Regret éternel
de Josée Riopel



Regret éternel


Tout commença à l’automne de ses 19 ans, dans une petite auberge de campagne.
Lili se préparait pour un souper dansant avec une de ses amies, sans aucune attente, juste le goût de passer une bonne soirée.
Ses longs cheveux d’ébène tombaient droit, jusqu’à la taille.
Lili était vêtue d’un pantalon noir, et d’un lainage rouge vif, qui faisait ressortir ses cheveux d’un noir foncé.
En guise de maquillage, elle n’appliqua qu’un soupçon de mascara, pour donner l’effet d’agrandir encore plus ses yeux noisette.
Elle ne se trouvait pas mal du tout ce soir-là. Je dirais même, que Lili découvrait en elle un certain charme.
Bizarre, d’habitude elle se jugeait tellement ordinaire.
L’endroit était plein à craquer. Le repas fut succulent. Son amie et elle s’y amusaient vraiment beaucoup.
Lili ne se doutait pas que cette soirée allait transformer sa vie.
Le repas terminé, l’hôtelier les dirigea vers le local aménagé pour la danse.
Arrivée dans cette salle, Lili eut la très forte intuition, que quelque chose de bien se passerait pour elle. L’ambiance était euphorique.
Tout en bavardant avec son amie, Lili aperçut un jeune homme venant vers elle. Sans même lui avoir parlé et sans savoir pourquoi, son cœur se mit à battre démesurément.
Ce garçon invita Lili à danser un beau grand slow…
Bien que ce fût la première fois qu’elle se trouvait dans les bras de Gabriel, elle sut que ce serait sa plus grande et unique histoire d’amour.
Instantanément, ils se sont aimés d’un amour infini.
A partir de ce qui était supposé être une soirée vraiment banale, ils entamèrent l’aventure de leur vie, mais, sans connaître bien sûr ce qui allait leur arriver.
Ils se voyaient régulièrement depuis deux ans, tout était magique, si bien qu’ils prévoyaient se marier dans les mois à venir.
Pourtant, quelque chose d’inexplicable se produisit.
Malgré les énormes sentiments qu’éprouvaient Lili pour son bel amour, le pire arriva.
Dans la tête de Lili, tout se mit à s’embrouiller.
Elle n’arrivait plus à penser de façon cohérente. Était-ce la peur, l’anxiété, l’angoisse? Chose certaine, elle éprouvait un énorme malaise psychique et
physique.
Lili aurait tout donné pour que ce sentiment inexplicable quitte son corps.
Malheureusement, rien ne se produisit. Elle devait absolument faire taire le cauchemar monstrueux qui l’habitait depuis trop longtemps déjà.
Lili savait très bien que la seule façon de s’arracher à cette hantise était de rompre avec Gabriel, tout en ayant la certitude, que ce serait le début d’une vie ratée.
Le sort que la vie lui réservait était impitoyable.
Quelques années plus tard, un scénario semblable se produisit. Mais cette fois, elle se maria avec ce nouvel homme, sans pour autant l’aimer. Il était d’une jalousie excessive, et méchant de plus.
La crainte qui la fit faire ce fameux pas, était celle de rester seule jusqu’à la fin de ses jours.
De toute son âme, Lili savait très bien que le seul homme ayant pris son cœur, elle l’avait laissé partir et que son regret serait éternel. Alors Lili se dit que de toute façon elle n’aimera jamais plus, alors…
Après vingt-cinq années, le remords rongeait toujours Lili.
Cependant, un triste évènement se produisit. Une des sœurs de Gabriel, au courant des sentiments que Lili éprouvait toujours à l’égard de son frère, l’informa par téléphone du décès de celui-ci.
Malgré le fait que Lili était au courant de sa maladie, elle en fût atterrée.
Étrangement, Lili avait le pressentiment que Gabriel voulait sa présence avant qu’il ne la quitte réellement. Auprès de lui, elle s’agenouilla, pleura, le toucha, sans pouvoir s’arracher à lui. A ce moment précis, ce n’était plus de la peine qu’elle éprouvait, Lili sentit une énorme quiétude l’envahir. Son cœur se gonfla de bien-être. Elle venait de réaliser que, par la mort de Gabriel, sa solitude serait moins lourde à supporter, qu’il resterait présent à ses côtés pour l’éternité.
Lili est encore habitée de son grand regret, mais, aussi de son amour profond pour Gabriel.
Désormais, Gabriel et Lili reprennent leur histoire d’amour, là où ils ont dû l’arrêter il y a vingt-cinq ans.


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