Le pendu
de Caroline Boisvert

 

André et Patricia roulaient en voiture, la Ford 94 de la mère de cette dernière, quand André eut une envie pressante d'aller uriner.

-Je sors un instant, j'ai envie de pisser. Attends-moi, ce ne sera pas long.

Patricia hocha de la tête tandis qu'André ouvrait la portière pour sortir.

Ne pars pas longtemps, tu sais que je déteste rester seule. Je suis du genre à paniquer. Et maintenant que la nuit tombe, je ne voudrais surtout pas être plongée dans le noir, seule.

T'inquiètes pas, ce n'est pas mon genre de te laisser toute seule. Deux minutes et je suis de retour.

Et il quitta Patricia, la laissant seule dans la voiture.

"Je suis certaine qu'un peu de musique me relaxerait les nerfs."

Elle alluma la radio. Mais la musique ne fit qu'attiser sa peur. L'immense poteau électrique à l'arrière de la voiture projetait une ombre sur elle, la plongeant dans la noirceur totale.

Les deux minutes passèrent, lentement...
Mais André n'était pas de retour.

"Faut pas s'inquiéter, il a dit environ deux minutes… pas nécessairement deux minutes précises."

Elle regarda la radio.
"Foutue musique !"

Elle éteignit la radio. De toute façon, elle n'avait pas envie d'écouter l'annonceur.
Le temps passa...

Lorsque sur sa montre, il était inscrit 20h14, donc six minutes après le départ du garçon, elle commença à paniquer. Et c'est alors qu'elle entendit le bruit. Quelque chose frappait sur le véhicule. Cela émettait un BANG insupportable, de quoi la rendre folle.

"Allez André, reviens ! Reviens ! J'ai peur !"

Le bruit ne cessait pas. Quelque chose cognait la voiture.
"Le vent Patricia, uniquement le vent..."

Mais le vent ne frappait pas les voitures. C'était stupide. Une autre minute passa tandis que le bruit ne cessait de faire augmenter son adrénaline.

"Merde ! Si tu ne reviens pas deux minutes, je pars et je te laisse là ! Alors reviens !"
Et si c'était André qui se payait sa tête ?

Il savait qu'elle avait peur dans le noir. Et maintenant qu'il faisait pratiquement noir, il lui faisait une frousse. Oui, c'était sûrement ça. Et le meilleur moyen de lui rendre la pareille était de sortir et de le surprendre à son jeu, le sourire au visage. S'il voyait qu'elle avait peur, il rirait pendant tout le chemin du retour.

- Attache ta tuque André, j'arrive...

Elle ouvrit la portière, sortit et la referma derrière elle. Bien qu'elle sache que c'était lui qui se payait sa tête, ses mains tremblaient comme des feuilles.
"Du calme Patricia !"

Elle regarda au loin. Il y avait un champ de maïs à perte de vue. Elle avança pour faire le tour de la voiture. Elle vit son ombre de l'autre côté.

- Bravo André ! Quelle blague stupide !

Elle contourna le véhicule et arriva face à face avec André. Du premier coup, elle ne remarqua pas qu'il était plus grand qu'elle, près de trente centimètres plus grand alors qu'à l'habitude, ils étaient de même grandeur. Elle se pencha pour regarder ses pieds et s'aperçut qu'ils ne touchaient pas le sol. Le visage décomposé, elle monta son regard vers la tête et aperçut l'épaisse corde autour de son cou.

- Oh Seigneur de merdier !

Son ami était pendu au poteau électrique et ses pieds venaient frapper la carrosserie de l'automobile.

Patricia hurla.
Fin

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