L'Irrémissible
de Joseph Hechema

Longtemps, j'ai voulu composer une pièce de théâtre dont le sujet était tiré du célèbre mythe de Faust. Je désirais le faire, comme tous les poètes et auteurs qui s'étaient inspirés de cette légende populaire. Mais, lorsque j'ai échoué d'écrire cette pièce de théâtre, j'avais décidé de composer une nouvelle en prose inspirée du mythe de Faust, mais avec de nouveaux personnages de mon imagination.

Dans cette œuvre entre les mains du lecteur, l'auteur a voulu décrire la vie d'un homme de Dieu déchiré entre le Bien et le Mal. Ce personnage religieux de cette nouvelle est celui du Docteur Faust mais avec un changement de nom et de métier.

Si, j'avais pu écrire la pièce de théâtre inspirée de cette légende allemande, j'aurais traité la même idée qui englobe cette nouvelle dramatique.

L'essentiel pour l'auteur, c'est d'avoir réussi à réaliser l'œuvre dont il rêvait d'écrire. Ce n'est pas grave s'il échoue plusieurs fois à atteindre son but, l'important c'est d'arriver à ce but même après une myriade d'essais.

C'était un homme que le destin avait emmené au chemin de la Foi. Un individu que la vie avait rendu un homme de Dieu. Un mortel que le Créateur avait choisi pour être parmi un de ses humbles serviteurs. C'était un être n'ayant appris pendant toute sa vie que la Bible et la Prière. Son savoir ne dépassait pas ces deux choses. Il ne philosophait que dans un seul domaine appelé : religion. Durant son existence, son seul métier était de prêcher dans les messes et d'ouïr les confessions des pécheurs qui venaient faire leur mea-culpa avec remords.

Il était connu entre les êtres humains sous deux noms par lesquels, il était souvent appelé. C'était : Père ou Prêtre. Mais quand le Tout-Puissant parlait à ce prêtre pendant sa prière contemplative, Il l'Appelait par son vrai prénom qu'était : Claudio. Maintenant, nous connaissons cet homme de Dieu.

Il s'appelait le Père Claudio, paraît-il. Ce Père Claudio habitait une église catholique nommée San Marco à Rome. La personnalité de ce prêtre était faible devant le Mal et les tentations du Diable. Serait-ce peut-être honteux et impoli de ma part de dire que le Père Claudio était une personne lâche ! Je pense que c'est suffisant de lui contribuer l'adjectif de "faible" et c'est tout. Comment était la vie du Père Claudio que nous venons de connaître ? Courageusement, je dis qu'il sentait une suite infinie d'ennui et de lassitude !

Ce prêtre subissait une vie insupportable (c'est lui qui dit cela et non pas moi). Parfois, il sentait vouloir abandonner le service de Dieu avec force pensant mener une vie pareille avec une femme et des enfants ! Mais lorsqu'il réalisait cette idée offensive qu'il venait d'imaginer, il se laisse choir en immenses sanglots, demandant grâce à son Seigneur. Parfois aussi, il se demandait : pourquoi a-t-il fallu que le sort me jette en cette voie ?

Sa réponse était de devoir accepter ce que lui soit arrivé, tant qu'il n'est et ne sera jamais le premier à plaindre sa destinée. Alors, il se tut. Il vit qu'il ne devrait jamais abandonner son Seigneur. Un prêtre comme lui de 33 ans, devait subir les malheurs de sa vie en comptant sur Dieu, puisqu'il avait encore plusieurs années de vie.

Ce jour-là, c'était alors le Dimanche de Pâques de l'année 1683, le Père Claudio s'était réveillé tôt pour préparer la grande messe de cette journée sacrée. Pendant qu'il le faisait, il vit entrer à l'église une jeune femme dont il connaissait bien la physionomie. C'était Maria, la fille de Pietro Della Scala, l'un des plus grands nobles de Rome. Le Père Claudio voyait souvent cette Maria dans toutes les messes de Dimanche.

Pour lui, cette jeune femme était une personne chaste et pieuse. Mais hélas ! Voici que les tentations du Diable entourèrent l'esprit du prêtre l'obligeant de penser à la beauté physique de Maria. Claudio, au contraire, se laissa être attiré par les paroles de Satan sans essayer de les vaincre par la prière. Drôle ! Pourquoi s'est-il pris ainsi par les tentations du Diable sans pouvoir se contrôler ? Etait-ce à cause de son vrai désir de fixer ses yeux sur le beau corps de Maria ! Ces deux yeux qui étaient devenus voluptueux d'un seul coup ! Heureusement Claudio commença à retourner à lui-même après avoir réussi à se débarrasser des idées lascives qui l'entouraient et que le Diable essayait d'introduire dans l'esprit de l'homme saint.

