péter ma baraque. C’en est trop. Il est pas dans sa piaule, alors je vais aller le chercher. Je descends les escaliers. Au passage je bute quatre gars. Puis je me retrouve en face d’un gars qui a l’air plus coriace. Je l’ai déjà vu quelque part… J’y suis ! C’est le deuxième fils de Mancini. Merde ! Je l’avais oublié. Il me tire une balle dans le bras, je lui en envoie une dans le bide. Ils lève le bras pour riposter. Je lui troue le crâne avant qu’il ne le puisse. Je trouve un porte fermée. Je l’ouvre et Mancini est là. Il n’a pas l’air surpris. Alarmé non plus, d’ailleurs. Il commence à me parler. A m’expliquer pourquoi il me voulait comme avocat, que c’était son fils qui avait commandité l’explosion de ma maison et qu’il m’en voulait pas du tout de m’être vengé. Cet enfoiré s’est même pas aperçu qu’il parlait dans le vent. Il m’a parlé pendant dix minutes. Dix minutes où je me suis repassé les deux derniers mois. Quand j’entends « La maison est cernée, vous n’avez aucune chance ». Je regarde Fredo et il me dit : « On ne gagne pas toujours ». Je commence à lever mon bras valide et il sort « Es-tu sûr de vouloir faire ça ? » Je finis mon geste et lui vide mon chargeur sur la gueule en disant simplement « Complètement sûr, connard ». Cet enfoiré n’a plus de tête après ça.
Je sors du bureau et au premier tournant, des mecs du S.W.A.T. me défoncent la gueule avec leurs flingues.

V

Je me réveille. J’ai des tuyaux qui me sortent de partout. Un médecin arrive accompagné d’un policier qui m’annonce que ça fait 3 mois que je suis dans le coma et que je serai jugé dans une semaine.
Le verdict tombe : « Coupable ». Je m’attendais pas à autre chose. « Condamné à mort ». J’avoue que je m’y attendais aussi. Je suis transféré dans le couloir de la mort.
J’y passerai presque cinq ans avant le jour fatal.

Epilogue
Cinq ans plus tard

J’ai plus que dix minutes à vivre. Je crois que je perds la boule. Je suis content de mon œuvre. Dans quelques minutes je pourrai rejoindre ma femme. Un homme vient me chercher. Il m’apporte des vêtements plus présentables que l’habit de prisonnier que je porte. Je crois que je tombe dans les vapes.



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