Perdu ou... presque
de Josée Marquis

La journée avait bien commencé pour Martha. Son journal quotidien était, pour une fois, arrivé intact et elle put donc le lire. Elle rayonnait littéralement. Ce matin, elle s'était éveillée au son de cette merveilleuse mélodie que jouait son réveille-matin. En ouvrant les yeux, elle prit plaisir à contempler la magnifique journée qui s'annonçait et les rayons de soleil qui entraient par sa fenêtre pas encore revêtue du rideau qu'elle avait acheté la veille lors d'un de ses caprices d'achats. Elle prit son petit déjeuner bien tranquillement, se rappelant toutes ses petites folies qu'elle avait eu devant tout ces spéciaux. C'est alors que le téléphone sonna, la tirant de sa rêverie.

Elle se leva donc nonchalamment et se dirigea vers le téléphone, espérant que ce ne sera pas une de ces mauvaises nouvelles qui vous arrivent toujours au mauvais moment pour vous gâcher la journée. C'était Georges. L'intonation de sa voix ne présageait rien de bon. En effet, ce qu'il lui annonça était horrible ! Martha en resta muette, n'osant pas y croire. Elle venait de tomber dans un de ces gouffres profonds dont on ne peut sortir. Les cris étouffés sortant de l'appareil la firent revenir à la réalité. Elle s'empressa de raccrocher, espérant ainsi fuir cette maudite nouvelle. Elle alla à la fenêtre, cherchant un peu de confort auprès de ce beau soleil de printemps. La démarche fut sans succès. Sa peine ne semblait pas pouvoir être consolée. Mais comment est-ce que cela avait pu lui arriver à elle ? Elle avait un bon travail, était fiancée et aimait aveuglément son compagnon. Elle aurait tout donné pour lui, absolument tout, jusqu'à sa propre vie.

Lorsque l'on sonna à la porte, la jeune fille cria, effrayée par cet abominable timbre qu'elle ne pouvait, tout à coup, plus supporter. Au bord de la crise, le coeur battant la chamade, elle alla tout de même ouvrir. Emy était là, le visage livide, les yeux affligés. Elle passa la porte et se laissa tomber. La voyant ainsi, Martha essaya en vain de garder ses idées claires. C'était trop affreux. Comment était-ce arrivé ? Il était pourtant parti pressé le soir, comme à l'habitude retardé pas son inlassable paresse à se lever lorsque le jour, lui, se couche. Comme d'habitude, il avait pris sa voiture et avait filé vers son travail. Et c'est en s'y rendant qu'il avait fait cet affreux accident qui lui avait coûté la vie. Il ne serait plus là, dorénavant, pour elle. Il était parti. Elle le regrettait déjà.

Elle n'en pouvait plus. C'en était assez Elle ne pouvait pas demeurer ainsi, sans rien faire, à pleurer et à s'enfoncer de plus en plus dans cette dépression qui s'emparait d'elle. Ça ne faisait que quelques heures que l'information lui avait été communiquée que déjà elle se sentait désemparée. Mais en réalité, il ne lui restait qu'une seule chose à faire. Elle le savait et s'y résigna. Elle sortit et marcha, presque à la hâte. Les gens la regardèrent passer, elle, dont tous enviaient la vie. Ils ne semblaient guère au courant de la chose. Elle croisait leurs regards stupéfaits. Il est vrai que son apparence n'était pas des plus ravissantes mais c'était avec raison. Peu importe ce que le monde pouvait penser, tout cela ne la fit en aucun cas rebrousser chemin.

Elle courut longtemps. Dans sa tête défilaient, comme sur un écran, des images de tous ces moments heureux qu'elle avait vécus avec lui. De leur première rencontre qui avait été si romantique, jusqu'à hier, elle eut l'impression de revivre sa vie entière. Mais c'était maintenant fini. Elle sortit de ses pensées lorsqu'un bruit lui indiqua qu'une voiture venait dans sa direction. Martha s'arrêta sur le pont. Elle traversa de l'autre côté, s'agrippant fortement, et sauta. C'est dans sa chute qu'elle entendit Georges et Emy. Le seul mot qu'elle perçut fut "date". L'espace d'un instant, tout juste avant que sa tête ne se fracasse contre un rocher, elle se souvint. Ils étaient le premier avril...
Fin

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