Claudio vit Maria Della Scala s'avancer vers lui. Elle lui dit qu'elle voulait faire son mea-culpa. Le prêtre alla avec elle au confessionnal pour entendre ses péchés. Cette sorte de guérite, dans laquelle s'installe l'homme de Dieu écoutant des personnes de tous les âges lui dire leurs outrages, bénins et graves.

Ce confessionnal que Claudio et que tous les autres hommes de Dieu considèrent comme la maison de grâce pouvant pardonner à tous les châtiments. N'importe quels châtiments qui transgressent les dix commandements sacrés. Cependant, Claudio pensait qu'il y avait un seul péché irrémissible : c'est de céder au Diable et de l'obéir et de le considérer comme un maître au lieu de Dieu.

Un prêtre comme lui, qui avait étudié la théologie, ne devait jamais avoir cette idée bizarre. C'était le seul outrage qu'il appréhendait.
Le dernier entra alors dans sa guérite divine, et se prépara à ouïr Maria. La fille de Pietro commença à parler :
- Pardonnez-moi Père car j'ai péché.
- Qu'as-tu commis ma fille ?
- Je me suis disputée avec mon cousin germain et je l'ai insulté.
- Quelle était la cause de votre dispute ?
- Il avait demandé ma main de mon père qui a accepté avec plaisir. Mon cousin avait donc décidé de marcher avec moi dans le jardin de notre palais.
Pendant notre marche, il a voulu me baiser avec force, et j'ai commencé ma dispute avec lui.

Je ne veux pas me marier avec mon cousin Giacomo. J'aime un homme noble d'une bonne famille qui vit dans un village au Sud et qui viendra demander ma main de mon père en quelques jours. Je prie le Bon Dieu de me faire marier avec ce noble. Il s'appelle Marcello Di Montana. Voici que je vous ai conté la cause de ma dispute et les autres détails de mon chagrin. Quelques minutes plus tard, sa confession était terminée et elle était partie retournant à son palais. Claudio se mit à penser à l'histoire de cette pauvre Marie au cœur déchiré entre Giacomo et Marcello.

Deux jours passèrent ordinairement sans tristesse ni joie. Le Père Claudio ne vit pas Maria à la messe de Pâques, ce jour-là dans lequel elle était venue le matin pour confesser. Il se demanda qu'est-ce qu'il lui était arrivée.

Pendant alors une nuit silencieuse, pendant qu'il dormait dans la Maison de Dieu, soudain un tapement de porte le fit réveiller. Il ouvrit la porte de l'église et vit devant lui Maria en tremblant de peur et qui entra avec hâte en pleurant. Claudio lui demanda ce qu'elle avait.
Elle lui dit d'un air tremblant :
- Cachez-moi Père, je vous en prie ! Mon père s'est mis à me férir à la mort afin d'accepter de me marier avec Giacomo. J'ai envoyé une lettre à Marcello lui disant de me rencontrer dans cette église dès son arrivée à Rome le lendemain matin pour m'enfuir avec lui.
- Son arrivée à Rome pour demander ta main de ton père ?
- Oui Père, mais maintenant qu'il est impossible pour moi de le voir accepter de me marier avec Marcello, j'ai décidé de fuir du palais et de me cacher chez vous jusqu'à l'arrivée de Marcello.

Claudio resta des heures à convaincre Maria de ne pas s'enfuir avec Marcello et de briser le cœur de son père. Il la promit qu'il irait avec elle le lendemain à son palais et fera l'impossible pour qu'elle puisse se marier avec son amant. Mais Maria refusa toutes ses paroles avec ses nerfs tendus de peur et de nervosité.

Tout de go, un deuxième tapement plus vigoureux interrompit leur discussion. Claudio ouvrit la porte et vit soudain deux hommes qui avaient l'air de noblesse et qui le forcèrent de rentrer avec agression. C'étaient Pietro, le père de Maria et Giacomo qui venaient tous les deux pour la faire retourner au palais.

