Danse et lumière
de Landore

Une terre farouche s’opposait à toute intrusion. Aucun grain n’y germait, ni herbe ou fleur n’y poussait. On la surnomma la vierge, car elle n’était pas accueillante ou aimable et vous envoyait paître comme des moutons. On eut beau dépêcher des experts, en vain, tous furent recalés et le secret bien celé. Il y a longtemps quand nous étions vermisseaux, une forte bourrasque surgit et arracha toutes plantes sur son chemin, on l’avait appelé un cas de force majeure. Mais pour elle, la perte de ses chéri(e)s avait été terrible et depuis d’horribles cauchemars la hantaient, de nuit comme de jour - un sort bien indigne pour une matriarche de ce nom pour qui la filiation est un bien précieux comme iris à prunelle. Bienheureusement, en certaines nuits, elle s’étirait sous le regard tendre de la lune lorsque les brumes vaporeuses drapent l’air nocturne comme les voiles de navire, se déplaçant subtilement, puis retournent à la surface du sol en libérant par myriade une eau allégée de repentir à rosée d’or. La terre s’imprègne de cette manne bienfaitrice, complice de l’aurore. C’est alors que pour la première fois des lucioles sans tutu apparurent, faisant de grandes prouesses aériennes, plongeons et pirouettes, puis s’éclipsèrent après trois nuits de spectacle. Lumières terrestres, la vierge émue vit en elles ses petits d’autrefois et une joie infinie pénétra son être. Tout a une fin, le beau comme l’affreux, puisque de ce jour la vierge entièrement en paix laissa émerger racines et semences et croitre des plantes qu’on croyait à jamais disparues. La vision de ces magnifiques voltigeurs lumineux sera à jamais gravée dans ma mémoire, dit-elle d’une voix douce. On n’osa pas dire que nous étions de la même famille que ces vers luisants tant on ne voulait pas gâcher le ravissement d’une terre enfin retrouvée.

Comment vas-tu l'ami !

La neige couvrait le jardin d’une grossière nappe et ainsi étendue elle imposait son autorité sur toutes les créatures de la terre. Grand-père disait que la neige était plus sévère que le vent et le soleil et qu’elle avait des griffes très pointues. Hors un ver qui avait pour ami un vert éternel, voulait sortir causer un peu. Il s’adressa à la neige pour en avoir la permission mais pour seule réponse un vent glacial vint lui lécher la face et il n’osa plus rien demander. Après quelques semaines il entendit son ami l’appeler par son nom et comprit qu’il devait coûte que coûte lui parler ; et couvrant son corps d’une double couverture, il s’éjecta dehors. Quel silence ! La neige sous ses pas scintillait d’étincelles aux couleurs d’arcs-en-ciel par millier. Le froid avait cristallisé la pureté de l’air dans la transparence de la nuit. Le silence, suspendu, languissait dans l'attente d'un ordre solennel et le vent même s’était incliné devant une telle promesse. Le ver perdit son souffle devant ce grandiose instant et s’approchant de son ami lui demanda comme ça allait. C’était un grand sapin aux larges ramures épineuses, un arbre gras, dont la santé ne laissait percevoir que du bon, qui répondit : Je m’inquiétai pour toi, car ça fait longtemps que je ne t’ai vu. Le ver était enchanté d’avoir un si bon ami démontrant sans gêne ses bons sentiments. Il le conforta sur sa santé et que tout allait bien et l’arbre se dit qu’il était heureux d’avoir un ami qui répond par son nom quand il l’appelle et se déplace pour le voir. Quand il retourna dans son trou, on demanda au ver pourquoi il avait bravé la mort sous cette neige. Il répondit simplement qu’il avait en lui un feu plus fort que la neige, plus chaud que le froid ; tous voulurent alors se réchauffer auprès de lui.

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