La grande surprise…
de Laurent Sauval



Le 3 juillet 2007... la Bouilladisse... 15 h 11

Elle est au bout de ce téléphone et attend mon appel... je viens de lui dire par mail que je l’appelais... je dois l’appeler... j’ai attendu si longtemps... Je ne peux pas passer encore une fois pour un dégonflé !!!

   Le mail d’information automatique provenant du site internet “Copains d’avant” me prévient chaque semaine si quelqu’un s’est inscrit dans mon parcours scolaire... Depuis cinq ans, je reçois chaque semaine un mail identique... avec un ou deux noms qui souvent, ne me parlent même pas... Hier matin je connecte mon ordinateur et aussitôt je prends un 747 Jumbo en pleine figure !!! Ce nom que je n'espérais plus... le nom magique... c’est Brigitte ! c’est Brigitte !...  J’ai envie de crier ma joie... Très vite le cœur s’emballe... Elle s’est seulement inscrite, et ne cherche sûrement pas à me contacter...     Le doute... Vite je me rends sur sa page... Grosse déception ! Pas d’adresse, pas de tél. Je file aussitôt sur la mienne et j’affiche mon adresse mail... en très gros... Si elle cherche vraiment à me joindre, elle ne peut pas la louper !...  Il n’y a plus qu’a attendre... La balle est dans son camp... 

30 ans ! Presque jour pour jour.

   Ce soir je resterai scotché sur mon écran... au cas où !!! Et je fouille dans tous mes souvenirs... Son visage tout d’abord... Un peu flou tout de même... Elle est très belle c’est sûr... De très grands cheveux... Elle est brune, des yeux marrons... mais non ! Ils sont bleus... ça me revient... bleus clairs je crois... Oui c’est ça... de très beaux yeux bleus clairs !...  Elle est très très grande... disons 1m 78 ou 79... voire même 80 ? pourquoi pas !... Non elle est châtain. Sa peau est superbement lisse... mais oui c’est une Princesse, c’est ma Princesse ! C’est une fée, une magicienne, une icône, une déesse, une... 
Ah la mémoire !... est - elle fidèle ?... 

   Ma Princesse est encore dans mon cœur. C’est une petite flamme éternelle... tout au fond de mon cœur. Elle était rangée dans une petite boite en fer qui commençait à rouiller... Elle me manque... Quand je pense à elle, enfin à nous... j’ai mal !  Je m’en veux terriblement de n’avoir pas su la conquérir... et je lui en veux beaucoup de ne pas m’avoir laissé suffisamment de temps... En fait c’est une douleur... Brigitte est mon rêve éternel, mais aussi ma douleur inguérissable et mon échec !... Puis elle m’a abandonné... mais elle m'avait tenu la porte au lycée... et... tout est un peu flou maintenant...
 
   Alors bien sûr tu as aussi 46 ans !... la Princesse n’a plus 13 ans, mais dans ma tête et mon cœur, le temps s’est figé sur 1977... la dernière fois que nous nous sommes rencontrés ! Un peu gênés nous avions échangé des banalités en buvant un diabolo citron... c’était début juillet... et puis ensuite ce fût le grand vide... 30 années de silence parsemées de chansons qui réveillent la douleur comme “J'T'emmène Au Vent” de Louise Attaque.

   Nos premiers échanges de mail depuis 13H17,  sont consensuels et ont une certaine retenue... mais ce grand saut en arrière... c’est le passé qui ressurgit... Et je sais déjà, bien avant de l’appeler, que nous n’en sortirons pas indemne ! L’expérience sera puissante... car nous devons nous expliquer, nous devons nous dire la vérité... et coûte que coûte, nous devrons explorer nos mémoires, souffler la poussière et laisser réapparaître des choses qui vont nous faire du mal... peut être même modifier nos personnalités... d’autres choses nous feront du bien... c’est un tourbillon de nouvelles sensations qui s’annonce... Et ça fait un peu peur... 

   J’aimerais me justifier car j’ai dû passer pour un lâche en 1974... ou au moins m’excuser pour avoir été certainement très maladroit !
 
   Avant de t’appeler j’essaie de faire le point... Qui es tu pour moi aujourd’hui ? Tu es la Princesse de 13 ans qui hante mes rêves depuis toujours...  Tu n’es plus qu’un rêve ?... Un beau conte de fée pour les enfants un peu égarés que nous étions ? Mais tu es le rêve qui m’a construit... Si je t'appelle, je risque de détruire mon rêve... et je l’aime mon rêve...  Je l’entretiens aussi même s’il me fait mal au cœur parfois... ce rêve est à moi... ce rêve c’est moi... je ne voudrais pas me détruire... tu es en moi... et  je te ressens comme mes fondations... au même titre que “la grande montagne”... mais aussi comme “l’origine du monde”... Oedipe, je te hais !... C’est peut-être toi qui m’a créé... Tu fais partie intégrante de mon être...  Alors je ne veux pas risquer de détruire mes fondations... mes origines... Aussi tu devras rester mon rêve absolument ! Si je t'appelle, je serai très prudent... Il faut que je me fixe une règle de conduite et m’y tenir à tout prix... Mon rêve ne doit pas se transformer en une histoire simple... et encore moins une si jolie Princesse devenir une banale maîtresse... Quelle horreur !!!. Ce serait insupportable. .. Peut-être vaut-il mieux ne pas t’appeler... jamais...

   Mais enfin... je dois savoir pourquoi tu m’as abandonné ?... Comme dans le “Grand bleu” de Besson, je veux aller au bout des choses, je dois voir, je dois savoir... tout savoir.... même s’il y a des risques... même si j’y laisse des plumes...
 
   Et puis j’aimerais enfin réussir à te dire “je t’aime “...  je voudrais essayer une fois... juste pour voir si j’y arrive enfin...

   L’oreille collée au téléphone, j’entends la sonnerie qui chez toi a dù te faire sursauter... mon cœur bat la chamade... le tien très certainement aussi, je n’en doute pas... j’entends presque tes pas... Dans quelques secondes ta si douce voix... je ne peux plus reculer... ma main tremble...  L’instant est magique... 


Allez Brigitte, décroche le ce téléphone ! ... 
vas-y... fais le !... 



Laurent Sauval
Photographe-auteur
http://laurentsauval.canalblog.com/
http://lagrandevie.canalblog.com/



Retour au sommaire