Pietro était le premier à prendre la parole :
- Bon, Maria, croyais-tu que tu pouvais te sauver de nous sans pouvoir te suivre ? Tu es vraiment nigaude pour te cacher chez un prêtre qui ne pourra jamais m'empêcher de te rendre avec force malgré toi !

Giacomo saisit le bras de Maria l'obligeant à sortir de l'église en simulant la douceur. La dernière le poussa en résistant à son charme trompeur. Alors, Pietro avec son neveu courroucèrent et devinrent en pleine ire et se mirent à forcer Maria de sortir et de retourner avec eux. Pendant, que cela se passait monstrueusement, le Père Claudio prit courage et s'introduit dans la dispute pour l'arrêter et sauver Maria. Lui aussi, était plongé dans la furie et ne put supporter voir cette innocente femme saisie avec agression et battue avec cruauté.

Il cria à haute voix en s'introduisant :
- Lâchez-la monstres ! Lâchez-la, elle est de votre race et de votre famille, ayez pitié d'elle !
- Tais-toi prêtre ! lui cria Giacomo, elle n'est pas ta fille pour que tu aies pitié d'elle !
Mais, Claudio insista à sauver Maria, malgré tout.

Giacomo, qui était devenu fou de colère, attrapa sa dague et eut l'audace de blesser Claudio dans son bras ! Ensuite, il fit cogner sa tête au mur et l'envahir de sang. Le prêtre tomba par terre en attrapant ses blessures. Son esprit commençait à éclater de méchanceté comme un diable vivant. Il sentait une force presque surhumaine. Il eut courage et arracha une bougie d'un chandelier en l'approchant du visage de Giacomo qui fut saisi par le feu de la bougie. Son front était diablement couvert de sang qui coulait sur tout son visage. Pietro aida son neveu à arrêter le sang de s'écouler avec son mouchoir.

Giacomo regarda Claudio d'un air méphistophélique et lui dit :
- Bravo Père ! Te voici ayant commis l'erreur qui te coûtera la vie ! Crois-moi, une erreur qui te fera regretter tout le reste de ton existence. Je pars maintenant avec mon oncle et ma cousine malgré toi. Et lorsque je reviendrai, je te conseille de demander pardon à ton Seigneur, car ce sera le dernier dans lequel tu vois la lumière !

Après avoir adressé ces horribles paroles de menace à Claudio, Giacomo et Pietro emmenèrent Maria avec eux en retournant au château. La pauvre était émue de ce qui était arrivé au prêtre et à son cousin et se laissa être prise sans résistance.

Claudio, resta seul dans l'église, ému, lui aussi de ce qu'il avait commis. Son sang remplissait une grande partie du sol de l'église. Qu'allait-il lui arriver ? Est-ce que Giacomo l'aveuglera comme il a compris de ses menaces ? Comment a-t-il eu l'audace de lui brûler le front avec méchanceté ? Etait-ce malgré lui ? Peut-être. Était-ce pour se défendre ? Peut-être aussi.

Mais quant à lui, il voulait qu'on lui réponde à toutes ses interrogations inquiétantes. Il voulait savoir ce qu'il allait devenir après cette horrible dispute. L'homme saint alla se laver le visage et le bras blessé en essayant de soigner ses blessures en les couvrant avec quelques morceaux de tissus.
Ensuite, il se dirigea vers l'autel ou il demanda grâce à son Seigneur pour avoir défiguré le visage de Giacomo. Pendant sa prière, il entendit soudainement la voix de son Créateur lui parler :
- Claudio, ce que tu as fait était effectivement malgré toi. Tu n'as pas commis un péché mortel.
- Sire, lui dit Claudio en pleurant, je suis perdu, on me crèvera les yeux ! Je ne sais pas quand exactement, mais je pense que c'est au retour de Giacomo avec d'autres personnes, que ce sera fait ! O mon Dieu ! Sauvez-moi ! Je vous en implore.
- Tu dois prendre la fuite tout de suite avant qu'on te saisisse. Giacomo reviendra en quelques moments et te mettra à mort avec ses gardes qui t'enterreront loin d'ici en cachette.

Personne ne te crèvera les yeux. Maintenant, tu dois fuir sans perdre une seule seconde. Le Père Claudio prépara ses affaires et sortit de l'église avec hâte et précaution. Il prit un long chemin désertique qui mène hors de la ville. Après avoir parcouru une grande distance fatigante, il se reposa sous un arbre ou il passa la nuit.

