À la campagne, le monde est beau.
De Joseph Séronvalle

De de debout, de de debout…
Le coq de la basse court sonne, de de debout, le matin tombe, de de debout, écrasant le reste d’obscurité, de de debout, poussant les ombres nocturnes vers le sol comme des vers de terre, la lumière éveille péniblement le pré. Les herbes se lèvent, se rafraîchissent la tige à l’aide de la rosée matinale.
Une ancestrale conversation se poursuit, les poules n’arrivent jamais, depuis la nuit des temps, à se taire. Il y a toujours un événement à raconter.
- Germaine a a pooondu, hier soir, six œufs en une heure dit Gertrude.
- A A aboooon, dit Géraldine.

La conversation est lancée, le fils du fermier essaye de l’attraper avec son épuisette, en vain. Le bruit court, trop rapide pour ce petit gamin, qui se résigne et décide d’aller pêcher des rêves dans la marre, chose beaucoup plus aisée, surtout le matin, où ils se reposent d’une nuit bien remplie.

Touk Touk Touk, le vieux Masset Fergusson arrive. Il revient de la traite matinale. La route s’enroule autour de ses grosses roues. Heureusement que ses pneus sont équipés d’un système antiadhésif, empêchant la route de s’embobiner autour de la roue. Après son passage le chemin s’ondule, la tension provoquée par cette arrachage le détend et le tarmacadam prend quelques secondes avant de retomber, pendant lesquelles il fait ses étirements matinaux, avant de se remettre.

Major, le chien de la ferme atterrit dans le pré, il termine son vol nuptial, son museau, encore rempli de pollen, vient se frotter à la main de Pierre, qui vient de remplir un bocal de rêve.
- Bonjour, Major.
- Salut, Pierre. On va déjeuner.
Les deux complices se dirigent vers la maison, Pierre essaye d’attraper avec son épuisette la queue de Major, mais celui-ci évite habillement l’attrape rêve par de brèves loopings.

La maman de Pierre tranche le pain, ce dernier tremble de toutes ses mies, la lame égorge sa croûte, il entre en convulsion, et meurt sur une planche à tartiner en bois.
Pierre attrape une tartine, encore chaude et sent qu’elle vient d’être tué, une odeur de frais lui entre dans les narines. L’odeur ressort quelques secondes après par les oreilles et se dirige vers la sortie, mais juste avant qu’elle ne franchisse la porte, Major la happe d’un seul coup.
- Mmm, une odeur, quel régal.

Pierre entame sa deuxième tartine, la trempant dans du chocolat fraîchement fondu et l’enfourne. Une moustache noirâtre entoure sa bouche. Un morceau de pain tombe à terre, un gémissement strident s’en suit.
- Merciiiii, dit Mousse.

Le locataire des murs emmène son corps du christ dans son trou.
Toc toc, quelqu’un frappe à la vitre, Pierre ouvre la tenture, c’est un rayon de soleil qui veut jouer avec lui, Pierre fini son enfournée et sort suivi de Major.
La fermière reprend le pain récemment assassiné et l’inhume dans une boîte, en ayant pris soin d’en retirer le cadavre d’une croûte vieille d’une semaine qui commence déjà à se putréfier. Elle sort.
Pierre, le visage bleu, est enserpenté au rayon, ce dernier le guirlande comme un sapin.
Elle jette la dépouille du pain de la semaine dernière. Géronimo, le coq est assis sur Germaine.
- Quatre, quatre, quatre, sept, un, neuf s’exclame Germaine.
- Vingt neuf, en une semaine, c’est pas mal ma poule cocorique Géronimo.

Le coq remarque la dépouille du pain, il s’en approche, veut la becter.
Mais Marcel, le canard s’en saisi et court vers la rivière. Géronimo le poursuit.
- A a arrêt, c’est a a à moi.

Marcel saute dans l’eau brunie par les alluvions, Géronimo plonge à son tour, sans réfléchir, sans même avoir pris le temps de mettre son maillot.
Marcel regarde l’onde dans laquel le coq a coulé.
- L’idiot, au fond de la rivière, on y voit pas suffisamment pour rejoindre le bord, il va s’y perdre…
Fin

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