Éclipse
de Julien G.


Les passants, peu à peu désertaient les ruelles envahies par la pluie. À mesure que la nuit sur la citée surprise reprenait tous ses droits, je sentais en mon âme venir l'aube prochaine d'un instant singulier. Seul, désormais seul, je m'enfonçais sans crainte dans la Cité figée au cœur gonflé d'eau. Mon souffle était serein et mon pas raffermit résonnait régulier sur le pavé trempé. J'étais bien loin des hommes, de leur regard pesant. Alors "je" resurgit, libéré de ce masque, que la présence seule de mes contemporains suffit à imposer. Ce masque lourd et froid qui oppressait mon âme était fort loin déjà : j'étais moi. Je jouissais heureux de la liberté simple, que m'offrait la Cité des Hommes par l'Homme désertée. Le Hasard guidait habilement mes pas : je livrais mon destin à la nuit que j'aimais. Etourdis de silence, paupières à demi-closes, je reniais la Vue au soleil dévolue. La pluie, sombre, invisible, caressait mes cheveux, glissait contre ma joue. Dans une demi-transe, je ralentis le pas et j'ouvrais grand mes bras, pour saisir plus encore l'atmosphère alentour, douce, froide, vivante... La pluie de sa hauteur frappait mon front heureux, et mes bras engourdis s'agrippaient au silence...

Julien G.


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