C'est sous cet arbre que commença le Diable à jouer son rôle mortel. Il reprit ses tentations. Ces tentations qui n'ennuient jamais Satan pour faire périr les faibles humains. Le père Claudio entendit une voix chuchoteuse qui le fit réveiller se son sommeil. Une voix qu'il connaissait bien. C'était Satan. Claudio se souvint de sa voix parce qu'il l'avait entendue auparavant lorsque le diable le fit penser au corps de Maria.

Le prêtre allait commencer sa prière pour éloigner le Diable d'autour de lui, mais Satan était plus rapide et le tenta en un clin d'œil et lui dit :
- Bon Claudio, te voici plongé dans le chagrin. Qu'as-tu profité pendant ton service à ce Maître qu'on appelle Dieu ? Qu'as-tu gagné ? Quant à moi, je peux t'aider et embellir ta vie. J'ai pour toi une idée géniale qui réalisera ton rêve.
- Je n'ai pas de rêves, répondit Claudio
- Menteur ! s'écria Satan. Tu rêves d'une belle femme. Une femme dont le corps t'a attiré le Dimanche de Pâques ! Elle s'appelle Maria Della Scala. La désires-tu ? Je peux te l'offrir comme épouse.
- Je ne comprends pas bien Satan, lui dit Claudio. Qui t'a dit que je la désire ! Qu'est-ce cette pensée offensive ? Moi, je pense au corps d'une femme et à son charme ! Malheur à moi si j'en rêve !
- Mais tu as déjà rêvé de conquérir Maria. Je ne suis pas crétin pour que tu me trompes. La preuve de ce que je dis c'est que tu n'as pas résisté à mes tentations au début lorsque j'ai essayé de te faire penser à Maria.
N'est-ce pas Claudio ? Ne mens pas, tu désires cette femme. Son corps, sa chair, sa….
- Assez ! lui cria Claudio en lui coupant la parole. Éloignes-toi de mon esprit ! Jamais, je ne te céderai. Jamais. Toute ma vie, j'ai pensé que c'est irrémissible chez Dieu de m'abandonner à toi. C'est un péché mortel. Rien n'est impardonnable chez ton Seigneur, lui dit Satan. Crois-moi, je te comblerai de liesse et de désirs.

- Écoute mon idée et si tu la refuses, je pars. Mais tu ne regretteras jamais de l'avoir entendue et tu l'accepteras certainement.
- Sois, laisse-moi ouïr tes plans diaboliques, car je sais bien que malgré tout, je ne te céderai jamais. Je t'écoute. Parle et montre-moi ton génie ! lui dit Claudio d'un air sardonique.
- Ce n'est pas exactement un plan, ni même une idée, mais un accord entre moi et toi, avec des conditions que je te convaincrai d'accepter. Bon. Voici l'accord :

Le lendemain matin, dès que tu te lèves, tu attendras le passage d'un jeune homme sur ce chemin. Ce jeune homme est Marcello Di Montana, l'amant de Maria qui ira à Rome pour demander sa main de son père. Maria lui avait envoyé une lettre – comme elle t'a dit - lui demandant d'aller à ton église pour qu'elle fuie avec lui. Heureusement, il n'a pas reçu cette lettre.

Lorsque tu vois Marcello passer devant toi, tu l'arrêteras sous prétexte que tu as perdu le chemin et que tu voulais qu'il te guide jusqu'à Rome. Pendant, qu'il t'emmène à la ville, tu enlèveras une pierre du sol et par elle tu lui donneras des coups sur sa tête jusqu'à ce que tu l'occis. Ensuite, tu porteras ses vêtements et je te métamorphoserai de sorte que tu ressembles complètement à Marcello. Après être retourné à Rome, je te guiderai vers le palais des Della Scala et te ferai entrer dans la chambre de Maria sans qu'on te remarque.

Tu la feras réveiller doucement et quand elle te voit, elle te croira être son amant Marcello, d'après ta métamorphose. Tu lui diras que tu avais reçu sa lettre et que tu étais allé à l'église de Sano Marco, et que le père Claudio (qui est toi), lui avait dit que Pietro et Giacomo avaient rendu Maria au palais. Après cela, tu t'enfuiras avec elle sans que personne vous voie. Je m'occuperai de vous faire sortir du palais de ma façon. Ensuite, vous quittez Rome pour mener une vie de joie par avoir des enfants. De cette façon, Maria sera à toi et tu ne seras plus prêtre. Son corps sera à toi. Vous pouvez vivre dans la débauche aussi. Vous pouvez vous aimer avec envie. Jamais elle ne saura que cet homme qui est avec elle n'est que le père Claudio. Ce père qui est toi et qui désire sa chair avec voracité. Oui, c'est la voracité de la chair que tu désires ! Bon. Qu'en penses-tu Père de ce que je viens de dire ?

Claudio après avoir entendu ces paroles diaboliques, dit à Satan avec des yeux qui brillent :
- Et quelles sont tes conditions Diable ?
- J'en demande trois seulement. La première : c'est que tu abandonnes le Service de Dieu. La deuxième : c'est que tu me vends ton âme de sorte que je sois libre à contrôler tes actions. Quant à la troisième, je te commande de ne commettre aucune erreur qui peut t'anéantir.
- Je t'avais dit que je ne pouvais quitter mon Seigneur, répondit Claudio.
- Regarde benêt ! lui cria Satan. Si tu continues à servir Dieu pendant tout le reste de ton existence, tu ne pourras jamais conquérir Maria et l'avoir pour toi.

Reste ainsi sans rien faire que de prier et manger du pain et du vin, sans ne jamais profiter de ta vie. Adieu.
- Attends ! lui dit Claudio après être excité par Satan. Laisse-moi réfléchir pendant quelques minutes seulement. Ton accord est difficile à accepter sans réflexion.
- Sois, dit le Diable. Je te laisse décider pour quelques minutes et puis, je reviendrai.

L'esprit de Satan disparut d'autour de Claudio, laissant le dernier bouleversé par son accord. Le prêtre ne savait plus quoi faire après ce que le Diable lui avait proposé. Peut-il vraiment gagner le corps de Maria et son amour de cette manière cruelle ? Tuer Marcello ? Vivre avec Maria pendant toute sa vie sans qu'elle sache que ce n'est pas son amant ? La tromper de cette façon ? Pourquoi ? Pourquoi le fait-il ? Pour un désir nauséabond ? Celui de la chair et de la fornication ? Impossible ? Jamais, il ne le fera ! Jamais, même si on le torture. Le prêtre préférait être tué par Giacomo que par le Diable. Car il savait bien que Satan allait certainement le périr. Mais, s'il accepte ses trois conditions, peut-être il ne sera point anéanti par lui. Oui.
S'il ne commet aucune erreur comme le commande la troisième condition, il triompherait et gagnera Maria.

Le problème c'est que s'il vend son âme au Démon, le dernier peut l'occire quand il le veut. Mais, Satan, n'avait pas dit cela. Il avait expliqué seulement à Claudio qu'il contrôlerait ses actions, mais non pas le tuer. Quant à la première condition, elle était la plus difficile à accepter. Quitter le Service de Dieu ? Pourquoi pas ?

Le Diable avait raison lorsqu'il lui dit qu'il ne profitera jamais de son existence en étant serviteur du Seigneur. Pendant qu'il réfléchissait, l'esprit de Satan retourna et lui demanda son avis. Claudio lui répondit avec envie :
- J'ACCEPTE ! cria-t-il à haute voix.
Au diable le Service de Dieu ! À toi mon âme Satan, et à moi la crapule et la chair ! Je t'idolâtre Diable ! Je te glorifie ! Assouvissez mes désirs rapidement, je vous en supplie !
- Merveilleux ! s'écria Satan. Demain matin, je te réveillerai avant le passage de Marcello de quelques minutes pour que tu exiges notre plan. Maintenant, dors tranquille sans t'inquiéter.

- Claudio retourna au sommeil, en rêvant de ce qui allait se produire demain à l'aube.

Le lendemain, Satan le fit réveiller comme il l'a promis. Quelques minutes plus tard, Claudio vit venir de loin, un jeune homme vêtu d'habits élégants.
Il le fit arrêter, lui demandant de l'emmener jusqu'à Rome. Le jeune homme qui était bien sûr Marcello, accepta avec gentillesse. Pendant leur marche, Claudio prit une pierre de la terre selon le plan, et la cacha dans ses habits jusqu'à ce que Marcello s'avance de quelques pas et qu'il soit devant lui pour pouvoir lui donner les coups facilement. Lorsque vint cet instant, Claudio frappa la tête de Marcello vigoureusement comme un monstre. Le jeune homme essaya de se défendre. Mais Claudio lui creva les yeux avec la pierre aiguë et clôtura son meurtrier par enlever un petit tronc d'arbre et le lancer follement sur la tête de Marcello en écrasant son crâne. Après cet horrible carnage, il déshabilla la dépouille mortelle du jeune homme férocement battu et porta ses habits. Le Diable le guida à Rome. Après que Claudio soit arrivé à la ville, Satan le conduit au palais des Della Scala et le fit entrer dedans, spécialement dans la chambre de Maria, sans qu'on remarque sa présence. Claudio après que le Démon le fit pénétrer dans la chambre, vit Maria endormie profondément dans son lit. Il s'approcha d'elle et contempla son visage. Elle était si mignonne, si charmante de telle sorte que le prêtre désirait la violer !

Il résista à sa volupté et commença à réveiller Maria doucement. La dernière se leva et allait pousser un cri lorsque Claudio lui montra son visage. La jeune femme le croyant son vrai amant Marcello, lui donna un baiser et se mit à pleurer de joie. Claudio se sentit vainqueur et comblé de chaleur d'amour au baiser de Maria. Il ne pouvait plus résister à cette femme et la couvrit de baisers à son tour. A chaque baiser, il empirait son péché et le rendait plus mortel. Après plusieurs mots d'amours, Claudio étant devenu crapuleux, se déshabilla avec Maria et tous les deux commencèrent leur amour sensuel. C'était une scène bouleversante et noire dans la vie d'un homme saint. Un homme saint qui abandonna Dieu et son service pour la débauche et la chair ! Quant à Claudio, c'était pour lui, le comble de sa joie et de sa gloire. C'était la réalisation d'un rêve luxurieux et vicieux.

Pendant que cette affreuse fornication se produisait dans la chambre de Maria qui ne savait ce qu'elle faisait, le Diable chuchota Claudio dans son oreille et lui dit :
- Que fais-tu ? Ce n'est pas l'heure pour cette crapule ! Rhabillez-vous immédiatement et partons tous !

Claudio l'obéit et demanda à Maria de se rhabiller pour fuir avec elle. Après, être revêtus, Satan les fit fuir et les mena loin du palais. Maria, ne comprit pas comment elle était sortie de sa demeure avec Marcello ( qui était Claudio). Elle était emportée par une force invisible avec son amant jusqu'à l'extérieur du palais. Elle croyait être en rêve. Elle ne pensait guère que c'était Satan qui avait fait tout cela.

Claudio courut donc avec Maria jusqu'à l'église de San Marco. Après être entrée dans la Maison de Dieu, la jeune femme demanda à son amant :
- Pourquoi sommes-nous venus ici Marcello ? Nous devions fuir à ton village ?
- Nous devons nous reposer pour quelques moments avant de quitter Rome. La route de voyage est longue et fatigante.
Maria l'obéit car elle était vraiment fatiguée après avoir parcouru une grande distance du palais.

Elle s'assit sur un des bancs de l'église. Elle ne vit pas paraître le père Claudio. Bizarre. Elle se demanda ou était-il allé. Ensuite, elle regarda son amant qui était installé sur un autre banc. Soudain, elle vit des taches rouges sur ses vêtements. Claudio avait oublié de nettoyer le sang de Marcello qui s'était coulé sur ses vêtements avant de les vêtir. Maria alla vers son amant lui demandant la cause de la présence du sang sur ses habits. Il ne sut quoi dire.

Claudio regarda Maria, ému, ne savant plus quoi faire. Il lui expliqua que ce n'était pas du sang mais du vin qui s'était renversé sur lui pendant qu'il se reposait dans une taverne dans un village à côté de Rome. Maria doutait cette réponse. Ensuite, Claudio se leva pour sortir avec elle de l'église et reprendre leur fuite. Mais Maria refusa de partir avec lui. Elle lui dit :
- Écoute bien ce que je te dirai. Au nom de Dieu, je ne sais pas qui es-tu.
- Mais je suis sûre que tu n'es pas Marcello. Tout ce que tu fais n'est pas normal.

Comment as-tu pu entrer dans le palais sans qu'on te voie ? Comment sommes-nous sortis de ma chambre et de ma demeure de cette façon diabolique ? Je jure que tu n'es pas Marcello, mais une autre personne qui lui ressemble.

À ces paroles, Claudio, au lieu de prétendre être encore Marcello et essayer de calmer Maria, transgressa la parole de Satan et dit à la jeune femme :
- Non, je ne suis pas Marcello ! Je suis le père Claudio !
Laisse-moi m'enfuir avec toi ! Ton amant est mort ! Je l'ai tué avec mes mains ! Je t'aime Maria et je veux te marier ! Laisse-moi te conquérir ! Claudio avait perdu certainement la tête. Il avait aboli son accord avec Satan. Soudain, son visage avait complètement changé !

Sa métamorphose avait disparu et il était redevenu le père Claudio de nouveau. À ce changement brusque, Maria poussa un cri de terreur et essaya de sortir de l'église. Claudio, fou d'elle, l'empêcha en la saisissant avec force. A ce moment exactement, qui bouleversera la vie du père Claudio, une voix retentit dans toute l'église :
- Claudio ! Tu m'as trahi par enfreindre ma troisième condition. Te voici ayant commis la faute qui peut te mettre à mort. Pour ta transgression, je te ferai payer le prix bien cher. N'oublie pas que je possède ton âme par lequel, je peux contrôler tes gestes. Maintenant, l'heure de ton châtiment est arrivée. À toi le malheur !

Après que le Diable eut fini de parler, soudain l'église s'enflamma d'un seul coup ! Claudio se demanda comment le Seigneur a-t-il laissé Satan brûler sa Maison ? La seule raison probable c'est qu'Il Etait Furieux de ce que le prêtre avait commis, et que lui aussi avait décidé de le châtier.

Claudio et Maria décidèrent de sortir tous les deux de l'église en s'éloignant du feu. Tout d'un coup, le père sentit une force l'envahir ! Une force anormale qui le poussa à attaquer Maria et la jeter dans les flambées du feu en la laissant être complètement brûlée !

Claudio comprit d'où provenait cette force qui le maîtrisait malgré lui. C'était Satan. Il contrôlait les actions du prêtre car il possédait son âme ! C'était sa vengeance mortelle.

Claudio, après être sorti de l'église qui s'enflammait, vit les habitants de Rome en train d'essayer d'éteindre le feu qui envahissait San Marco. Ils demandèrent au prêtre ce qui était arrivé. Mais, il se tut et s'éloigna en courant et en prenant la fuite. Il ne savait où aller. Il se sentait perdu. Complètement perdu pour tous les péchés mortels qu'il ait produits. Son seul amour était mort. Il l'a tué malgré lui ! Qu'allait-il devenir ? Quoi faire ? Il n'avait qu'une solution : s'enfuir sans perdre un moment.

Mais Satan n'avait pas encore accompli sa vengeance.
L'incendie de l'église n'était qu'un début. Car, pendant que Claudio s'enfuyait, le Diable (qui possédait son âme), le fit arrêter d'un seul coup.
Le prêtre étant devenu fou de rage, dit au Démon :
- Assez Satan ! Eloigne-toi de mon existence ! C'était l'erreur de ma vie lorsque je t'avais suivi ! Que le Seigneur me pardonne ! Qu'Il Soit Miséricordieux en me châtiant !
- C'est fini ! lui dit Satan. Tu es à moi ! Tu es mon serviteur que j'anéantirai ou survivrai comme je le veux.

Le père Claudio sentit de nouveau la force du Diable le dominer. Cette fois-ci, Satan le conduisait vers le palais des Della Scala. Dès que Claudio fut arrivé là-bas, Giacomo et Pietro et leurs gardes, le virent et coururent vers lui. Giacomo fut le premier à l'attraper de son cou avec férocité en lui disant :
- Ou est Maria ? Je suis sûr qu'elle est retournée à ton église. Ou est-elle ?

Claudio, se sentant perdu pour jamais, n'avait autre choix que de conter ce qui s'était arrivé. Il ne leur dit pas bien sûr toute son histoire, mais seulement qu'il avait tué Maria ! Cette nouvelle figea Giacomo et Pietro qui voulurent déchirer Claudio. Mais, comme il était encore jour et il était difficile de commettre un meurtre dans la lumière, Giacomo dit au prêtre :
- Je ne te tuerai pas. Je ne te crèverai même pas les yeux. Je ferai une seule chose qui te fera agenouiller devant moi : je laisserai le pape lui-même décider ta pénitence ! Et tu sais bien ce que le pape peut produire à cause ton meurtre.

Claudio semblait être vraiment troublé de peur. Il s'écria :
- Non ! Tuez-moi, cruel, que vous êtes ! Je m'étonne vraiment comment osez-vous assassiner un homme de Dieu. Mais sachez bien que dès maintenant je mérite la mort et ne suis pas digne d'être nommé prêtre, mais monstre et déloyal ! Je vous commande de me tuer immédiatement. Mais ne laissez pas le pape décider le supplice de ma mort ! Je sais bien comment il me fera périr dans les maux et les pleurs. Mais Giacomo insista que Claudio soit jugé par le pape. Le prêtre, après avoir échoué de convaincre le cousin de Maria de le tuer, n'avait que s'abandonner au destin.

Effectivement, il fut jugé par le pape qui décida de le mettre à mort. Le pire c'est qu'il n'avait pas dit au prêtre le supplice par lequel, Claudio sera exécuté. C'était une sorte de surprise ! Une surprise fatale et qui plongea le Père dans une inquiétude infinie. Comment allait-il être anéanti ? Écorché vif comme Saint Barthélemy ? C'était le supplice le plus abominable et insupportable.

Brûler vif comme on fait avec les sorciers et sorcières ? Mais il était accusé de meurtre et non pas de sorcellerie. Pendant qu'il pensait à ces terribles supplices, une voix céleste le fit trembler et qui disait :
- Claudio, pourquoi m'as-tu abandonné ? Pourquoi as-tu commis cette horrible crapule ?

C'était le Seigneur qui lui parlait. Claudio ne put répondre à ces questions qui aggravaient ses maux d'esprit. Il ne fit sortir un seul mot. Il n'ouvrit point sa bouche que pour faire une seule chose : hurler de remords et de pleurs. Il a même voulu se suicider par se cogner la tête contre le mur de la geôle dans laquelle, on l'avait mis. Mais, il n'avait pas le courage de le faire.
Le père Claudio avait perdu sa parole. Oui. Il l'avait perdue à cause de ses hurlements infinis et de ses pénibles remords. Après, avoir passé quelques heures de tristesse, il s'endormit à la fin.

Le lendemain, on le fit réveiller pour l'emmener au supplice. Claudio se leva sans résistance ni espoir. On le mit dans une sorte de voiture tirée par deux chevaux. Cette voiture finirait par le conduire à sa mort dont il ignorait le supplice. Pendant que la véhicule passait entre les foules qui étaient venues assister à l'exécution du Père, soudain, Claudio entendit les habitants crier à haute voix :
- Mort au prêtre meurtrier ! Mort à l'assassin !

Claudio après avoir entendu ces clameurs agressives, sourit malgré sa morosité. Il remercia Dieu car personne ne savait l'histoire de sa fornication avec Maria. Car, si le pape l'avait su, il l'aurait coupé vif en mille morceaux. Enfin, la voiture s'arrêta. On fit descendre Claudio et l'emmena à son supplice. Tout de go, le prêtre poussa un cri qui retentit fortement entre les gens :
- NON ! cria-t-il avec démence.

Car devant lui, était préparé l'un des plus affreux supplices de son temps : l'écartèlement ! Claudio essaya de s'enfuir, mais, il n'y avait de chances pour le faire. On attacha ses membres avec quatre cordes, attachées elles aussi à quatre chevaux robustes. Le supplice fut prêt. On attendait le signal du pape. Et, le signal fut lancé.

À cet instant, les quatre chevaux tirèrent de sens inverse le corps du pauvre prêtre qui se mit à crier péniblement de souffrance. Soudain, les chevaux s'arrêtèrent de tirer, à un nouveau signal du pape. Quelques secondes passèrent et le supplice fut repris. Le prêtre comprit tout. Le pape avait décidé alors de l'exécuter en plusieurs reprises afin de le faire souffrir le plus possible.

Claudio sentait que son bras gauche allait être arraché. Et, ce fut. Son premier membre attaché fut enlevé de sa place en laissant le Père dans d'incroyables douleurs. Ce supplice dura quelques minutes. Quelques minutes abominables. Enfin, Claudio lui restait un seul bras et une jambe. Il mourrait.

Il fit couler une larme ultime. Une larme qu'il adressait à son Seigneur pour lui demander grâce. Un instant plus tard, il fut presque mort. Il aperçut une douce lumière lui arrivant du Ciel. Il avait reçu le Pardon de son Dieu. Dès que cette douce lumière céleste fut descendue sur lui, il expira en silence. Mais avant de s'éteindre, une joie restante remplissait son cœur, car ses remords étaient éliminés, après avoir su que son péché n'était point irrémissible.
Fin

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